Digitale

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photo: Bertrand Vanden Elsacker

Au dessus du maquis une à une naissent les étoiles

une lueur lactée les berce les fait vaciller

Des parfums empruntent les allées invisibles

de mon âme

ce qui se tisse c’est la toile

d’une araignée qui revient toujours et toujours sur ses pas

pas un mot ne lui échappe

aiguilles flammes brindilles pétales

lascifs feuillages épuisés par ce soleil

qui meurt chaque soir

cet oeil qui me regarde me juge me condamne

est son venin détestable

c’est qu’il me paralyse cet animal

et gèle mes actes et sanctifie

tout ce que je rate

La lune faucille rouillée

accrochée à la dernière étoile

laisse sur les eaux et leurs miroirs

l’empreinte digitale

de ma toute première

larme

Joan Miró ( « Je travaille comme un jardinier »)

Miro, Constellation 20 Le bel oiseau déchiffrant l'inconnu au couple d'amoureux.

Miro, Constellation 20
Le bel oiseau déchiffrant l’inconnu au couple d’amoureux.

Je suis l’oiseau

mais

je me vois au travers des yeux du chat

son sourire hypnotise ma peur

moustaches et griffes sont les signatures d’une possible brûlure

mais

mon vol recherche au delà de tout l’équilibre

ma voix le souligne de cris noirs épars

ma pupille épure l’espace infini en autant de constellations

d’un point à un autre

se dessine le visage

de l’aimé

profil lunatique

nos regards portent l’élégante énigme des astres

et nous mesurons la force de la parole que nous nous donnons

et qui pourtant s’envole

aux pieds des étoiles

naît ce langage du cœur et de l’esprit

au quel je donne volontairement ton prénom

Trot

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Vyacheslav Novkov

°

Les mots te traversent comme les ruisseaux les forêts

Ils forment des colonies désordonnées de chuchotements

Ils miroitent comme si ils allaient disparaître tous les points du silence

Feuilles aiguilles bourgeons fleurs et fruits

racines et cimes s’abreuvent aux sources secrètes d’une seule lettre

poursuivent les serpents lumineux  décrivent de fulgurantes constellations de sons

Pour former un sens les mots en prennent plusieurs

pour construire une phrase ils se laissent couler par hasard

érodant les roches d’un chemin

polissant le temps

oubliant l’espace un instant

Pour forger un mot tes sens doivent accepter le trot régulier et monocorde d’une signification

une seule que tu serais obligé de choisir

pour être compris

Il n’est rien qui puisse définir le froissement des étoffes limpides

qui envahissent tes vaisseaux à chaque fois que tu poses un pas.

L’étrange voyage

Après la plage du front,  en suivant la ligne suggérée par  les sourcils, je passe sur la paupière pour atteindre l’œil . Bercé par l’oubli, porté par la volonté de tout savoir, voilé par les brumes sauvages du souvenir, le premier astre de la nuit oscille. Appréhender quelqu’un par les traits de son visage revient à reconnaître que dans le dessin des constellations se jouent les vies d’êtres fabuleux, il faut de l’imagination et le don de la divination.

On apprendrait tout du fond de la pupille. Rutilante perle de jais, elle habille l’œil d’une élégance muette et changeante. Elle se baigne dans une clarté fluide qui connaît tout de la nuit, elle compose toutes les symphonies complexes qui se jouent dans le regard.

Parfois, le regard glisse, s’écarte et révèle qu’il me reste pour le comprendre, tout un ruisseau à boire. Ce qui frétille dans ses courants comme les reflets d’une lune, c’est le cœur. Suave, rougeoyant et sourd, le cœur se tait et se tient prêt à déborder dans les larmes.

Certaines personnes portent le cœur dans le regard. D’autres sur la main, d’autres dans le poing ou dans la bave.

Le chemin jusqu’à la bouche serait si facile à trouver, il suffirait de suivre le fil aussi fin soit-il d’une petite phrase. Mais comment rester tranquille, attentif, quand tant de choses sur un visage étourdissent les sens, détournent les sentiments ? Comment distinguer dans les plis de la peau, dans les traces rugueuses oubliées par le  temps, celles habitées par les rires et  le jeu, de celles occupées par le désir d’éblouir, de mentir ou de dompter.

Il faudrait que je puisse disposer du temps selon mon bon vouloir pour l’analyser. Rester attaché aux secondes pendant des heures. Mais les visages ne sont bien souvent que semblables à ces troupeaux de nuages, ils me dépassent. J’essaye de croire qu’ils sont les formes magiques et impalpables d’histoires dictées par les clartés azurées.

Les visages sont des phrases qui n’ont pas de ponctuation et aucun point d’attache. Si je crois enfin tenir une vérité, c’est la lueur scintillante d’une étoile depuis longtemps endormie que je regarde sans le savoir.

Que reste-t-il de l’âme sur le visage, quelles sont les traces que laissent les rêves après leurs passages ? J’aimerais parcourir les visages comme de nouveaux paysages, déployer ma lecture dans le temps et dans l’espace pour en dessiner fidèlement la carte.

Mire

Chris Kenny, 1,329 children, detail (2009)

Si les figures pouvaient se lire et se laisser dessiner

comme les cartes du ciel

je ne me perdrais plus sur les chemins

torturés des mauvaises idées

comment confier sa course à cette pluie

de points et de têtes d’épingle

constellations muettes de visages

sur lesquelles je ne distingue rien

que le vague

grésillement d’une onde radio.