Amulette

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Silver amulet of Horse is one of a pair found in a grave 9th Century CE, Birka, sweden

—————  sans être triste

je pleure  — il pleure en moi———————

et se dessine avec toujours plus d’abstraction

ton profil

ton encolure /où pleuvent les crins du soleil

qui auréolait /tous tes galops

—— je comprends qu’il arrivera — un moment

je ne distinguerai plus rien

et que perdu

——— je t’attribuerai toutes mes colères

— les plus absurdes regrets

car j’ai beau faire et refaire ce que je n’ai pas fait

alors

à cet instant

en ce moment précis

où seul   /tu as trouvé la mort

/ malgré  toutes  les ruades

———— je ne reçois jamais de seconde chance

je ne résous rien

je ne calme plus ni ton âme ni la mienne / ni ton pas et le mien

Respirer

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source image: ici

Sur mes épaules l’air se posait en lançant

Quelques reflets comme s’il se liquéfiait

Je regardais à peine ces oiseaux aux ailes de lumière

Comme si cela pouvait mettre fin

A ce qui se produisait dans mon dos

 •

Très vite en quelques secondes je me rendis compte

Que je vivais dans un aquarium rond

Comme une mappemonde je pouvais d’une idée

Le faire tourner autour de son axe sans perdre le nord

Sans être étourdi sans trouver la mort

 •

Je vivais donc en toute tranquillité sur ma planète

Dans un monde souple somptueux comme le sont

Parfois les paradis aquatiques que même le silence

Ne perturbe pas j’aimais l’idée que rien ne m’oppresse

 •

Qu’était-ce ce rideau froid et dur comme la pluie verglacée

Juste un petit bout de la réalité

A la dérive sans solutions affamé de questions

Je pris la sage décision de remettre à plus tard

Mon exploration

Serais-je un jour en mesure de quitter mon bocal

Mieux me faut-il savoir comment on utilise les scaphandres les masques les ceintures de plomb les harpons

Avant de devenir un poisson.

Un cheval

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A Roman bronze horse. Circa 1st-2nd Century A.D.

La lune est un cheval
porté au pas
elle allonge l’ encolure
et laisse ses lèvres effleurer
le ruisseau
l’eau se ride et forme des anneaux
autour des naseaux
la lune respire et broute
les touffes brûlantes de quelques
reflets d’étoiles
à chaque mot correspond l’écho d’une vague
le bruit que fait un sabot quand il égratigne le sable
empreinte de brume
trace que laisse après son passage
la poussière

Constellations cousines

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Bertrand Els © via https://elsacker.tumblr.com/

Cette âme sombre qui est ma soeur
trébuche constamment et tombe souvent
sur ces merveilles qu’aucun mot ne console
rien pour les propager dans le langage
rien pour les arrimer
comme si être-soi pour elles était
sans importance
le visage ensoleillé de la lune
est le seul miroir que j’ose regarder
en particulier lorsqu’il se trouble dans les lacs
lorsqu’il gonfle les brumes de la colline
ou titille les constellations cousines
il arrive pourtant que j’y reconnaisse
les yeux cavés, le souffle inondé de larmes
traits pour traits
cette âme sombre qui est ma soeur

Bractées

22580839_365743127172978_580089552991944704_nComme une feuille immaculée que l’on froisse sans avoir rien pu transcrire, la lumière chiffonne l’obscurité et la transforme.

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Les alternances obtuses me font vaciller. Mes pensées se troublent, se mélangent et se murmurent l’une à l’autre que ce qui se situe au cœur de la cendre, à côté des mots éteints se prépare à un nouvel embrasement. J’ai peur.

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Je sens que dansent des silhouettes et des masques à la place des vrais visages.
Je suppose que je devrais m’effondrer. Je suppose que la peur devrait me ruiner mais je suis habitué aux spectacles de spectres plus réels que la réalité elle-même.

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Je suis entrainé à me faufiler parmi les fantômes, à me rafraichir sous les feuilles, à n’être rien.

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Je ne parle à personne et cette unique personne ressemble à la feuille blanche qu’illumine une sève pure prélevée directement et sans lourdes questions à l’aube. Un phénomène que je n’essaye même pas de comprendre et de m’approprier en inventant que c’est moi qui l’ai créé. Je ne crée rien, je ne décrie rien.

