Cétacés

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Humpback Whale © Daniel Botelho 

 

Non ce ne sont pas des cétacés

ni des rochers à fleur de vague qui récoltent l’écume

ni les poissons volants ni un banc de fous de Bassan

ce n’est pas même un requin pèlerin

C’est mon esprit qui me joue des tours

c’est mon regard qui se sert d’un prisme déformant

ce sont mes larmes qui brouillent définitivement les cartes

D’où viennent-elles les cartes, les larmes?

De cet endroit que je regarde et regarde amusé

jusqu’à ne plus rien voir qui ne soit mirage?

Non, ce sont bien des cétacés

ils portent tous des couronnes d’écume

et chantent et parlent et remuent mon coeur cette algue

C’est bien une petite larme qui me regarde

du coin de l’oeil prête à traverser le silence

de la mer, des océans qui fondent jusqu’au

caillou que je tiens dans la main.

L’orage

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SÉRAPHINITE « Oeil de Sauron » Loc: Russie

L’orage, l’ours ne trouve pas le sommeil

L’orage perdu en montagne éreinte ses griffes sur les parois rocheuses

L’orage et son pelage bleu acier

L’orage joyeux joyau seul le soleil ose le caresser

L’orage ivre tremble et chante, danse et se laisse retomber

L’orage reprend ses notes

L’orage relit

L’orage réécrit ce qu’il sait et vient d’apprendre sur les roches

sur celles qui peuplent le ciel

sur celles qui glissent jusqu’à l’ombre

sur celles qui se taisent

sur celles qui tiennent parole

L’orage deviendrait volontiers un minéral

L’orage pupille irisée maintient en équilibre l’univers fragile

La guitare

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La porte du placard grince. Quelque chose surgi de très loin pince la plus grave corde de la guitare qui dormait en moi. Le son sombre suivi de quelques accords plus lumineux rassemble assez de force pour formuler en moi l’encolure de l’Andalou-Cartujano. Sa souplesse, la rondeur de ses allures nobles gagnent mon coeur en le soulevant. Le galop me révèle une force docile que je soupçonnais avoir totalement disparue de mon coeur. Un reflet argenté et pommelé se diffuse et propage partout autour de moi une forme majestueuse d’apaisement. Une oreille attentive, un oeil enjoué attendent que je les accorde à ma joie. Un jeu qui va chatouillant ma voix.

La guitare poursuit et effeuille les sentiments oubliés. Elle transforme la nostalgie en quelques coups de pieds puissants, le sol n’est plus qu’un nuage nébuleux exaltant dans son souffle une poussière d’or.

Je n’ose plus même effleurer la porte de peur que partent bien loin de moi à nouveau la guitare et ses cordes vocales veloutées capables d’évoquer au delà de la tristesse, une noblesse qui se sait sur le point de disparaître. Quand la chanson sera finie, elle sera morte et pour renaître, je ne sais pas vraiment ce qu’elle attendra.

Jouer à l’infini avec le grincement d’une porte de placard agace ceux qui vivent autour de moi. Ils n’entendent pas la guitare, ils ne voient aucun cheval et ne reconnaissent pas dans les parfums qui s’évaporent de l’Andalousie. Ils n’entendent peut-être déjà que ce qu’ils veulent entendre: la plainte insupportable d’un tombeau. L’approche irrévocable d’une maladie qui brise les os, ronge la mémoire, altère les espoirs.


Or

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Ogata Korin, White Plum Blossoms, Edo period. 1710-16

Longtemps je me suis demandé si l’île était une brèche dans le voile étendu dans le ciel par les nuages.

Hier, de cette faille a surgi avant que le jour s’éteigne, une lumière or et sa queue de comète. Quelques longues minutes ont suffi pour saupoudrer sur la plage, les lèvres de la mer et plus loin dans la baie, le corps entier de la colline dansait imbibé de pollen.

Je devrais comprendre maintenant pourquoi je me refuse même en rêve à quitter cet endroit où je me sens à la fois fugueuse, remplie d’espoir et réduite à naître et renaître en tant que simple poussière.

Correspondre

@hardcorepunkbf

Le jardin correspond avec quelqu’un que personne ne regarde. Ce fantôme a besoin de peu de chose pour poser la voix qui fait frissonner par ses silences les feuilles lourdes de la torpeur.

