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Un trait de lumière dans la nuit unit nos frontières

le transparent ruisseau du ciel essoufflé s’écoule

lentement se dissimule sous les draps

l’empreinte fraîche de nos pas

sur les berges immaculées

des étoiles

Sidéral

Dans la nuit froide       soudain      je ne fus plus que cette pluie

de menus points de fuite

des petites neiges et lumières

artificielles

je n’avais plus que le noir pour me répandre

et le silence

pour me reprendre.

Clou

Blonde Wolken Constant Permeke

Aux abords de la ville

le fleuve saigne

dans les prairies

ses voies se noient

dans le ciel ébloui

comme des étoiles

dans la nuit

on peut compter les morts

en regardant le visage silencieux

de l’horizon affamé de collines

on s’égare

on évite d’accrocher ses pensées

aux clochers des églises

plantées dans le vent et la pluie.

Les faces cachées

Lunar libration with phase2

Les mots apparaissent comme des astres lunaires à la surface des textes. On ne voit que leurs lueurs flotter dans la nuit. Rien de plus.

Pourtant, chacun est parcouru de cratères et de collines, de pleins et de creux. Des veinules les retiennent et les soudent à la vie. Repliés sur eux-mêmes, les mots masquent leurs origines et leurs trajectoires mais dès qu’ils se développent dans une phrase, on commence à les apercevoir, à deviner leurs devenirs, à leurs supposer des orbites.

Les veinules comme de petites racines assurent nourriture et attachement. Elles fraient des chemins, permettent des voyages en même temps qu’elles les freinent. Retirer l’une de ces petites voies c’est amputer les mots et puis les phrases de leurs histoires. Ils ne résonnent plus, ils boitent, ils suffoquent ou deviennent froids. Les sphères dans lesquelles les mots évoluent sont à la fois d’une harmonie complexe et solide et d’un équilibre fragile.

Vos mots appartiennent à une autre galaxie que la mienne : ils sont d’une autre intelligence. Pourtant, de loin, je les admire sans toujours les comprendre, sans être capable de les atteindre. Je me console du mystère qu’ils préservent et que je ne percerai pas en contemplant les ténèbres de mes propres mots.

Ainsi, je ne creuse plus de ravins, c’est comme si je parcourais l’infini. Il n’y aurait plus de différence entre vous et moi, car dans la plupart des cas, nous ne savons pas ce que les mots nous cachent.