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En regardant les éclats comme des pétales de verre, comme des lames de souvenirs brisés, on pourrait presque parler de bractée en papier, de lanterne qui n’éclaire qu’une seule et infime fleur réduite à la plus simple expression de pistil. Écrire suspendu à un fil, celui de la lecture contemplative.
On pourrait se demander ce que signifie cette brindille qui se penche vers le ciel alternant sans cesse sa tendre trajectoire. On pourrait se demander ce qu’agrippent ces épines mais personne ne le fait.

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Se glissent entre mes lignes de lectures, une anguille qui transforme les mots de ma langue.. En fait des écailles. Parfois elle rajoute une lettre, l’inverse et me bouleverse.

Elle coupe le souffle des phrases.

L’anguille est presque aveugle, elle ne sait pas ce que sont les syllabes, elle le sent. On dit et redit que cela ne suffit pas. Pour elle et pour moi, les mots ne sont pas des paroles. Les mots ne sont pas les bruits qu’on arrache au silence mais les bris que l’on vole à la lumière.


Source images: hardcorepunkbf

 

Et puis

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Raoul Ubac – L’envers de la face, 1939. … via the Centre Pompidou (via issafly)

Il pleut. Chaque feuille désormais se fait l’écho d’une goutte. La goutte verte attendue depuis des mois.
Il pleut. La terre profondément sèche est devenue imperméable comme si elle avait perdu tout espoir.
Il pleut. Au loin, on dirait que les montagnes se sont mises en marche. Le ciel tremble. La lune qui se baignait en plein jour dans le ciel cobalt a disparu. Engloutie par la peur.
Il pleut. La nuit est là. Nue et muette. Les larmes lui ont effacé les yeux et la bouche. Elle stagne.
Il pleut et rien n’arrête plus les rumeurs des vagues. Les fleurs ont les bras chargés de vagues.
Il pleut. Je n’ai pas de piano à me mettre sous mes doigts, pas d’instrument, pas de voix. Il pleut et mon coeur habite une caverne comme un tombeau. A l’abri des mots, il bat. Il boit les images que lui envoie le cerveau.
il pleut. Il se noie.
il pleut et je ne pleure pas.

cheminements

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les aiguilles comptent
le nombre de pas que font
les regrets avant de muer
les aiguilles tombent
sous mes pieds elles brûlent
en se froissant comme du papier
les aiguilles sondent l’azur
finissent par le reconnaître
et savoir ce qu’il ressent
là où moi j’ai un caillou un cœur
un nœud une pluie de pleurs
là où toi il ne te reste plus rien
pupille nocturne iris d’automne
sombre et dans mon rêve
des galops
rassemblés dans la douceur
arrondis patiemment et qui
ne s’éteignent pas

Pleurs

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le soleil
le jardin
aiguilles et feuilles
la chaleur
la fraicheur
l’ombre indécise
l’eau comme évaporée d’une fontaine
pétales et pleurs
les fleurs
les fruits
les saveurs végétales
ondes et parfums
habitent le ciel comme une étoile

Sommet

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Image: Antón Hurtado

Avant de s’envoler dans le ciel
la colline arbore en son sommet,
un rocher aux couleurs d’aile de tourterelle.
La mer en remuant incessamment
permet au soleil de lui confier des grappes de raisin violet.
Quel plaisir puis-je donc éprouver à contempler et
à décrire ce qui est susceptible de ne jamais changer?
En renouvelant mes observations, j’oblige mes sentiments
à progresser vers d’infinies sensations sans jamais être
en mesure de me confronter à la réalité tangible.
Ainsi décrite la colline ne montre pas la face que je suis incapable de gravir.

Pluie

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Il pleut et
le ciel est rempli de coups
de griffes
il pleut et
chaque goutte est l’écho d’une autre
le vent avance
en froissant les frondaisons
des oliviers
le pin d’Alep avale de grande bouffées d’air frais
il pleut et il se peut
que partout ailleurs il pleuve aussi
dans mon thorax
sur mes bras
dans mon ventre
sur mes jambes
dans ma bouche
sur mes lèvres
il pleut et
mes larmes
comme de petits raz de marée
passent d’une vague à l’autre
de pointe de poignard en éclats coupants
il pleut et
la pluie est emprisonnée dans l’espace chiffonné
d’un kaléidoscope
il pleut et
je peux à peine distinguer
cris et écrits hallucinés
pluie et
nuit nuisent désormais à la clarté
de mes pensées
se peut-il que l’obscur
désir d’exister ne soit plus
qu’une pluie
de plus
d’étoiles
d’éclairs
du passé


Source image:

Bartosz Wajer

http://blindself.tumblr.com/