Et puis

ഞാൻആരാണ്

La pluie et ses milliers de petits sabots qui galopent sur le toit

tous ces pas qui touchent la nervure centrale d’une feuille

la pluie amplifie et puis peu à peu assouplit sonde élucide 

les signes et les empreintes ne sont plus que des flaques

des lacs où ne naissent jamais qu’à demi-mot des reflets

des ombres, l’idée qu’on se ferait d’une onde la pluie ses 

graines que picorent les araignées quand elles défont leurs

toiles les abandonnent parce qu’elles n’emprisonnent plus 

que la poussière cellulaire des larmes un grain de fatigue un 

grain de désespoir la pluie sonde les puits où stagne mon 

esprit celui qui se dit fantôme habite la ruche des mots vides 

gavés et déviés la pluie efface multiplie hésite se tait burine dans 

la glace un portrait presque parfait de mon âme dragon dont 

les ailes sont des flocons dont le langage est un feu

feu mot feu paradoxe feu miracle feu silence la pluie fourmille 

l’insecte est plus vorace qu’une maladie la pluie de plus en plus

vieillie ne finit pourtant pas par mourir 

Aux chats

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Life’s a Stretch- Lynn Smith Stanley @Sliverpoem Studio

La nuit cette étrangère refuse de passer ma porte

ouverte

elle siffle et grince de tous les insectes qui l’habitent

ivres

ils  préfèrent être

entendus plutôt que vus et

dévorés

la nuit est fraîche la pluie est encore sur la colline et la lune est de ce côté-là.

la nuit danse ou marche  ou est-ce    sa soeur la mer

qui jette vers la lumière des papillons d’écume

soudain gracile

la petite féline fait son entrée

elle trottine vers la cuisine où des parfums alléchants de nourriture

l’attendent

elle mange

et puis part 

la nuit a quelque chose à lui dire

le secret hallucinant qu’elle réserve aux chats

seulement

Equus przewalskii

Cheval de Przewalski Mongolia

il pleut il vente 

ou les deux à la fois

je ne sais pas

la pluie court sur les toits

les feuilles s’enflamment

le vent parle de ses milles voies

des racines dont il fait des chemins

des chemins dont il fait des étoffes

dans la steppe on entend le troupeau de chevaux sauvages

sans jamais le voir

l’horizon est comme la ligne noire qui parcourt la crinière du haut de la tête

au crin finissant le galop 

on retient le sabot la dent l’oeil qui ne vous perd pas de vue une seconde

l’oeil méfiant qui ne veut rien apprendre des clôtures 

et des caresses qui mentent

Merle

Merle noir – Turdus merula

Je ne sais pas si 

j’ai la persévérance

du merle

qui reprend et reprend encore

les quelques mots dont il dispose

en cet instant

les assemble d’une manière telle 

qu’ils s’écoulent comme

pierres précieuses d’un joyau de lumière

toujours il réussit là où j’échoue 

le glissement des mots les uns sur les autres

ne s’associe pas à l’ assombrissement 

d’une chute inexorable des choses aux quelles on s’attache

mais à l’effort au geste qui surmonte et dépasse

l’audace de mettre en marche un monde 

qui ne s’allume pas

si ce n’est dans un alignement presque machinal

de mots dont l’aspect premier ne diffère pas

de celui d’une vulgaire pierre

Cétacés

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Humpback Whale © Daniel Botelho 

 

Non ce ne sont pas des cétacés

ni des rochers à fleur de vague qui récoltent l’écume

ni les poissons volants ni un banc de fous de Bassan

ce n’est pas même un requin pèlerin

C’est mon esprit qui me joue des tours

c’est mon regard qui se sert d’un prisme déformant

ce sont mes larmes qui brouillent définitivement les cartes

D’où viennent-elles les cartes, les larmes?

De cet endroit que je regarde et regarde amusé

jusqu’à ne plus rien voir qui ne soit mirage?

Non, ce sont bien des cétacés

ils portent tous des couronnes d’écume

et chantent et parlent et remuent mon coeur cette algue

C’est bien une petite larme qui me regarde

du coin de l’oeil prête à traverser le silence

de la mer, des océans qui fondent jusqu’au

caillou que je tiens dans la main.

