cheminements

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les aiguilles comptent
le nombre de pas que font
les regrets avant de muer
les aiguilles tombent
sous mes pieds elles brûlent
en se froissant comme du papier
les aiguilles sondent l’azur
finissent par le reconnaître
et savoir ce qu’il ressent
là où moi j’ai un caillou un cœur
un nœud une pluie de pleurs
là où toi il ne te reste plus rien
pupille nocturne iris d’automne
sombre et dans mon rêve
des galops
rassemblés dans la douceur
arrondis patiemment et qui
ne s’éteignent pas

Pleurs

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le soleil
le jardin
aiguilles et feuilles
la chaleur
la fraicheur
l’ombre indécise
l’eau comme évaporée d’une fontaine
pétales et pleurs
les fleurs
les fruits
les saveurs végétales
ondes et parfums
habitent le ciel comme une étoile

Sommet

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Image: Antón Hurtado

Avant de s’envoler dans le ciel
la colline arbore en son sommet,
un rocher aux couleurs d’aile de tourterelle.
La mer en remuant incessamment
permet au soleil de lui confier des grappes de raisin violet.
Quel plaisir puis-je donc éprouver à contempler et
à décrire ce qui est susceptible de ne jamais changer?
En renouvelant mes observations, j’oblige mes sentiments
à progresser vers d’infinies sensations sans jamais être
en mesure de me confronter à la réalité tangible.
Ainsi décrite la colline ne montre pas la face que je suis incapable de gravir.

Pluie

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Il pleut et
le ciel est rempli de coups
de griffes
il pleut et
chaque goutte est l’écho d’une autre
le vent avance
en froissant les frondaisons
des oliviers
le pin d’Alep avale de grande bouffées d’air frais
il pleut et il se peut
que partout ailleurs il pleuve aussi
dans mon thorax
sur mes bras
dans mon ventre
sur mes jambes
dans ma bouche
sur mes lèvres
il pleut et
mes larmes
comme de petits raz de marée
passent d’une vague à l’autre
de pointe de poignard en éclats coupants
il pleut et
la pluie est emprisonnée dans l’espace chiffonné
d’un kaléidoscope
il pleut et
je peux à peine distinguer
cris et écrits hallucinés
pluie et
nuit nuisent désormais à la clarté
de mes pensées
se peut-il que l’obscur
désir d’exister ne soit plus
qu’une pluie
de plus
d’étoiles
d’éclairs
du passé


Source image:

Bartosz Wajer

http://blindself.tumblr.com/

 

Minéral

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Adam Fuss

Un galet
et pourtant ils sont des milliers à occuper les fonds du torrent
un galet poli par le soleil n’a presque pas d’ombre
lourd et chaud
palpite comme un cœur
un galet qu’un imprudent prendrait dans la main
avec l’espoir de le laisser tomber
dans l’eau pour avoir le bonheur d’entendre le bruit du poids de l’existence qui se sauve
mais sous la pierre l’Aspic
Sous l’eau les cerceaux du soleil encerclent
un galet
gris
gros
D’abord la main
le poignet
le bras
le tronc
les jambes
les pieds
et ce qu’il reste au cerveau d’esprit
se crispent et durcissent
insensiblement
la vie son poids dans ton cœur est
un galet poli par la douleur

 

Source image

Sans nom

Early Sunday Morning by Edward Hopper
Early Sunday Morning by Edward Hopper

 

