égratignure

égratignure
©Bertrand Els @hardcorepunkbf

J’ai cru que
sur mon bras
il s’agissait d’une petite égratignure
faite par mon chat en jouant
mais en y regardant de plus près
au travers d’un rêve
j’ai constaté que
cette minuscule blessure n’était rien d’autre que mon écriture
Souvent illisible
incompréhensible dans l’immédiat
mais qui en se guérissant acquérait un sens
une signification

L’écriture est une blessure qui se cicatrise, ce qui l’a produite tente tout simplement de s’enfuir sans être lâche ou oublié

Ronde

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The obverse of a silver coin from Corinth (300-250 BCE) depicting the mythical winged-horse Pegasus. (British Museum, London).

Silencieux lentement
le milan passe au dessus du jardin

j’ai retourné la terre je l’ai pétrie
avant que le soleil ne lui remette
des pans entiers de lumière
et que les vers cherchent
par tous les moyens à disparaître
avant d’être touchés par la sécheresse
avant d’être asphyxiés par les indiscrétions
et les menaces contenues comme une graine
dans un seul coup d’oeil
plus tard plus tard oublié de tous
un dard pointera le ciel
muni d’un éventail il rafraîchira
mon idée
enfin munie d’une épée ou d’un bouclier
vert

Volatile

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Wiener Werkstätte Bilderbogen Nr. 29. « Das Kletterbüblein »

Depuis les montagnes
en dents de scie
s’éparpillent les chants
d’un bouquet d’oiseaux
des bambous coupés
l’âme de leurs plumes colorées
s’échappe
en versant les larmes
nécessaires à leur survie


 

Une chanson traditionnelle

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Robert Budzinski (1874-1955), ’Volkslied’ (Folk Song), “Kunstwart und Kulturwart”, 1919 Source (via issafly)

Le ciel est comme l’envol d’un seul oiseau
la terre un océan de brindilles
à l’horizon un galop de cheval
éparpille les poussières
le cri le crispe
la peur veut prendre le contrôle

une chanson traditionnelle
parle d’une forêt qui mange
et le temps et l’espace qu’elle
accorde à la vie
ta chevelure quand elle s’échappe
devient un nuage
ton œil quand il regarde s’effraye
tout cela habite le cœur
des collines calcinées.

Rien

 

Comme si tu n’étais plus /vivant tu assistes à tes propres enterrements/ Toujours par petits bouts de phrases/ Tu te sens seul à le savoir/ Un poème impose à tes visages/ les flux flous /des secondes Pas une seule qui réponde à tes questions/
Ton coeur dans sa conque s’ébroue/ On dirait qu’il refuse/ d’avaler par gorgées infimes/ l’éternité d’une vie évidée/ Ce que tu cherches/ n’est plus /depuis longtemps ton rire/ a gravé de ses Quatre lettres les souvenirs.


Source images: ici   Images issues de la série Apparitions, 2012- Roger Ballen © www.rogerballen.com

 

Lentement

 

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Gary Schneider: ”These photographs, made without a camera, are sweat and heat imprints into film emulsion.” (Source: printeresting-blog, via switchbitch-deactivated20141117)

 

Une hélice végétale imprime
à l’espace en moi sombre
un mouvement de fleur
noire qui s’échappe
une empreinte s’ancre
lentement dans ce monde liquide
sur lequel j’ai tellement peu d’emprise
elle serait comme le moteur principal
d’une idée arrêtée propulsée
vers des taches d’une blancheur
d’écume
Ce qui s’écrit n’est point
un cri de douleur
un champ de mots qui portent malheur
c’est moi hors de ce qui me représente
comme la bogue pleine d’épines
le fruit.

Semblance

Screenshot-2017-10-22 Bertrand Els ( hardcorepunkbf) • Photos et vidéos Instagram
Bertand Els©

La nuit s’écoule dans mes veines avec un goût de fleurs. Voilà que le vent hisse ses voiles dans les feuilles. Les arbres de l’avenue deviennent de géantes nacelles. Elles tiennent, elles sombrent, elles remontent de leurs racines la dernière sève avant l’hiver. Vagues les parterres alourdis de feuilles mortes, vagues les trottoirs humides, vagues les bancs, seule comme un courant, la route va vers le large.

·
Mon corps désormais s’arme de bras et de jambes impossibles à soulever. Lourds comme une ancre. Pourtant, mon point d’attache ne se situe pas au centre de mon corps, j’auréole avec le vent, je cherche entre les branches presque noires l’espace suffisant pour un dédale. Les cheminements impossibles des mots dans mon cerveau. C’est là parait-il que se logent l’âme, la conscience. Je sens que leur place s’étend dans ce qui tétanise ma chair, la masse méconnaissable qui gravit autour des os, qui s’agglutine autour des réseaux libres de l’idée que j’ai de moi-même.

·
La nuit ronronne comme un félin solitaire qui rode obscur. Déjà, il est loin. Invisible. Je cherche ce qui correspondrait à une empreinte, le signe de ce qui furtivement n’existe que par la trace olfactive que laisse un souvenir. Je sais au fond qu’il n’est rien en moi et de ce qui naît à ma portée qui vaille que je les traduise.

·
La nuit finit en queue de poisson. Je ne suis pas certain que ce qui se présente autour du soleil et entre chez moi soit bien ce qu’on appelle: « Jour ».

Nulle part

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klavdi: from Odilon Redon, I —source image

D’abord il y a les oiseaux qui
proches ou éloignés
étalent une vaste broderie de cris
de sifflements
ensuite il y a les fleurs
dont le silence est rompu
par les pollinisateurs
et puis enfin il y a la mer
qui ne dit plus rien
ne va plus nulle part

Jardin

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Self Reflected (detail), 22K gilded microetching, 96″ X 130″, 2014-2016, Greg Dunn and Brian Edwards.

J’ai marché dans le jardin
bien longtemps après
que la nuit soit tombée
aucun sommeil
même pas celui du bruit
j’entendais au delà de la galaxie de ma respiration, du grincement de mes articulations et du bouillonnement interne de mon étoile
le chant infime d’une source
l’eau naissante
le gazouillis intense d’une fleur dans sa fragrance
le froufroutement de l’étoffe qui habille les pétales, les feuilles, les épines et les fruits
il
le jardin
n’est jamais seul
il
le jardin
l’accueille
ma solitude et la tienne
sans lui attribuer de nom
et même pas celui d’une quelconque et bien définie
horrible maladie

Habiter

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Je suis parvenue à mette un pied dans l’eau
ensuite comme si je n’étais plus qu’une algue
je suis parvenue à croire que je n’étais plus qu’une onde
longuement j’ai dispersé mes pensées
mes gestes
n’étaient plus coordonnés
par une volonté interne solide immuable
mais par une abstraction externe fluide
un empressement instinctif à accueillir le changement
ses vagues
manifestations
l’instant était une particule et sa position lumineuse infime
et elles étaient innombrables
je suis restée là semblable à rien
qu’un cheveu
et la partie de moi qui fut forcée à sortir de l’univers
de l’eau
fut rendue à la dure âpreté d’apprendre à exister
en tentant vainement d’avoir ce qui m’avait possédée