Les fourmis noires

Le temps s’étire comme un chat
sur la mer on aperçoit ses rayures
et ses griffes ivoire
il réapprend à lire
les feuillages les aiguilles les hampes les fleurs

sur la feuille du jasmin la fourmi
explore un nouveau monde 

la régularité profonde des nervures
et les bords verts sertissent l’ombre
de l’arbre conquis ou presque par le reste de la colonie

temps et fourmis cherchent inlassablement
à se souvenir des secondes
si difficiles à oublier
quand on est bêtement un humain
qu’on entend les voisins se faire la guerre à coups de cris aigus et graves
alors qu’on espère
le merle, la grive musicienne et les rubans de brigands brillants
picorant le ciel          une giclée d’hirondelles 

Vase

A FINE AND MAGNIFICENT FAMILLE-ROSE ‘PEACH’ VASE, TIANQIUPING
SEAL MARK AND PERIOD OF QIANLONG

Un vase brisé
des milliers en moi

et

lorsque je me demande
pourquoi tant d’éclats
la réponse va vers les racines penche vers les hampes florales les feuilles

et

un développement dans l’espace d’une émotion liée à une autre
encore en train de se figurer comment germer au-delà de soi

et

des autres


un bruit court dans le lit d’un ruisseau jusqu’à son extinction
jusqu’à ce point où je comprends qu’il ne s’agissait probablement

que d’un dessin à la surface 

une illustration coriace 

qui ne va pas au delà du vase lorsqu’il était intact.

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source image

Noir au fond de son âme


Simulation du comportement d’un rayon lumineux bleu à l’approche d’un trou noir (non visible). À mesure de son approche se produit un effet de dilatation du temps. À cause de cet effet, la longueur d’onde de la lumière augmente, et la couleur de la lumière passe progressivement du bleu au rouge, en passant par toutes les couleurs ou longueurs d’onde intermédiaires.

Le vent chante au quatre coins

de la fenêtre

d’une flamme il

incendie le cadre

il prendrait feu le tableau

s’il ne faisait noir au fond de son âme

s’il ne pleuvait pas inlassablement  dans 

sa tête son ventre

des singularités

le vent est l’instrument des étoiles

qui tendent leurs vrilles et filent vers

l’horizon des évènements

qui les avale

Assez

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En mer parfois se dessinent

des vagues qui sont des dauphins

des vagues qui ne sont rien

qu’elles-mêmes 

des vagues qui se forcent à naître

l’une de l’autre

des vagues qui ne parlent que la langue

fine et muette sombre et profondément chaude

des cétacés