En Trop

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by Jaime Corum

Quand je ferme les yeux je te vois
m’encercler de tes galops doux
rythmant au travers de tes pas
toutes mes hésitations et les tremblements
incertains de ma voix

Alors je ne ferme plus les yeux et je crois
qu’ainsi je pourrais échapper au passé
celui qui m’avait défait de moi et
t’ avait rendu presque muet

Alors je ne ferme plus les yeux
que pour te regarder
conquis par la liberté d’être
ou de te dissimuler sans accorder
la moindre chance à la violence

Quand je ferme les yeux je me vois
tel que j’aurais dû être au galop
si tu n’avais pas été qu’un rêve
dénoncé comme un maladie
de trop


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La Dame à la Licorne

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Chants

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altered book by Sarah Morpeth.

Plus grand qu’un corbeau
c’est du moins un croassement aussi gros
qui laisse songer que l’envergure et la taille du bec
ressemblent à celles d’un hideux caverneux aux yeux qui pétillent de haine

mais le vent nous rappelle le poids de la feuille
la forme de son corps frêle
et sa chevelure de nervures presque solaires
ne pèsent rien ni les syllabes et les voiles d’un blanc polaire qui les baignent
afin qu’elles sonnent inaltérées

serais-je cette virgule de plumes irisées
qui pour paraître invincible signe
des chants qui grincent et ne tiennent nullement compte
de la réalité?

Abstraction

Ce serait comme une tache d’encre noire dont le corps souple et brillant soudain s’étire, bâille, montre ses griffes et se rendort. Tombant de la table, elle ferait le même bruit que le froufroutement des ailes de l’oiseau que le printemps assomme d’azur. Ensuite il ne resterait que le bruit du silence et la supposition que quelques pas ont permis à une ombre son évaporation complète.

Ce serait comme le balancement de l’astre entre les nuages, nausée de la lumière, tempête des sens. Ce serait comme le vain cliquetis de la pluie sur la vitre, tout ce qu’elle prétend ne me fera pas ouvrir la fenêtre.

Ce serait comme si plus rien n’empêcherait le mauvais temps de se substituer aux secondes que je consacre à le regarder.

Ce serait comme si sous le velours verdoyant des mousses et lichens se cachait mon cœur, bulbe minuscule. Ce serait comme si je n’avais plus de racines. Que sont devenues mes artères?


images: Bertrand Vanden Elsacker  

Territoires

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Secret Skeleton Image from work by Guisheng Zhong and colleagues Harvard University, USA Originally published under a Creative Commons Licence (BY 4.0) Research published in eLife, December 2014

il pleut
des étoiles
car chaque goutte
étincelle
et parle
et ce n’est pas l’ensemble du ciel
qui pleure
ce n’est juste
qu’un tout petit endroit
là où les perles
se trouvent à l’étroit
dans le noir démesurément
froid
il pleut
mon rêve
éparpille
les mots
intersections du souvenir
s’agrippe
malgré moi
l’araignée qui règne
sur mes territoires
afin qu’il ne reste
au cœur comme le nombril
d’une tornade
plus que
l’oubli viscéral

