Substance

« Beauty of the Brain »

Au milieu de mon pays

inscrit dans l’abandon lascif des rivières,

les fins doigts de ton intelligence

habilement nouent des alliances.

Les petits points précis se rassemblent pour former un chœur.

L’onctuosité bruissante d’un jardin

que l’on met des milliers d’années

à inventer se déploie.

Parfois du dos de ta main, tu fais naître des vagues

semblables aux chants de lumières qui ondoient sur la mer.

Doigts

On dirait les doigts d’une main

j’ai cru que tu pourrais ainsi reposer

ta main sur la mienne

légère comme portée par les flots de lumière

qui naissent entre les rochers du soleil

j’ai cru que la réalité s’évanouirait pour de bon

qu’elle cesserait de creuser des ornières et des rides

sur les routes

d’éblouir de non-sens mes journées

on dirait les doigts gantés de cet habile chirurgien qui guérit d’un seul regard

glacé

la cohue de la peine et le doute

tout ira bien sur ses lèvres fait reculer la mort de deux pas

j’ai cru qu’enfin ta main était revenue me chercher

comme mes songes au beau milieu de la journée

mais c’est une anémone de mer

que la dernière tempête a détachée de son socle

Actiniaria - Tiergarten Schönbrunn

Quel cirque

Dans l’une des parts du gâteau grotesque offert par la vie

au milieu de la piste du cirque

sur mon dos de cheval l’équilibriste ouvre les bras

pour se maintenir

elle risque un pas

tout autour les gens se grandissent exagérément

lequel d’entre eux sera le plus adulé et applaudi

par un autre attroupement d’abrutis

celui que le talent habille comme un clown

celui dont on dit qu’il est le plus doué parce qu’il parvient à danser sur les mains

Je reste docilement immobile

à servir de socle

à l’inutilité

mon regard de cheval flotte dans le néant comme le ballon d’un enfant

et accompagne ceux dont on dit que quand ils regardent

ils ne voient que la nuit

L’oubli

Présents Absents, John Batho

Λ

Un violon recense la lumière qui danse

autour de ma solitude comme autour d’une souffrance ordinaire

sans un grincement cette sourde rivière se soulève et erre

cherchant de l’ombre pour un instant

elle serpente et croit

se reconnaître dans le velours et les volutes de cette fleur noire

au milieu de nulle part

pour un instant il me semble qu’à pas d’épines

ma solitude s’ouvre aux souffles verts

venus de la mer

qu’elle sombre et se dissipe

comme si enfin je pouvais oublier qui je suis

Toile

En mon centre une araignée tricote

des étoiles pour moi

elle dénombre les néants

et laisse filer le temps

elle songe

à faire des nœuds avec la brume

au niveau du nombril

elle s’est tissée une île

au beau milieu

d’une respiration

elle se suspend et balance

à la tête du monde qu’il a tort

d’avoir peur de la mort.