Résonance

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Bertrand Els

Une source
se déverse en flux
veloutés et sombres
comme si elle ne voulait
que se transmettre par
ombres

Une source
donne aux mondes
un parfum d’eau
pluie fine et galets brûlants
mélangent
les mêmes souvenirs
étranges

Une source
animale
serpente enlace
l’encre sert en secret
les sentiments

Une source
lente
s’enracine se délie
longue sentinelle
de signes étincelants
qu’enraye parfois
involontairement
mon esprit qui
tente l’écho
presque muet


Source image

Sans nom

Early Sunday Morning by Edward Hopper
Early Sunday Morning by Edward Hopper

 

La pluie mange le ciel et tout

ce qu’il contient de nuages

mange les feuilles         jusqu’à leurs nervures

les aiguilles             jusqu’à ce qu’elles saignent

elle mange les troncs et les racines qui débordent à la surface du sol

la terre         les roches et les petits cailloux

la pluie avale les montagnes

au loin         les chemins     les sentiers

et leurs graviers que touchent tes pieds

la pluie dévore l’air le vent     et

décortique chaque mouvement

elle mange les champs    les prés        les fleurs

le bétail  les toits de ton village natal

elle mange les routes        les voitures    les passants     l’absence

et presque toute ta volonté

elle picore les vitres     la peau de tes joues

ta chevelure et tes vêtements

partout elle se mélange au décor

noie les couleurs dans le même fleuve

la même turbulence

la pluie mange le sable des plages grain par grain

jusqu’à ce qu’une mer en rage lui barre le passage

d’une seule et énorme vague

Ce qu’atteint l’horizon par ce brusque rugissement d’écume

ne portera pas de nom

car tu n’as pu déterminer ce qu’il se passait au juste

au fond de toi et en surface

à ce moment-là

la pluie n’a plus
désormais

aucune emprise sur toi

Vague

Wave Art Black and White Cavern by johnphilpottsphotography

La nuit se regarde dans les reflets des lumières

du port. Elle se dit je reste là je ne pars pas

tremblante pourtant  elle se dirige vers moi

un rayon ondulant se plante comme une flèche d’argent

au centre de la béance flasque

cet encrier renversé

qui me sert de coeur.

Volatil

La pluie picore

le toit de la véranda

elle picore les pavés de la route

les chemins de terre du parc

elle picore les feuilles des arbres

les épines des buissons

elle picore les dernières graines de soleil

avant la nuit

petites poules de cristal

elles sont des milliers à picorer

mes larmes

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Dévoilée

 

Comme une dragée cachée

entre le palais et la langue

tu laisses attendre

les marées et les vents

les cieux difficiles

attendre avec la voile

lactée dans le ventre

et l’envie de toujours partir

de croquer l’avenir de tenir

le temps en laisse

attendre cette délivrance muette

qui recouvrirait enfin l’horizon

de sa réponse plus limpide

que le ciel

 

 

Vers l’oubli

Shawn Dulaney Current, 2011 acrylic on linen over panel 48 x 60 inches

Ce n’est pas la forêt qui crépite

sous le fouet fougueux du feu

ce n’est pas la brindille qui refuse

de se plier et meurt à chaque fois

que j’avance d’un pas

ce n’est pas un torrent de chuchotements

ou mes souvenirs qui tentent de se frayer un chemin

vers l’oubli

c’est la pluie

qui n’en peut plus

Les lignes qui n’existent pas

 les images ont été trouvées ici

La mer sortie du brouillard

ne me parle plus que par vagues

elle ressemble à l’oubli

que l’on sert aux tables

habillées de porcelaines

et de dentelles blanches

elle ressemble à ce bruit

de la petite cuillère dans le thé

elle semble être devenue friande

de futilité

elle ne semble plus vouloir effacer

d’un geste mille fois répété

ce qui perle sur les visages

ce qui grignote la plage

à petit pas fougueux

la mer est sortie du brouillard

pour y retourner

et me laisser

désemparée.

Delta

Lena River Delta - Landsat 2000

Comme l’ombre

qui ruisselle sous

la feuille

l’été

je suis

avec l’incertitude

sur le point

de m’enfuir

le delta dispersé

de vos pensés

en troupeaux

rognant avec toujours plus d’acharnement

cette petite chose

ce petit presque rien

de silence

au quel je tiens

Delta

Delta

Pour te retrouver

J’ai posé mes lèvres sur les tiennes et puis un baiser sur ta joue si près de l’oreille que tu aurais pu entendre comment mon cœur remuait la terre et le ciel dans le reste de mon corps. Je t’aime, tu me dévores. J’ai glissé jusqu’à ton cou où la peau est si fine et si douce. Pour embrasser cet instant de paix à peine dessiné entre tes deux clavicules, j’ai dû écarter quelque peu le col de ton chemisier. J’ai soulevé de mes mains tes vêtements pour découvrir ton ventre, pour respirer au même rythme que ta peau. Ton nombril comme l’oeil d’un cyclone attendait mon baiser pour envahir mon monde de sa majestueuse  tempête.

J’ai défais le bouton de ton pantalon pour attraper ce poisson. Il aurait peut-être pu surgir de sa forêt d’humus tendre. Je l’ai embrasé par les caresses de ma langue et ce désir fou de t’engloutir en commençant par l’ endroit de ton corps, le plus pointu, le plus sensible et le plus indomptable. Rentrer par cette petite fente jusqu’à ton âme.

J’ai rêvé que tu me pénétrais comme une fille, que je te chevauchais et quand tu caressais mes reins et puis mon torse, il me poussait des seins pour combler tes mains et nourrir délicieusement ta bouche. Mes hanches épousaient toutes tes courbes comme des flots. Les vagues et puis leur mousse se languissaient de tes mots.

J’ai rêvé que j’étais ce mammifère marin t’inventant une prison de bulles comme si tu voulais encore lui échapper. Une couverture comme celle de la lune recouvrait tout ton corps. Chaque courant et ondulation, chaque frisson m’invitait à te vanter les bijoux que dessinerait sur ta peau la lumière, si seulement tu voulais y croire un peu.

J’ai rêvé que ce baiser qui depuis tant d’années t’attend affamé, avalerait comme la houle d’une seule et grande gorgée, toutes les petites étoiles que tu as sur la peau. J’ai rêvé que je me réveillerais apaisé et satisfait sur la plage d’or fin à l’orée de ton cœur, que je mangerais dans ta main toutes les miettes de la Beauté. Que tes paroles comme l’eau pure éteindraient tous les brasiers de ma peur.

Quoique je fasse, je ne parviens qu’à te blesser, à te grignoter la liberté et à t’engluer dans ma tourbe. Quoique tu fasses, telle que tu es et deviendras, je t’aime et te confie mon âme, cette méduse flasque qui en happant ta clarté se trouve avoir quelque aisance et laisse toujours traîner derrière elle, son fil meurtrier. Ne me laisse plus errer dans le noir, sans t’avoir à mes côtés, laisse-moi toujours le mot pour te retrouver.