Mardi

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Mer

qui donc pourrait se prononcer autrement

à cet instant

un papillon me laisse découvrir qu’il n’est pas une fleur

là où le rideau rencontre la lisière de l’air je vois

un chat qui n’existe pas

demain nous serons mercredi et sans aucun doute

je pourrai tranquillement me dire

que rien n’a vraiment changé

Origami

Évoquer ta différence sous les traits d’un dessin tu y parviens comme par magie

les choses n’ont plus besoin de leurs mots 

une forêt de traits de plis de voies convient parfaitement pour déployer l’origami qui te ressemble à deux gouttes près

sous tous tes angles selon toutes les fléchissements de tes faces

pas de miroir juste un mirage

pas de pleurs juste parfois ta rage


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Cétacés

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Humpback Whale © Daniel Botelho 

 

Non ce ne sont pas des cétacés

ni des rochers à fleur de vague qui récoltent l’écume

ni les poissons volants ni un banc de fous de Bassan

ce n’est pas même un requin pèlerin

C’est mon esprit qui me joue des tours

c’est mon regard qui se sert d’un prisme déformant

ce sont mes larmes qui brouillent définitivement les cartes

D’où viennent-elles les cartes, les larmes?

De cet endroit que je regarde et regarde amusé

jusqu’à ne plus rien voir qui ne soit mirage?

Non, ce sont bien des cétacés

ils portent tous des couronnes d’écume

et chantent et parlent et remuent mon coeur cette algue

C’est bien une petite larme qui me regarde

du coin de l’oeil prête à traverser le silence

de la mer, des océans qui fondent jusqu’au

caillou que je tiens dans la main.

questions

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Je me demandais livre en main si j’aimerais être comme tous ces précieux galets

polis

mille fois mis en place

mille fois déracinés

jaugés sautillants d’une main avide à une autre

brillants quand je les regarde

pour finalement rejoindre avec une joie de plus en plus affirmée le lit de la rivière qui ne fait que passer au dessus de leur tête

ils dorment et rêvent

je suis presque toujours troublé et les questions sans réponse se succèdent

Brutalités

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ART BRUT / collection ABCD :: STOFFERS harald

J’aimerais que mes phrases ne parlent pas
la même langue que moi
qui boite et trébuche à chaque pas
j’aimerais qu’elles soient
autrement que de simples lettres alignées
ces mots dont on a épinglé les ailes
par peur qu’ils dénoncent l’aspect
véritable de nos maigres rêves
j’aimerais que mes phrases ne soient pas les objets
d’une nature morte
qu’un éclat de bougie encore fasse trembler leurs corps
j’aimerais accompagner le silence quand il entre
dans la forêt d’eucalyptus et leur demande d’exalter
l’obscurité

ainsi peut-être serais-je
protégé
des maux


Source image: abcd art brut

Essences

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Dans les feuillages le vent est
Un petit cheval vert se cabre
Disparait puis après avoir bu
Le ciel revient plein de fougue

Derrière la colline vient de naître
Dans un lit de brumes
La lune avant l’heure

Les ruisseaux dévalent les pentes
On entend les troupeaux de roches
Le bruit de la pluie
Essences d’immortelles
Se répandent autour de la tombe
Du jour


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Lentement

 

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Gary Schneider: ”These photographs, made without a camera, are sweat and heat imprints into film emulsion.” (Source: printeresting-blog, via switchbitch-deactivated20141117)

 

Une hélice végétale imprime
à l’espace en moi sombre
un mouvement de fleur
noire qui s’échappe
une empreinte s’ancre
lentement dans ce monde liquide
sur lequel j’ai tellement peu d’emprise
elle serait comme le moteur principal
d’une idée arrêtée propulsée
vers des taches d’une blancheur
d’écume
Ce qui s’écrit n’est point
un cri de douleur
un champ de mots qui portent malheur
c’est moi hors de ce qui me représente
comme la bogue pleine d’épines
le fruit.

Sortie du troupeau

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’irais brouter le ciel dit-elle
mais moi c’est son œil
que je regarde
son adaptation à ne voir
que les brins de lumière qui poussent un peu partout
elle lit dit-elle dans les partitions musicales des rochers
sans la moindre difficulté
l’histoire de leurs contractions
au delà dit-elle d’une voix de grelot
des orties argentées, des feuilles bleuies
je vois
la mer
toujours la mer
aux pieds des collines
attendre
attendre
que je lui fasse
avaler les cailloux tombés dit-elle
du ciel

Calligraphies

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©Bertrand Els

Dans la roche qui me laisse au bort du monde
s’est gravé avec l’insistance de vies accumulées
un paysage de neige, de tempêtes, d’hésitations phosphorescentes
le vent fait de filaments infinis
multiplie les replis sur soi sûrs de l’oubli
Dans la roche rutilante comme une peau de reptile
auréolent des fontaines, des villages fantômes
l’énigme du bouillonnement magmatique d’une de leurs naissances
Des nébuleuses s’incrustent et les sillons sur mes visages
sont rides et chemins labourés d’identiques et inutiles
questions

À peine visible

Je lis à l’ombre, près du mur qui à la nuit tombée se constelle de geckos. Entre et puis disparaît dans une fente du bois de la table, une abeille. Son corps délicat, son vol auréolé lorsqu’il s’approche de l’endroit me fait oublier le dard. D’ailleurs, l’animal ne se préoccupe nullement de cette statue de sel scellée à un fauteuil, un livre à la main.

J’ignore si elles sont plusieurs à s’infiltrer dans cette mince ouverture. Il me semble qu’affairée ce soit toujours la même qui éternellement découvre, rêve, sommeille, part et puis revient.
L’entrée est à peine visible mais le monde au quel je n’ai pas accès ne peut que se construire dans l’espace où rêve et imagination battissent des galeries, des alvéoles infinies en si peu de temps que l’on croit cela impossible.
La chose est établie, une abeille a découvert ce qu’hélas ne cherche plus aucun humain, une faille, une ride, un début sans fin.