Déteint

P3100012.JPGUne vague montre son coeur des profondeurs, un coeur lisse et brillant, un coeur d’algues bleues. Les autres se contentent de montrer les dents du sourire, les dents de lait que fait pousser le vent quand il nait longuement.

Les vagues avancent et n’arrivent nulle part. Elles reprennent incessamment la partition de leurs naissances au large et de leurs déclinaisons dans la baie. Comme l’oiseau s’essaye à la même succession de notes, les seules en mesure de réveiller l’énorme machinerie du jour.

Mon réveil répondait aussi au besoin de revenir sur un monde qui a cessé d’exister mais qui revient au gré du rêve imbiber chaque instant présent. Un monde où les petits cailloux blancs cueillis dans les rondeurs des vagues qui prennent pieds sur la plage restent précieusement mouillés de lumière. Un monde où ma solitude n’a plus rien de solide mais va glissant jusqu’à ta main. 

Ta paume comme un soleil mûr. Ta paume m’apportant un vent ponant pour rassembler les voiles et nourrir les brumes pour qu’elles s’en aillent.

Ce qui guide entre les vagues mes promenades magiques n’a de consistance que si je parviens à attraper les mots, à ne choisir que celui qui convient sans me défaire des autres qui deviennent alors la résonance de ce qui s’éteint. Valeurs cuivrée des choses, valeurs sensibles de ce qui ne s’atteint. 

Ce qui m’aide à le choisir est un principe, le même sans règles ni formules que celles qui se devinent et se découvrent dans les dessins d’une rose. Il me faut bien occuper l’espace, meubler la seconde, developper un mouvement d’espoir.

Ce qui est dérisoire, c’est de ne plus croire, de ne plus grandir, de ne pas vouloir revenir et devenir. Si l’aveuglement existe, je l’appelle désespoir. S’il persiste, je le dessine en noir. Je le peints pour qu’un point le scelle. Dans mes pupilles les trous noirs de mon univers maladroit.

Refermons la fenêtre, cette parenthèse sur moi-même pour que je regarde ce qui se passe au delà. Vagues, vents, lumières et mouvements bleus. Soleils dans les oliviers, pinsons dans les pins et à l’orée du jardin, cette fleur, cette ombre chinoise de velours noir, le petit chat qui s’exerce à la tranquillité.

Est-ce vrai?

 

Soudain le phalène qui butinait à l’intérieur de moi-même

les fleurs nocturnes de mes songes est devenu lourd.

Lourd et sourd au point de ne plus être en mesure de voler

et de répondre comme un écho aux battements de mon coeur

par les mouvements gracieux de ses ailes poudreuses.

J’ai doucement soufflé sur son corps replié sur sa peine

mais j’ai noyé mes poumons.

Ses ailes surdimensionnées pour une si petite cage étaient reliées à un moteur qui toussait

même quand ce n’était plus l’hiver. 

Le phalène s’est laissé emporter par le fleuve 

contre lequel il luttait convaincu que cela était nécessaire.

Le phalène d’une beauté inutile bravait l’haleine des courants obscures

en ne recevant toujours que la même réponse aux questions posées avec obstination naturelle: « c’est inutile. »

Mais est-ce vrai?

Nature morte

frtis van den berghe

Frits van den Berghe

Il y a longtemps, à la fin de l’hiver,
la lune est descendue sur terre.
Lorsqu’elle a posé le pied
sur la cime de quelques arbres
qui se trouvaient là par hasard,
les branches se sont tendues
comme les doigts griffus d’une toile
d’araignée.
Une forêt s’est mise en marche.
La procession suivait le même chemin
que le canal, le chemin qui mène au cimetière.
La lueur de la lune était solaire
orange pourpre et or
son reflet dans l’eau lente éclairait les visages
que portaient les arbres comme des masques.
Je ne compris que plus tard ce que
la lune avait mis si merveilleusement en scène
ta main plus jamais n’accueillerait la mienne
comme un petit feuillage.
Le tableau qui trônait dans le salon,
embrouillé de larmes,
fait de taches de couleur où je ne voyais
que les coups du pinceau qui ne se tenait
à aucune règle et ne mesurait plus le geste.
Le tableau si sombre recouvert de poussières,
le tableau que mon regard d’enfant à force de le parcourir
avait remplis de rides s’était laissé soudainement appréhender.
Ce n’est pas une forêt en fête qui marche
ce n’est pas un cortège de feuilles mortes
qui glisse sur l’eau noire,
c’est un cirque qui arrive dans un village,
c’est la vie qui nous invite à jouer
un rôle qui comme un habit trop petit
ne nous sied pas et ne contribue pas
à notre épanouissement.

