Bourdon

Sur la hampe se présentent

de multiples fleurs presque vertes à peine

mauves telles les veines à fleur de chair

qui marquent le début du bras la fin du poignet

chacune est la porte secrète du bourdon

pris au hasard parmi tous les bourdons

à la frontière si poreuse de la réalité

faut-il la percevoir simplement

comme identique à toutes les fleurs

L’acanthe 

attendrit l’ombre la pare de larges feuilles vert foncé

découpées dans l’étoffe souple qui sert

à cacher la nudité de la patience

Aiguillon

Lipotriches , Plain Sweat Bee , collected in Australia: https://www.flickr.com/people/usgsbiml/

S’approche le rêve comme une abeille près de la fleur de lavande
obsession et raison
font de la réalité
cette chose mouvante 

perdre le contrôle est sans importance
la fragrance vrombit dès que la fleur se balance
dans le nuage des feuilles et des hampes

ce qui s’écrit s’évapore ce qu’il reste
un souvenir aux saveurs aiguisées
l’envie de ne jamais plus utiliser la menace
pour avancer

Aranéoïde

© Peter Szucsy

Elle occupe l’imperceptible faille
comme une ombre
mais elle n’est pas une ombre


il est difficile d’écrire
ce qu’elle est

elle ressemble à un point

Tout autour de son antre
elle a tissé une toile invisible
qui l’aide à sentir le monde

une toile sur laquelle elle
se déplace à la vitesse de la lumière

si un fil vibre

la vie est-elle un piège
elle reste transparente à ne rien y comprendre
un jour soudain on aperçoit
le soleil noir


Source image: ici
Le site de l’artiste:

Au repos

Nic Fiddian-Green, Still Water

La colline allonge l’encolure et précise lentement son allure
le pas après les galops de nuages le trot appuyé de la pluie et
le rassembler de l’orage

la colline hume la rosée en élargissant les naseaux
L’oeil doux le coeur au repos
d’une rive à l’autre de la robe ruisselant le frisson
d’une onde la marque herminée du soleil

Un bref instant

Les forces gravitationnelles
oubliées
La feuille morte vole vers l’arbre -et ce n’est pas un oiseau-
La fleur papillonne bien au delà de sa hampe florale
Et toutes les pensées une à une se détachent

Soudain le soleil dans le dos la mer comme un grand cétacé
soupire
tout le jardin frisonne et tremble en revenant à lui-même
le rêve éteint
le coeur gros au bord des larmes
incapable de dire si c’est la fatigue
les émotions sont parfois de tels fardeaux

Simplement insignifiant

©Bertrand Els https://elsacker.tumblr.com/post/625809852116140032

Hier   un fantôme    en rêve
me questionna alors que je regardais les collines retourner à la brume
en mer

pourquoi désormais était-il à peine plus qu’une poignée de pollen

Je lui donnai toutes les équations qui régissent la transformation du soleil
qui à l’instar des autres étoiles brûle 

il mit peu de temps à comprendre ce qui me paraissait irrationnel

le fantôme

s’ébroua 

la poussière qui recouvrait sa robe fauve semblable au couchant
se dissipa peu à peu

il parti au galop laissant au ciel l’un de ses crins 

Un messager

Muramasa Kudo

La porte s’ouvre

seule

entrent venus du jardin

un ange et le chat

l’un est un ruisseau
un filet d’air
la voix d’une vague

peut-être

l’autre est comme toujours
en lisière du silence

il est le seul
à voir à savoir

l’ange sort mais reste
comme la longue queue d’un cerf-volant

le chat

qui cherche la caresse d’avant le rêve.

Incantation

Par Brooklyn Museum, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=22480908https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Dogon_masks?uselang=fr#/media/File:Brooklyn_Museum_1996.200.3_Mask.jpg

Parfois l’arbre convoque
les masques

— les masques Dogon
les visages sculptés que portent les morts —

pour parler au soleil au travers des ombres

ils échangent leurs sagesses leurs rides et leurs crevaces
ils contemplent l’immobilité au delà de nos actes fous

ils sifflent et grincent quand les prédateurs se rapprochent

L’arbre aime tant que les sorciers évoquent la présence de ses frères

disparus

Je ne sais quel poème est scandé
jusqu’à ce que le ciel grince et se zèbre de cris

Poindre

La nuit la pluie tombent ensemble
si bien que je ne sais pas
si ce sont des étoiles ou de simples gravillons
qui s’en prennent aux toits

que faire de tous ces points qui sombrent
sans phrase
et point d’exclamation 

meubler le silence et le rêve en se servant d’une trame
rouillée
d’un mystère souillé
il y a de quoi pleurer