Brouillards

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Yamamoto Masao

Derrière le mur de nuages, un ciel avance, la nuit progresse. Et ce que j’entends au loin, ce n’est pas un avion qui déchire le temps, ce n’est pas un orage en train de naître. C’est un hêtre. Il respire plus fort que tous les autres. Il respire en faisant un bruit de mer. Il déverse ses branches pâles comme les vagues l’écume sur la plage.
L’arbre n’a plus pour feuilles que les larmes froides du brouillard. il a créé la confusion dans mon esprit. Un instant j’ai cru voir au bout de l’avenue, la mer nue se cabrer comme un cheval sauvage.

Soudain

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Joe Brittain

Comme nuages les rivages se dissipent au large
il devient impossible de savoir ce que cache la mer et même de reconnaître avec certitude les contours de l’île
pourtant
de la colline comme d’une épaule s’écoule une chevelure
de myrte de bruyère de ciste
d’immortelles
senteurs
Je ne pourrais dire   il vente
car je sens bien que le vent n’a rien d’aussi méthodique que la pluie

il habite l’horizon

est né de la montagne
le vent  est  un petit animal
étourdi  fort  soudain
est-il possible de le maintenir sur la paume des mains
même à la voile il échappe


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Nuée

Motohika Odani
Motohika Odani

Ma vie est un nuage, elle condense les secondes comme des gouttes. Elle n’est que vapeur. Parfois elle neige, elle nage en formant des flocons, se glace dans des aller-retour inutiles, elle voyage sur une toile aux dimensions multiples. Ma vie n’a aucun sens.

Elle est une carte sur laquelle coulent des routes. Des rivières dorment dans leur lit, d’autres sont assez sauvages pour former la mer. Ma vie me berce d’un instant à l’autre, elle se plante.

Les moments de pause sont le cadre précis à l’intérieur duquel j’évolue en reposant à mes idées d’insipides questions, improbables méduses colorées dont les tentacules prennent fin à l’orée de ce qui s’appelle l’horizon.

Je ne comprends pas pourquoi certains le confondent avec le futur. L’horizon est cette vitre, c’est une bulle qu’aucun d’entre vous n’aperçoit.

Ma vie se charge d’effacer celle que je suis, celui que je ne pourrais être en créant des orages. Regardez comme ma robe pommelée se recouvre de larmes de pudeur. Je me mets à disparaître et à renaître sur les pétales. Je pose ma bouche sur la mer. Je marche la nuit dans les jardins qu’embaument les fleurs.

J’apprends tous les jours à me trouver de nouvelles limites. Finalement, mon but est de rester sans disparaître dans les averses, sans me fondre à cet immense désert, je reste muette dans les creux des prés avant que les troupeaux ne les broutent. Rien ne me fait plus peur que le bruit d’une mâchoire.

Nocturne

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Un nuage habite le lac

on voit la silhouette volatile d’un fantôme

qui nage

ses ailes de Noctule

cherchent à protéger

le visage de la lune qui se baigne dans la nue.

Entendements

Contemporary Basketry: Color/Blue Karyl Sisson Elemenop

 

Sur le mur de façade de la maison d’en face

les failles ont dessiné la moitié d’une cervelle humaine

la matière grise est une brume épaisse qui se déplace

au-dessus de cette tranche de vérité

délavé et obscur un ciel pleure plein d’impuretés

je me demande ce qu’il resterait dans ma tête

après une telle tempête

un embrouillamini de nœuds un nid de couleuvres

ou le total oubli et la fête sauvage d’un immense nuage ?

 

 

Ta voix

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Je crois qu’il s’agit d’un nuage venu depuis derrière l’horizon. J’entends comme il déploie ses ailes semblables à celle de l’albatros hurleur. Mais c’est ta voix, onde profonde qui tombe solennellement sur moi comme les auréoles du soleil.

Agile, elle monte jusqu’à rayer les larmes et puis elle s’en va à pas de chat. Elle rebondit, danse et saute. Ta voix réchauffe l’air de ses origines masculines. On croit qu’elle sombre mais elle plane dans une même et seule caresse. Elle n’est ni rauque, ni fade, elle est grave et lucide.

Si j’osais regarder le ciel, je pourrais savoir qu’il ressemble à une perle ayant le même éclat presque dissipé de ta personne.

Tu n’oses pas porter ta voix parce qu’elle ne ressemble à aucune définition qu’on invente pour corrompre. Tu crois qu’elle se déforme, qu’elle te trahit laidement alors qu’elle pose tes phrases comme si elles n’avaient pas de poids alors qu’elles décrivent l’étrange chose invincible qui brille en toi.

Ta voix n’est pas une flétrissure, une porte qui claque, quelque chose qui se calque. Ta voix n’est pas celle d’un mort, ni celle de ce fantôme qui se répète à l’infini sans jamais entendre qu’à l’intérieur de lui il n’ y a qu’un simple puits.

Tu te punis, j’entends que parfois tu l’étires comme si elle n’était qu’un vulgaire élastique, que tu la promènes dans les rues glauques qui n’ont que les regards des avares et des charognes qu’ils dévorent.

Ta voix ne parle pas pour les autres, elle ne parle que pour toi des mélodies complexes que forme harmonieusement ton esprit depuis que tu es tout petit.

à B.