Ton pas

Ton pas

Accordé à celui de la forêt 

Ton souffle comme une frondaison froide d’ombres 

Et moi

Qui tente d’inscrire cet instant au patrimoine mondial de ma mémoire 

À chaque fois que je croise l’odeur du pin dans un nid d’aiguilles 

Ses fleurs qui éparpillent pollens et grains de sable saharien 

Regard humide et noir d’un rongeur qui ne peut plus choisir de fuir 

Simplement toi blotti aux pieds d’un immense incendie 

Fauve

Au centre des deux perles d’agate, un trait noir

un éclat 

l’ouverture lisible du cosmos

la perception sensible demande 

un silence minutieux

miaule en faveur d’une certaine forme de l’exigence

qui n’a pourtant rien de minérale

Vois

©Bertrand Els

Quand il ferme les yeux il comprend

qu’il est habité par une mer intérieure

noire lourde veloutée

jamais les vagues ne dépassent la gorge

pour établir des mots sur une plage

jamais une formulation ne s’échoue

et le silence va d’un bout à l’autre de ses émotions

il pleure de longues heures jamais un sanglot

ne se perd en vol

dans le fond

cieux ensablés corrélations folles 

une voix interne parle en vagues

alterne ondes graves sinuosités glauques

une voix qui jamais de parle

n’aborde les mots 

comme des îlots

comme des armées à combattre

quand il ouvre les yeux il comprend

qu’un vitrail n’est pas une muraille

mais une porte ouverte à la

lumière 

Matière noire

Il est entré dans la maison

sans faire le moindre bruit

sans attirer sur lui l’attention

il était comme la souple signature

d’une lettre aux phrases semblables

à celles que se murmurent entre elles

les feuilles des arbres 

celles qui trouvent le mot « fruits » dans toutes les pupilles

des fleurs et le mot « pluies » sous l’aile et l’ombre

du mlian royal

il s’est allongé sur le tapis après avoir choisi

l’écusson central qui représente la source claire et buvable

d’un jardin Persan

comme il n’en existe plus 

ailleurs qu’entre les strophes de très anciens manuscrits

Là soudain il s’est endormi dans les bras

de l’harmonie du monde

telle qu’elle s’étudie en rêve

en équilibre comparable à une toupie

qui ne peut s’arrêter de respirer  

Bourdon

Sur la hampe se présentent

de multiples fleurs presque vertes à peine

mauves telles les veines à fleur de chair

qui marquent le début du bras la fin du poignet

chacune est la porte secrète du bourdon

pris au hasard parmi tous les bourdons

à la frontière si poreuse de la réalité

faut-il la percevoir simplement

comme identique à toutes les fleurs

L’acanthe 

attendrit l’ombre la pare de larges feuilles vert foncé

découpées dans l’étoffe souple qui sert

à cacher la nudité de la patience

Aiguillon

Lipotriches , Plain Sweat Bee , collected in Australia: https://www.flickr.com/people/usgsbiml/

S’approche le rêve comme une abeille près de la fleur de lavande
obsession et raison
font de la réalité
cette chose mouvante 

perdre le contrôle est sans importance
la fragrance vrombit dès que la fleur se balance
dans le nuage des feuilles et des hampes

ce qui s’écrit s’évapore ce qu’il reste
un souvenir aux saveurs aiguisées
l’envie de ne jamais plus utiliser la menace
pour avancer

Aranéoïde

© Peter Szucsy

Elle occupe l’imperceptible faille
comme une ombre
mais elle n’est pas une ombre


il est difficile d’écrire
ce qu’elle est

elle ressemble à un point

Tout autour de son antre
elle a tissé une toile invisible
qui l’aide à sentir le monde

une toile sur laquelle elle
se déplace à la vitesse de la lumière

si un fil vibre

la vie est-elle un piège
elle reste transparente à ne rien y comprendre
un jour soudain on aperçoit
le soleil noir


Source image: ici
Le site de l’artiste:

Au repos

Nic Fiddian-Green, Still Water

La colline allonge l’encolure et précise lentement son allure
le pas après les galops de nuages le trot appuyé de la pluie et
le rassembler de l’orage

la colline hume la rosée en élargissant les naseaux
L’oeil doux le coeur au repos
d’une rive à l’autre de la robe ruisselant le frisson
d’une onde la marque herminée du soleil