Constellations cousines

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Bertrand Els © via https://elsacker.tumblr.com/

Cette âme sombre qui est ma soeur
trébuche constamment et tombe souvent
sur ces merveilles qu’aucun mot ne console
rien pour les propager dans le langage
rien pour les arrimer
comme si être-soi pour elles était
sans importance
le visage ensoleillé de la lune
est le seul miroir que j’ose regarder
en particulier lorsqu’il se trouble dans les lacs
lorsqu’il gonfle les brumes de la colline
ou titille les constellations cousines
il arrive pourtant que j’y reconnaisse
les yeux cavés, le souffle inondé de larmes
traits pour traits
cette âme sombre qui est ma soeur

Antre

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Cave- Bertrand Els

©Bertand Els

Mémoire minérale assemble
heures et journées
en faisant d’elles coulées de laves
ruissellements d’étoffes chaudes et froides
objet improbable optant pour la fluidité du feu
et la brûlure sèche de la faille
écriture folle à lier déliant les langues ancestrales
celles qui ne parlent jamais de la nuit en la dénonçant
toujours ma solitude enrayée divague
au plus profond d’elle le rêve et
ce qu’il reste d’éclats aux miroirs noirs
la transcription brisée hallucinée de
l’écho diffus
un enchevêtrement cosmique
se propage à la manière des vagues et des naissances
chaotiques

Concessions

Luster Vessel 1506 by Paul J. Katrich.

Mousseline bleue aux pieds des rochers

Alliée du soleil

La mer effleure

Les nuages

Les jaunes

Les oranges naissent dans la gorge des iris

Des paumes de l’astre s’échappent

Des roses

Des verts et

Les fleuves mauves du vent

Un souffle voyageur de l’aléatoire

Peuple de son cœur souple

Les creux et les crêtes des vagues

La nuit

L’effluve de l’avenir

Un serpent glisse comme ceux

Que les enfants accrochent aux cerfs-volants.

Divinité

Black Oriental Shorthair Cat

Le silence noir marche souplement jusqu’aux frontières de son territoire. Filament d’une constellation qui n’existerait pas, tache engloutissant la lumière, virgule entre deux bouts de phrases sans origines. C’est pourtant lui qui me domine.

Le silence est le félin qui ne s’apprivoise pas. Ce dieu ne pose aucun jugement sur les humains qu’il considère comme des choses et parfois comme la proie à éteindre quand il a faim. Il me gouverne jusqu’à ce que je rencontre ma propre fin dans ses larmes, sous ses griffes.

À quoi bon me battre pour un petit bout de rien, aligner quelques grains de sable jusqu’à ce qu’il se forme une phrase, Une vérité que je suis seule à considérer ?

Le silence plante ses soleils dans mes strophes comme s’il découvrait une autre surface désertique sans éprouver la moindre de mes craintes. Il ne se pose tout simplement pas les mêmes questions. Il est une réponse irrévocable. Le silence prend n’importe quelle direction, mes considérations sont relatives et s’envolent avec lui.

Séquences

Georgia O’Keeffe, Red, Yellow and Black Streak, 1924. Oil on canvas, 39 3/8 × 31 3/4 in. (100 × 80.6 cm). Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris. © Georgia O’Keeffe Museum/Artist Rights Society(ARS), New York. Photography by CNAC/MNAM/Dist. Réunion des Musées Nationaux/ Art Resource, NY

 

 

C’est une harpe dont les cordes sont de fins cheveux de couleurs qui ne produisent aucun son. Pourtant, je sens que je plonge dans des champs chromatiques. Le jaune et l’orange disputent aux verts le droit d’être les fantômes d’un taureau, d’une licorne de neige, ou d’une couleuvre ondulant sur l’eau d’un ruisseau comme le trait de pinceau d’un Maître.

Le temps possède la faculté de réfugier les bruits d’une aile, d’un roucoulement, du pas souple d’un chat.

C’est une harpe que le vent effleure mais dont il n’altère pas la voie. Elle va se coucher dans les herbes, sur le dos des roseaux, sur le  noir instable de la mer. Elle s’approche de la larme que je garde au fond de moi éternellement affutée et prête à honorer les secondes si précieuses et si courtes du soleil paré de ses milliers d’années-lumière.