Volute

Voluta, Mia Pearlman, 2009
Voluta, Mia Pearlman, 2009

Dans ce jardin

la nue est rouge afin

que les fleurs puissent n’être

que blanches

les feuilles décliner les nuances

du vert de l’or de l’argent

º

ta paume suit l’onde que propagent

les mouvements de l’étoffe qui embrasse

ton corps

aucune ombre ne souligne les traits de

ton visage

ta bouche ton regard ne laissent voir

que ce que la pudeur ne cache pas

et qui existe en toi comme le reflet d’un miroir

º

le vent a poussé la porte du portail

et entre

la feuille d’acanthe sans chlorophylle

ne croit pas à la mort

puisqu’elle rassemble les pâleurs de

ta peau

º

ma robe dont les soies ressemblent à des plumes métalliques

côtoie les brumes et les nuages

qui se posent sur les roses

à l’aube

les pommes tombées de l’arbre

effleurent mes jambes et le bas de mon ventre

de leurs cendres

º

chacun de mes pas est confié à ton silence

aucun cri n’éventre le ciel au goût d’iode

aucun croassement ne meurtrit la poitrine

de porcelaine blanche

des oiseaux qui traversent ta voix

quand elle chante et me parle

de l’intelligence

º

dans ce jardin les animaux sont au même titre que la vie végétale

libres d’aménager le temps de flammes de brocart et de poèmes

inextinguibles

les arbres sont les cerfs-volants veloutés

d’une île qu’on nomme des mêmes noms que les bleus de la nuit

dans ce jardin mille fleurs éblouissent à merveille

les six pans de mon âme

Las

Wire
Wire

Entre les mailles bien ajustées des secondes, des heures, des jours, semaines et années, ma vie ne peut serpenter. Chaque parole comporte l’aspérité, l’épine tendue comme une épée. Chacun des sons se termine en plantant la pointe d’un poignard au centre l’ombre que devrait être mon premier pas. Alors, je n’avance pas. Je reste là, comme une plante mes désirs colonisent le temps de leurs branches. Le moindre souffle les fait dévier de leur course. Échanger des idées en silence serait comme échanger de la lumière, de la pluie pour un tout petit bourgeon. Mais non, il est toujours un homme pour vous parler fort de la morale, de votre ignorance et de la force qu’il mettra à vous inculquer la vérité. Il est toujours quelqu’un qui se met à discuter de vos songes sans que vous ne l’ayez demandé. Il agira pour votre bien.

Dans le jardin, la sittelle papillonne, les pas de la tortue font grésiller les feuilles mortes, les aiguilles sèches des pins. Des sifflements remplissent le ciel de rayons de soleil. Et là, sans que je sache pourquoi, comme un regret, mon coeur dépose des larmes. Fini de se battre?

Forêt

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blue dendrites ——————————————source image

Une forêt de songes est en marche. Les feuilles des arbres en frissonnant n’écartent pas l’idée qu’elles pourraient n’être que les cris d’un animal sauvage. Sur les troncs ses griffes ont laissé des traces. Les arbres marchent sans laisser voir leurs rides et les blessures suintantes.

Dans les sous-bois, les ronces suscitent de fulgurants incendies d’ombres. La forêt s’avance jusqu’à ce qu’elle rencontre une clairière pour s’abreuver de lumière et soudain se reconnaître une frontière. La limite est un trait limpide. La forêt prend corps. Voilà qu’il n’est désormais plus possible de se tromper. Entre les branches, l’araignée a tissé sa toile immense. Les cheveux invisibles d’une créature étrange portent le nom d’une folie alors que toi tu sais qu’un songe cherche simplement à se nourrir.

Je suis dans ce lit d’hôpital comme dans une coquille dont je ne pourrai plus jamais sortir. Sur la souffrance, tous font peser des remords. Leurs paroles grinçantes sont autant de pierres que l’on me lance! Je suis allongé sur un lit malade qui ressemble à ces sables mouvants qui ne mangent que les efforts que l’on fait pour se libérer. A côté de ce lieu désolé qu’est devenu mon corps, mon rêve part à la rencontre de l’existence. Les plantes, créatures intelligentes ont toutes trouvé le moyen de se supplanter. 

Fragment unique

• Relay Opalka

Ainsi je serais une succession d’acheminements aléatoires, une juxtaposition de caractères distinctifs multiples pris au hasard au fur et à mesure qu’il s’étend.

Je fais partie de mon héritage en même temps qu’ il se crée ou se détruit.

Partie du néant, pour me différencier de lui, quelques symboles éparpillés dans l’espace suffisent-ils réellement ? Entre lui et moi, la différence est infime, on pourrait penser qu’elle ne compte pas.

Puzzle

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La ville est la pièce

d’un puzzle qui flotte en moi

flots de sensations

d’apparitions étranges

mélanges de bruits et de silences

pages de solitudes

marécages de passants et de visages

la ville comme la voile d’un bateau

la ville en lambeaux

je ne la pense pas je la rêve

et il est tellement de continents de choses

qui au delà de moi

s’évaporent et se décomposent

sans que je n’ai vraiment l’envie

d’avoir sur eux une emprise

au fond de moi il y aurait un mur

un corbeau une pie ou

quelque volatile aux ailes noires et grises

 qui de son bec

éplucherait les secondes

tubercules pulvérulents du temps