Au repos

Nic Fiddian-Green, Still Water

La colline allonge l’encolure et précise lentement son allure
le pas après les galops de nuages le trot appuyé de la pluie et
le rassembler de l’orage

la colline hume la rosée en élargissant les naseaux
L’oeil doux le coeur au repos
d’une rive à l’autre de la robe ruisselant le frisson
d’une onde la marque herminée du soleil

Un bref instant

Les forces gravitationnelles
oubliées
La feuille morte vole vers l’arbre -et ce n’est pas un oiseau-
La fleur papillonne bien au delà de sa hampe florale
Et toutes les pensées une à une se détachent

Soudain le soleil dans le dos la mer comme un grand cétacé
soupire
tout le jardin frisonne et tremble en revenant à lui-même
le rêve éteint
le coeur gros au bord des larmes
incapable de dire si c’est la fatigue
les émotions sont parfois de tels fardeaux

Simplement insignifiant

©Bertrand Els https://elsacker.tumblr.com/post/625809852116140032

Hier   un fantôme    en rêve
me questionna alors que je regardais les collines retourner à la brume
en mer

pourquoi désormais était-il à peine plus qu’une poignée de pollen

Je lui donnai toutes les équations qui régissent la transformation du soleil
qui à l’instar des autres étoiles brûle 

il mit peu de temps à comprendre ce qui me paraissait irrationnel

le fantôme

s’ébroua 

la poussière qui recouvrait sa robe fauve semblable au couchant
se dissipa peu à peu

il parti au galop laissant au ciel l’un de ses crins 

Un messager

Muramasa Kudo

La porte s’ouvre

seule

entrent venus du jardin

un ange et le chat

l’un est un ruisseau
un filet d’air
la voix d’une vague

peut-être

l’autre est comme toujours
en lisière du silence

il est le seul
à voir à savoir

l’ange sort mais reste
comme la longue queue d’un cerf-volant

le chat

qui cherche la caresse d’avant le rêve.

Incantation

Par Brooklyn Museum, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=22480908https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Dogon_masks?uselang=fr#/media/File:Brooklyn_Museum_1996.200.3_Mask.jpg

Parfois l’arbre convoque
les masques

— les masques Dogon
les visages sculptés que portent les morts —

pour parler au soleil au travers des ombres

ils échangent leurs sagesses leurs rides et leurs crevaces
ils contemplent l’immobilité au delà de nos actes fous

ils sifflent et grincent quand les prédateurs se rapprochent

L’arbre aime tant que les sorciers évoquent la présence de ses frères

disparus

Je ne sais quel poème est scandé
jusqu’à ce que le ciel grince et se zèbre de cris

Poindre

La nuit la pluie tombent ensemble
si bien que je ne sais pas
si ce sont des étoiles ou de simples gravillons
qui s’en prennent aux toits

que faire de tous ces points qui sombrent
sans phrase
et point d’exclamation 

meubler le silence et le rêve en se servant d’une trame
rouillée
d’un mystère souillé
il y a de quoi pleurer

Libre

Source imagehttps://web.500px.com/photo/8873714/-in-green-by-Isik-Bozkurt/?from=popular

La pluie est partout mais toi
Tu demandes de ta voix rose et blanche
La permission d’aller voir partout
Tu en as la certitude les gouttes ne te gênent pas

Alors je t’ouvre la porte et en quelques pas
Tu redeviens le félin le fauve plus rien dans ta démarche
Ne parle plus la langue des petits chats la miche de pain
Qui quémandait depuis l’appui de fenêtre un peu de chaleur
Et des câlins n’est plus et si elle revient au même endroit

Il fera nuit et l’on ne distinguera plus que les deux soucoupes or
bercées de noir de ton regard 

Un souffle

CASTEX (delinavit) & GAUTHIER AINE (sculpsit) 
DESCRIPTION DE L’EGYPTE. Collection d’antiques. Amulettes en forme de scarabées, en terre-cuite, en jade et autres pierres dures. (ANTIQUITES, volume V, planche 79) Source image

Un souffle le fil de l’épeire
s’éloigne du point d’attache pour le ciel

le cri de l’oiseau dans l’arbre cristallise
tous les autres

le chat suit l’effluve en marchant sur le sentier
qu’il emprunte plus de mille fois

un papillon se gorge du nectar qu’offrent les fleurs
du lantana

un scarabée se trompe de proie en déployant ses ailes autour de mon oreille

le fruit fendu s’agrippe à son arbre

l’automne me regarde et me questionne

–que fais-tu là sur le banc? Ne vois-tu pas que je retrouve mon printemps?–

s’imprime en moi sur l’une de mes faces

les pas du soleil sur les paupières 

les larmes de la colline sous elles ruissellent

Poème

Sur les voies que suivent les souffles
l’air et la pluie
le mimosa

je
suis là comme un autre fantôme
sombrent les neiges noires
brulantes comme les stigmates d’un volcan

qui ne s’éteint pas en mourant 

toutes les particules du langage
se rassemblent

amas poudreux et odorants

de souvenirs désormais 

orphelins  peut-être  enfin

l’ordinaire pour se reconstruire d’un 

poème