Libre

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La pluie est partout mais toi
Tu demandes de ta voix rose et blanche
La permission d’aller voir partout
Tu en as la certitude les gouttes ne te gênent pas

Alors je t’ouvre la porte et en quelques pas
Tu redeviens le félin le fauve plus rien dans ta démarche
Ne parle plus la langue des petits chats la miche de pain
Qui quémandait depuis l’appui de fenêtre un peu de chaleur
Et des câlins n’est plus et si elle revient au même endroit

Il fera nuit et l’on ne distinguera plus que les deux soucoupes or
bercées de noir de ton regard 

Un souffle

CASTEX (delinavit) & GAUTHIER AINE (sculpsit) 
DESCRIPTION DE L’EGYPTE. Collection d’antiques. Amulettes en forme de scarabées, en terre-cuite, en jade et autres pierres dures. (ANTIQUITES, volume V, planche 79) Source image

Un souffle le fil de l’épeire
s’éloigne du point d’attache pour le ciel

le cri de l’oiseau dans l’arbre cristallise
tous les autres

le chat suit l’effluve en marchant sur le sentier
qu’il emprunte plus de mille fois

un papillon se gorge du nectar qu’offrent les fleurs
du lantana

un scarabée se trompe de proie en déployant ses ailes autour de mon oreille

le fruit fendu s’agrippe à son arbre

l’automne me regarde et me questionne

–que fais-tu là sur le banc? Ne vois-tu pas que je retrouve mon printemps?–

s’imprime en moi sur l’une de mes faces

les pas du soleil sur les paupières 

les larmes de la colline sous elles ruissellent

Poème

Sur les voies que suivent les souffles
l’air et la pluie
le mimosa

je
suis là comme un autre fantôme
sombrent les neiges noires
brulantes comme les stigmates d’un volcan

qui ne s’éteint pas en mourant 

toutes les particules du langage
se rassemblent

amas poudreux et odorants

de souvenirs désormais 

orphelins  peut-être  enfin

l’ordinaire pour se reconstruire d’un 

poème

Fantômes

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source  gifs


hier, il s’est assis le fantôme

dans mon dos dans l’angle mort

pour regarder la mer

se défaire peu à peu

j’ai fait semblant de ne pas savoir 

qu’il était là comme une ombre 

à l’envers

immobile stupéfait

qu’il me parlait dans la langue 

que seuls lui et moi utilisons

une langue muette et tentaculaire

sans autre verbe que l’être

j’ai feint l’oubli 

il s’est éloigné il est parti 

le fantôme

plus tard

la nuit est revenue avec lui 

j’ai entendu le cliquetis de ses doigts 

comme si quelqu’un lançait les dés

contre la paroi vitrée

j’ai vu plusieurs fois vu son corps de cendre se heurter

à la frontière invisible 

entre lui et moi

tomber reprendre 

son envol aveuglé 

 

comment devenir

si cette aire où la pointe d’une toupie

cherche son équilibre

est l’espace infime et absurde

qui est alloué à votre vie

Coassement

AppleMark

soft sculptures-sculptures textiles arborescence du coeur drap, dentelle, broderie et perles/ 95cm x 55cm x 35cm

Le coeur est-ce ce

point à équidistance de la peine et du bien-être

ce grain prêt à germer posé sur la balance d’une seconde qui oscille

est-ce cet astre fluorescent dans la nuit de la conscience cherchant une ombre conciliante

est-ce ce qui grince et se bouscule dès l’ouverture d’une nouvelle faille

ce qui bat des ailes au sommet des fleurs frôlées

ou est-ce ce crapaud coincé dans la gorge et qui coasse

plus fort que tous les autres batraciens prisonniers

moi moi moi


site de l’artiste: ici

S’éloigner

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Dent de requin Megaselachus Megalodon, Cénozoïque, Miocène au Pliocène (de 25 à 2 millions d’années), U.S.A

 


Soudain cette âme qui est la mienne et me traverse et m’habille d’une étoffe fantomatique pesait plus lourd que tout. Alors je l’ai laissée tomber comme la pluie se laisse tomber d’un nuage. Peu à peu afin qu’elle s’en aille où elle peut se faufiler sans être vue ni entendue. 

La dernière goutte pour clore portait en elle un mot imprononçable. Un mot qui condensait en lui toutes les gouttes de mon âme quand elle pleuvait encore. Je ne sais pas à quoi peut servir ce mot si ce n’est à dénoncer les syllabes délicates de mon désespoir, ce passager provisoire de l’âme. 

Il nage entre les lettres, il nage comme les raies souplement en essaims doux, tant qu’on ne les touche pas car toutes ces petites choses agglutinées ont pour se défendre de l’apprivoisement un aiguillon. Qu’il parte, qu’il s’éloigne et sillonne le néant, qu’il n’aille nulle part, ce mot imprononçable.

Soudain cette âme qui est la mienne s’est lovée dans l’un des ovules de la mémoire. Elle est là à attendre l’éclair orageux d’une fécondation quand les mots se rassemblent et cessent de s’ignorer les uns les autres, cherchant un sens qui ne serait pas un reproche, un symptôme, son fantôme, sa dent.

« Oh les beaux jours »

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source image: ici

– la nuit le rocher qui porte la journée quand elle veut boire dans la flaque la colombe se transforme en un homme il ne lui reste plus que la moitié supérieure de son corps épaules cou et tête et les bras qui ne lui servent pas son visage est souillé par la mort qui n’est pas encore là mais qui rode par la peur par la méchanceté sournoise dans ses yeux de très longues phrases où les mots ont été remplacés par de petits scorpions noirs l’absurdité de son état ne l’interpelle pas car il croit qu’il est le reflet de l’humanité dans un miroir –


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« Oh les beaux jours » de Samuel Beckett avec Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault: ici