Reflets roses

L’oiseau couleur de galet aux reflets roses
tente l’approche il a soif et tremper ses chants
dans l’azur ne lui suffit plus pour apaiser ses désirs d’infini

Sur le rocher près de la source rampe la petite féline
celle dont les miaulements tintent à peine
celle dont le dos est pourvu d’un longue ligne noire et le corps parcouru d’ombres fauves
celle dont la queue comporte cinq anneaux et un plumeau noirs
celle qui à sa naissance a renversé sur ses pattes un pot de crème

L’oiseau préfère le ciel à l’eau
La petite féline disparait dans les broussailles

La prochaine fois quelqu’un étanchera sa soif
La prochaine fois quelqu’un répondra aux voix de son instinct

Effacements

Le vent ne porte pas en lui que les nuages
il porte aussi
le miaulement furtif d’un jeune enfant
l’appel langoureux d’un oiseau
l’écho d’une source qui scintille dans les aiguilles d’un pin
le frisson de la fleur
qui vient de perdre son dernier pétale
et il porte aussi l’effacement meurtrier de tous les bruissements de mon âme
Demain seras-tu celui qui ne se souvient plus de rien?

Sphinx

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Dans le pin un oiseau est en pleine conversation avec les aiguilles encore éclaboussées de lumière

je l’interromps

il me répond par cette question: Que sont ces cailloux qui se déplacent à quatre pattes?

L’oiseau serait-il un sphinx?

-Les tortues ne sont pas des cailloux 

-Des pierres précieuses? 

-sans aucun doute – je passe – l’astre fatigué vient de plonger dans la mer

la nuit ne va plus tarder – j’ai peur

L’oiseau ne montre pas son visage mais j’entends qu’il étire ses ailes

il lisse ses plumes et en laisse tomber une 

comme une larme sur une partition

comme un pétale dévoué

je m’éloigne 

soudain je n’ai plus d’ombre 

je rejoins le banc dont l’assise est fendue par quelques têtes de coquelicots endormis 

la nuit est devenue un nid où dorment les bruits

et d’où naissent les sphinx

Montagne

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L’oiseau de ta main se pose sur mon épaule

ton bras se glisse dans le mien

ton poing se love dans le creux de ma main

le papier a pris la forme

d’une montagne enneigée

les versants montrent

le cou et la clavicule d’un

être humain

il a tourné la tête

personne ne sait ce

qu’il regarde le poème

nous montre ses poignets

il faudrait suivre

les veines jusqu’

au sommet

le papier s’est froissé

entre mes mains

j’ai frôlé le silence

il me reste une blanche solitude qui se rit de moi et de mes habitudes.