Rejet

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©Bertrand Els

À ton caractère il faudrait ajouter une gamme
de lumières croissantes
d’ombres grises de plus en plus éblouies
À ton visage tous ceux que je garde en mémoire

le poids de ton petit poing fermé
l’odeur de ta paume effleurée par un sommeil d’astre
la vrille d’un souffle qui s’échappe de ta bouche
chevelure de lait
quand tu n’étais qu’un bébé

À tes silences s’ajoutent tous les autres silences
feuilles froissées
fleurs affamées de mots
poèmes
Ouroboros
planètes inexplorables
hologrammes au défi de représenter
ta réalité


rejet

à Bertrand

Navigable

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©Bertrand Els

Le vent est dans l’étoffe
la voile s’étend et forme comme une nageoire
j’entends comment
mon rêve s’apprête
à quitter souplement sa planète
qui à chaque fois reste
naviguer entre nuages et ciel
entre vagues et pressentiments
je vois la quille sabrer les profondeurs
de la nuit tranquille
le vent est dans les feuillages
qui se brisent houleux
contre la nuit
son corps aux rondeurs
éblouies dans chacun de ses mouvements
imite le son que font
les vagues quand elles quittent la plage
restent le sable l’étonnement de l’air
devenu marin et soupir
mon désarroi enfin ne s’abrite plus
nulle part

Comme deux soleils

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Le vent est dans les feuillages

poussé par les vagues

sur les branches

parfois un chat se penche

ces yeux comme deux soleils

regardent bien au-delà

des sentiers dans les failles

où se cache l’animal

dragon de tes cauchemars

ou petite âme qui ronge

d’un songe à l’autre

tout l’espoir.

Fraîche et argentée

Hiroshige – Untitled c.1851

La nuit est venue se poser sur le jardin
La lune regarde la mer
Une à une les étoiles se regroupent au dessus de la folle falaise qui parle toute seule quand les oiseaux se taisent.
Quel étrange troupeau scintille enivré par les parfums émanant du maquis
Pour qui est-ce encore l’été
Quel est cette ombre marchant d’un pas souple et lent sur le sentier qui semble couler de la lune comme un torrent de la colline
Est-ce toi mon Amour qui portes la lumière de l’astre toute fraîche et argentée sur les épaules?

Trachelospermum jasminoides

trachelospermum jasminoides

Les nervures naviguent sur de discrètes étendues de soie.

 

Chaque feuille est en voyage unique, sobre, doux, élégant.

 

Les verts ruissellent du ciel à la terre.

 

Les milliers d’hélices à cinq pétales blancs vrombissent

 

et répandent des parfums qui éblouissent.

 

La lumière mélangée au vent se fait l’écho des vagues

 

en brassant les frondaisons des pins d’Alep voisins.

 

Le jour, le végétal déploie un feu d’étoiles.

 

La nuit, il est celui qui parle à la lune.

 

 

Par vague

Graham Muir, Artist, Carter Wave 2 #ArtonTap

Graham Muir, Artist, Carter Wave 2 #ArtonTap

Sur la mer les nuages bâtissent des chaines

de montagnes aux sommets enneigés

le soleil tombe dans le nid des vallées

et creuse des lacs aux lueurs bleutées

étendues fugaces où les ombres marchent

en frissonnant comme les vagues

 

Sur le ciel comme sur le pelage d’un léopard

des taches évoquent les paysages où les

buissons cachent l’épine et le fruit solitaire de la nuit

sombre jusqu’aux profondeurs noires d’un puits

 

Sur la paume de tes mains tendues

est né tendrement un croissant de sable blanc

dont le nombril argenté est le centre grandissant

d’une galaxie d’éclats violacés et dorés

 

 

 

 

 

 

Hybrides

 

Paul Rockett: Glenn Gould’s Hands, 1956

Paul Rockett: Glenn Gould’s Hands, 1956

Ses mains sont semblables aux nuages qui accueillent le soleil quand il se pose sur la mer et se gorge de roses et d’oranges.

Ses mains invitent souvent les souvenirs et les saveurs à former des jardins.

Mon esprit soudain comprend comment et pourquoi les iris obtiennent ces dégradés impossibles de jaunes et de blancs ayant la texture du sucre et le goût soyeux de la crème.

Ses mains d’un geste vif et précis racontent toute l’efficacité des pensées qu’elle cultive avec ferveur et passion depuis toujours. Ses mains me proposent quand elles se posent sur mon sein de découvrir ma liberté, petite libellule, elle épouse le bleu et le vert dans un vol presque statique.

Dans le creux de ses paumes se blottissent deux petits cœurs hybrides, mûres ou framboises, ils n’ont pu se décider que d’être les deux à la fois. Qui oserait les manger ? Alors qu’ils semblent simplement vouloir n’aimer que l’âme.

Les fleurs folles qui les ont enfantés ont vu la mer et ses petites colères se colorer de turquoise.

Les étranges petits rubis scintillent éparpillées amoureusement dans les velours du jour.

Pour protéger la beauté farouche, pour qu’elle se choisisse plein de chemins qui ne porteront jamais de nom ni de définitions, ses mains comme le jasmin parfument mes palais.