La pluie mange le ciel et tout

ce qu’il contient de nuages

mange les feuilles         jusqu’à leurs nervures

les aiguilles             jusqu’à ce qu’elles saignent

elle mange les troncs et les racines qui débordent à la surface du sol

la terre         les roches et les petits cailloux

la pluie avale les montagnes

au loin         les chemins     les sentiers

et leurs graviers que touchent tes pieds

la pluie dévore l’air le vent     et

décortique chaque mouvement

elle mange les champs    les prés        les fleurs

le bétail  les toits de ton village natal

elle mange les routes        les voitures    les passants     l’absence

et presque toute ta volonté

elle picore les vitres     la peau de tes joues

ta chevelure et tes vêtements

partout elle se mélange au décor

noie les couleurs dans le même fleuve

la même turbulence

la pluie mange le sable des plages grain par grain

jusqu’à ce qu’une mer en rage lui barre le passage

d’une seule et énorme vague

Ce qu’atteint l’horizon par ce brusque rugissement d’écume

ne portera pas de nom

car tu n’as pu déterminer ce qu’il se passait au juste

au fond de toi et en surface

à ce moment-là

la pluie n’a plus
désormais

aucune emprise sur toi

Sommeil

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© Nan Goldin

La nuit mange
chacune des heures
où je ne trouve pas le sommeil

Le bovin digère
allongé sur la mer

chaque vague
reproduit le bruit
de la mâchoire
du ruminant

le chant des heures
fleuri par tant de secondes
immortelles
caresse l’échine
ou le cœur

calice où le sang
reproduit les battements
affolants du souvenir

au cœur toujours
il y a toi
ta voix
comme un pollen
que butinent les étoiles

mauve

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Lorsque tu te poses sur ma main

écartant les lettres mauves

comme le font les mots

lorsque du fond de ma gorge

tu prends la parole

la nuit soudain possède mes effleurements

elle traîne

sa lenteur est lueur

sertie de taches de rousseur

la lune et son sourire

me ferment les paupières

ailes de papier

je ne suis plus

que brindille

portée par cet incendie d’écume

qui ceint l’horizon

Torses

tumblr_nu3ulc7mS51ubcbi3o1_1280Lorsque je ferme les yeux pour chercher le sommeil, s’installe en moi peu à peu ce que j’appellerais un jardin. La végétation comme une histoire qui s’écrit, s’efface et puis recommence, gagne tout mon espace intérieur. Branches et traits d’encre se mélangent jusqu’à devenir une vaste chevelure emmêlée et incompréhensible.

tumblr_nu3ulc7mS51ubcbi3o3_1280Pourtant rien de tout cela ne semble m’effrayer, je pourrais presque croire que je rêve et que je finirai par en tirer quelques phrases pour la raconter. Des mots pris par le rythme d’images qui se déploient en corolles, en buissons frissonnants, en forêts foudroyées par des lueurs lunaires blanches et argentées.

tumblr_nu3ulc7mS51ubcbi3o5_1280-2Je poursuis mille ondulations, mille voies serpentantes avec l’extrême sensation de chercher le hameçon à mordre, à avaler pour être sorti d’un seul geste puissant de ce foisonnement infini. Avoir enfin la vue surplombant le jardin. Avoir enfin la certitude de pouvoir traduire autrement qu’en images fades la vie intérieure luxuriante, riche, évanescente que je vis. Trouver les moyens de faire taire les messages qui contredisent qu’elle seule a valeur de réalité.

tumblr_nu3ulc7mS51ubcbi3o5_1280Je ne suis pas qu’un rêveur. Impassible, muet de ce qui lui arrive, ne trouvant que les phrases qui échouent au lieu de celles qui toujours restent vagues au large, émettant les multiples signaux scintillants de ce qui a pour mon regard véritablement un sens. Je ne suis pas que celui qui contemple la vie comme si elle était le jeu auquel il ne peut participer parce qu’il n’en connaît pas les règles ou parce qu’il n’a pas les bonnes cartes ou que le hasard n’a pas désigné comme vainqueur, comme dupé, comme tricheur.

Lorsque j’ouvre les yeux, je sais que peu à peu ce jardin se recouvre d’une étoffe noire et visqueuse. Le quotidien fait tache. La nuit qui cache les branches, les feuilles, les bourgeons, les tentatives d’exploration gagne chaque clairière, chaque sente qui me menait à un mot. Ma vie intérieure porte un vêtement fait de pétales et de feuilles défaites, d’ombres, doux comme les mousses qui courent sur les faces des troncs qui ne voient presque pas le soleil.

 

 

Photographies: Dark abstract composition of two torsos covered with branches, 

Brussels, September 2015

Bertrand Vanden Elsacker

BVDE

http://elsacker.tumblr.com/

Auréoles

Mandelbrot Resequenced Tomograph by pifactorial ©2012-2015 pifactorial

Très haut au dessus de la terre

le ciel se transforme en mer

Lueurs et nuages se font vagues

Les sommets rocheux accrochent l’écume

Mon cœur s’installe au fond de mon âme

comme un galet

j’entends l’écho de ses pleurs

qui se noient.

 

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