Que comprendre des mots qui se retiennent de tomber là où poussent les humains mais se récoltent à foison dans les flaques dont la surface sert de miroir à tous les visages de la mer?

La pluie, petite poule blanc neige picore des graines invisibles. Parmi elles, il doit bien y avoir quelque perle, quelque promesse oubliée et quelques unes de mes larmes anciennes.

Rétracté

©Bertrand Els

C’est un pays où la lumière ne vient que pour marquer les plis des feuilles recroquevillées et signer les chemins d’un filet si fin que l’on dirait les rides faites aux ondes. C’est le pays où tu apprivoises les questions sans réponses, les chevaux sauvages, l’évaporation de leur crinière dans l’espace, le temps qui ne fait que déborder du vase le contenant. C’est là, tu caresses du regard le vent avant qu’il ne devienne une tornade ou ne résorbe ce qu’il te reste de force. C’est l’endroit à fleur de peau, où tu t’efforces de traduire, de polir les paroles qui grésillent dans cette autre langue que personne ne comprends. Toi, seul, tu vas escalader les pays inviolés de la solitude, aucune crevasse ne connait pas la forme de tes doigts, aucune galerie n’ignore la lueur de ce regard qui t’accompagne comme une ombre fidèle. Tu reviens les bras et l’âme chargés de cartes précisant les voies, contournant les impasses. Ton coeur devenu astrolabe, tu espères vaguement qu’il dicte la mesure des lunes et des étoiles, murmure presqu’inaudible aux foules qui te regardent comme un animal étrange et de mauvaise augure.

Peut-être

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Suis-je un oiseau

non une feuille sèche posée aux pieds de l’arbre entre les racines qui débordent de la terre

quelques notes me font respirer me soulèvent  et  puis me laissent fabriquer un tapis de poussières

je rêve  là parmi mes soeurs de l’été mes amies de l’hiver à de longues phrases ouvertes

l’arbre dans son sommeil murmure

qu’il a découvert le lit souterrain d’une rivière

 

crépitent les pas des petits mammifères

rien n’est plus doux que la mélodie de leur minois

parfois roule un fruit  parfois une écorce devient phalène

parfois plus rien ne m’empêche de laisser aller mes larmes

le soleil  le vent  l’hiver le temps la nuit

feront ployer les épaisseurs grises agglutinées au delà des branches de l’arbre que je portais dans mes veines

l’été

une chanson une dentelle qu’on jouera du bout des doigts

jusqu’à ton âme

devrait subsister

 

Petite

La Petite

Petite

et un profil que finissent les fils d’une moustache

une bille de cristal se cache

dans la cavité oculaire

une rose des sables pour sentir l’univers

petite

les doigts sont des boutons de rose recouverts du duvet frais

de la neige

l’infini joue du piano sur les vertèbres d’une rivière qui prend sa source dans l’anneau noir d’une goutte de nuit

petite

enfant fauve

petite

chose endormie dans le pli où l’étoffe de la roche et celui de ta robe

se rapprochent et se mélangent

et se confondent et se perdent

il ne reste que

petite

la tache blanche et lumineuse de ton esprit

qui flotte dans la nuit

égratignure

égratignure

©Bertrand Els @hardcorepunkbf

J’ai cru que
sur mon bras
il s’agissait d’une petite égratignure
faite par mon chat en jouant
mais en y regardant de plus près
au travers d’un rêve
j’ai constaté que
cette minuscule blessure n’était rien d’autre que mon écriture
Souvent illisible
incompréhensible dans l’immédiat
mais qui en se guérissant acquérait un sens
une signification

L’écriture est une blessure qui se cicatrise, ce qui l’a produite tente tout simplement de s’enfuir sans être lâche ou oublié

Ronde

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The obverse of a silver coin from Corinth (300-250 BCE) depicting the mythical winged-horse Pegasus. (British Museum, London).

Silencieux lentement
le milan passe au dessus du jardin

j’ai retourné la terre je l’ai pétrie
avant que le soleil ne lui remette
des pans entiers de lumière
et que les vers cherchent
par tous les moyens à disparaître
avant d’être touchés par la sécheresse
avant d’être asphyxiés par les indiscrétions
et les menaces contenues comme une graine
dans un seul coup d’oeil
plus tard plus tard oublié de tous
un dard pointera le ciel
muni d’un éventail il rafraîchira
mon idée
enfin munie d’une épée ou d’un bouclier
vert