Montagne

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L’oiseau de ta main se pose sur mon épaule

ton bras se glisse dans le mien

ton poing se love dans le creux de ma main

le papier a pris la forme

d’une montagne enneigée

les versants montrent

le cou et la clavicule d’un

être humain

il a tourné la tête

personne ne sait ce

qu’il regarde le poème

nous montre ses poignets

il faudrait suivre

les veines jusqu’

au sommet

le papier s’est froissé

entre mes mains

j’ai frôlé le silence

il me reste une blanche solitude qui se rit de moi et de mes habitudes.

Les forêts de chênes

Se mêlent à moi les chansons étranges d’une dizaine de voix car sous mes pas, sous les ondoiements de lichens et de mousses, sous les feuilles séchées et celles qui sont devenues de la poudre, s’étend un vaste réseau de veines où roucoulent les eaux d’une source. Se superposent aux chants minuscules, le silence solide des racines de chênes dont les troncs sobres et fiers portent des couronnes de feuilles. Toutes picorent dans le ciel la lumière comme si elle contenait des graines.

Mon regard sautille d’une branche à l’autre en savourant le froissement frais des feuilles, les contrastes joyeux et discrets de verts foncés et de blancs argentés. Les chênes centenaires se partagent la partie du ciel qui caresse leurs cimes. Ils ne laissent que les miettes tomber à mes pieds comme pour me chatouiller.

Je sens en moi, cette autre vie surgir et hennir. Je sais que je ne suis pas qu’une petite fille, mes fidélités à la rêverie m’autorisent à devenir n’importe qui, n’importe quoi et si je choisis, je suis souvent un cheval invisible. Mes naseaux sont larges et se gorgent de parfums, ma peau se sensibilise aux bruits, aux changements d’attitudes du monde autour de moi sans plus chercher à comprendre pourquoi. Mes questions ne trouveront jamais de réponse. Je perçois cet agencement des choses totalement autrement que du haut de mes huit ans. Les difficultés, les laideurs de la société humaine qui m’effraie, s’écartent alors de mon chemin. J’ai l’impression de dépasser des limites sans me faire d’illusion sur la réalité quotidienne que j’affronte sans parole.

Le quotidien, c’est une solitude permanente au sein d’une humanité grouillante, c’est le ronron de mon petit chat contre les râles titubant de ma mère dont le verre de vin jamais ne se vide. C’est un curé stupide qui me refuse le droit de l’assister aux cérémonies parce que je suis une fille. Le quotidien ce sont des professeurs qui crient parce que nous, les enfants, nous n’arrêtons pas de faire des conneries, de commettre des erreurs, d’écrire des fautes.

Dans la forêt, je suis libre. Cheval ailé, je surprends les yeux bruns du faon, et le cœur de la grenouille qui bat à la surface lisse et brillante de sa peau. Je suis un rebondissement de la vie. Mes ailes sont une forteresse légendaire, le déploiement d’une armée en guerre, victoires et défaites perforent le trou noir de la cruauté. Parfois, je tremble. Mes ailes sont comme si l’ensemble des nuages s’apprêtait à déverser toutes leurs inquiétudes en une seule et même pluie. Parfois, j’ai peur et je pleure. Mes ailes découvrent la nuit, dévoilent les étoiles et les galops de la lumière pour parvenir jusqu’à la terre. Je me sens faire partie de l’infini jeu de patience qu’est ma vie.

Squale

La solitude ouvre sa grande gueule béante

Les solides dents plantées sur la mâchoire

comme des poignards tentent de donner la tonalité

le thème est toujours le même : il vous dévore

le cœur et l’âme lentement tout le temps

que dure la vie.

 

Pourtant, je vais portant le nom de dragon.

 

L’oubli

Présents Absents, John Batho

Λ

Un violon recense la lumière qui danse

autour de ma solitude comme autour d’une souffrance ordinaire

sans un grincement cette sourde rivière se soulève et erre

cherchant de l’ombre pour un instant

elle serpente et croit

se reconnaître dans le velours et les volutes de cette fleur noire

au milieu de nulle part

pour un instant il me semble qu’à pas d’épines

ma solitude s’ouvre aux souffles verts

venus de la mer

qu’elle sombre et se dissipe

comme si enfin je pouvais oublier qui je suis

Avisée

untitled (30.III.2010), 2010
Aleksandra Domanovic

Comme si elles étaient en parchemin

ta voix se froisse ta main se crispe

ton pays n’existe plus sur aucune carte

qui en dessinerait les contours

ce que tu prends pour un dernier indice n’est plus que la veine bleue

qui monte en tournant de ton bras jusqu’à ton âme

et te coupe le souffle à quoi te servent ces voyages de fantôme

si ce n’est à fracasser contre de sombres murs

les éclatantes clartés de ta certitude

parfois dans le fond de la gorge

tu la sens cette larme aiguisée

de la solitude

un gant

Pour pleurer

il ne me reste quelques pétales

pour être émue plus qu’une âme érodée

et comme un pont tendu entre deux extrémités

cette gigantesque toile d’araignée

mutilée ma volonté

Pour m’éblouir et oublier il ne me reste plus que cette valse sombre

faisant fondre le ciel pour en récolter tout le jus

elle répond

à la nuit venue

à ma solitude moite  à ces vaisseaux conquérants

Pourtant sous les volutes blanches

presque évaporé il me reste le silence

à porter

comme un gant