Reflets roses

L’oiseau couleur de galet aux reflets roses
tente l’approche il a soif et tremper ses chants
dans l’azur ne lui suffit plus pour apaiser ses désirs d’infini

Sur le rocher près de la source rampe la petite féline
celle dont les miaulements tintent à peine
celle dont le dos est pourvu d’un longue ligne noire et le corps parcouru d’ombres fauves
celle dont la queue comporte cinq anneaux et un plumeau noirs
celle qui à sa naissance a renversé sur ses pattes un pot de crème

L’oiseau préfère le ciel à l’eau
La petite féline disparait dans les broussailles

La prochaine fois quelqu’un étanchera sa soif
La prochaine fois quelqu’un répondra aux voix de son instinct

Se libérer d’un fantôme

Il pleut

le temps peut

à nouveau s’écouler

aller de là à ici

sans que rien ne soit changé

la foudre en mer

l’orage accoudé à la montagne 

regarde

une invasion extra-terrestre frapper

ce qui peut être si loin

il pleut

ailleurs le temps se soude à l’éternité vorace

au néant et rafraîchit semble-t-il les pensées

les paroles ne parviennent toujours pas à se libérer

de leurs fantômes.

Une miche de pain

Par de là la clôture, le petit chat noir observe souvent le maquis. Assis ou couché en forme de miche de pain. Mais ce soir, quelque chose d’extraordinaire le fascine. C’est qu’à la tombée de la nuit, avec la fraîcheur se réveille une faune fantastique. 

Entre deux bosquets de cistes, une fabuleuse divinité féline s’est approchée en utilisant le socle d’un rocher pour figer son dernier mouvement. Le chat dont le pelage soyeux rappelle par sa couleur à la fois le marbre et l’ivoire fixe d’un regard bleuté le petit chat noir. 

La confrontation silencieuse dure de longues minutes. La statue est de taille, souple et puissante, musclée. La miche de pain noire décide soudain de sortir du silence en poussant un redoutable rugissement accompagné de miaulements rauques et graves qui laissent à l’ennemi le temps d’apercevoir la mâchoire bien garnie et le rose flamboyant de la langue. Le chat noir possède un autre avantage, il est en hauteur. D’un seul bond, il est capable de déboulonner la statue si elle persiste à le menacer du regard. 

Finalement, la statue prend brutalement la fuite suivie par la miche de pain au poil hérissé. La partie se termine par des ruades et de nombreux chants gutturaux quelque part parmi les cailloux et les feuillages odorants du maquis. 

L’issue de la bataille ne fait plus de doute lorsque de nombreuses heures après ces éclats, se frotte à mes jambes un chat effroyablement doux, noir et paisible comme la nuit. Il a vite fait de guider mes caresses et mes regards vers cet endroit du mur d’où il guette habituellement seul la vie.

Étamines

Dans le firmament les étamines rouges

de la fleur rien d’autre

pour annoncer

que la nuit sera violette

pour dérouter les néants méandreux 

des intelligences s’érodent en écrivant à la volée

des pavés de non-sens

à la lecture s’évaporent sous les mots sentencieux

ce qui se cachait à la source et puis à force s’épuisait

sur ces pages entre les lignes et les sous-entendus fabuleux  

Dans le jardin

Dans le jardin la nuit ne tombe pas 

D’une nuée

Elle avance pendant que le jour 

s’évapore ainsi qu’un parfum

Icare vient voir s’il se trouve quelques plumes pour l’oiseau qu’enferme 

son coeur

la licorne librement feuillette du bout des lèvres

l’herbe verte et la corolle blanche de la lune

dans un reflet

je suis pas à pas
un chemin de dalles fraiches

le labyrinthe dessiné par le vol silencieux

et bleu 

d’une vague égarée et perdue

loin du berceau où dorment celles

qui sont ses soeurs jumelles

Boeuf

Animal Locomotion: Plate 669 (Ox Walking), 1887
Eadweard Muybridge
Inscribed with Muybridge’s letterpress credit, series title, plate number and date
Stamped on reverse with Museum of Edinburgh ‘Science and Art’ stamp
Collotype print
18 x 23 1/2 inches (sheet size)
9 x 13 1/4 inches (image size)

La colline s’est allongée

dans l’enceinte de son sommeil

se blottissent une forêt minuscule et une pinède 

sculptée dans le jade vert foncé d’une vague

de son rêve s’échappe une coulée d’étoiles

juste à côté du corps endormi 

immense du monstre

l’âme sauvage d’un petit chat noir

le coeur-rocher devient miaulements d’un torrent

parfois bleus parfois lents

il semblerait que la colline soit l’échine

tranquille d’un boeuf 

assoupi  

Oracle

Dans l’olivier, deux muses à tête bleue
échangent quelques formules magiques
dans une langue que personne ne traduit.

Car les entendre suffit pour comprendre
ce qu’elles prédisent.

Deux muses à tête bleue,
un oracle,
des perles tombent de l’arbre.

Comme des notes de musique,
elles sautillent et me regardent,


me préviennent comme par miracle
d’un funeste destin
si je ne m’échappe.

Voilà deux félins!

Les mêmes qui font leurs griffes
sur les troncs d’arbres et les tapis
de soie