Ébauche

Bird sketches, from 1955, sketch book, by Leonard Maurer


Le bras fleuri et odorant du laurier rose blanc
se tend vers le néant

une pomme de pin au profil gracieux

ayant bec et ongles ainsi que deux ailes repliées le long du corps

s’agrippe à la branche et zèbre l’espace

de son chant strident 

la brume s’échappe au dessus de la colline
la pluie sera pour l’autre versant du monde

Petite forêt

Petite forêt 

Aux senteurs d’immortelles et de lait

Chaud

Chat de la brousse

Chat de la mousse qui court à l’aube 

des rochers et puis des vagues 

Chat de la pluie et des aiguilles
du pin

redore les sentiers que parcourt la nuit

Le long de la colonne vertébrale

Le vent

Il vient du large  il coule depuis le sommet d’une colline

il passe par dessus mon épaule le vent
il met du temps avant de toucher le rivage

il vient avec tellement de vagues et d’algues

il est presque toujours dans la chevelure des arbres
les pins les oliviers
sa voix ressemble à celle des draps qui sèchent sur les prairies
à celle des nuages au soleil

un jour j’ai osé le regarder en face

j’ai vu qu’il chantait la gorge déployée le bec fier l’oeil noir pointant le ciel le vent
sur son aile un trait d’écume dans son chant une lueur à peine rose

tout le jour il a repris la même phrase qu’il alternait avec des plages de silence 

la même phrase jusqu’à ce qu’elle soit polie et luisante 

jusqu’à ce qu’elle atteigne la perfection du nid de la mésange


En cet instant

À l’orée

De la paume au-delà de la ligne de vie

Parmi les chemins ourlés les plis et les rides rugueuses 

Le point d’impact d’une épine 

Je songe au tronc du rosier mousseux qui à des années-lumière de là

Porte l’étoile qui mord

Et tellement d’autres

Qu’on ne les soupçonne même pas

Je songe à la géante gazeuse rose

Ses effluves existent encore dans les dédales

Que construit mon esprit

En cet instant .

Fleurs de prunier

White Plum Flowers, from the series Comparing Flowers, volume 6 (Hanakurabe), from the series Comparing Flowers, volume
6花くらべ
Artist: Shibata Zeshin (Japanese, 1807 – 1891)

Ce dimanche au jardin,


Très haut dans le ciel, des goélands
annoncent la couleur
des vagues

le mot se mélange aux feuillages verts
comme une partie du vent

l’absent souffle sur les fleurs pour réveiller
les papillons
autour des astres jaunes bourdonnent
les cueilleuses de pollen 

le félin noir se fatigue à avancer sur trois pattes
s’efforce à rétablir autour du manque l’ancien équilibre

il neige parfois des pétales de fleurs de prunier

de petites langues roses restent auréoler pour ce qu’elles prennent pour l’éternité autour des pistils si discrets

ailleurs, très loin, ils comptent les morts à l’unité près.
Ils en sont si fiers
dans mon corps ce coeur
se demande si
compte encore le vivant 


Source image

Rien

©cc

Rien ne bouge

rien, c’est la feuille, le fruit, la branche, le tronc.
rien, c’est le gravillon, le sol, le sable, un coquillage.
rien, c’est la terre, la racine, le rhizome.
rien, c’est le chemin, la route qui mène à la montagne.
rien, c’est le village, les habitations, la gare.
rien, c’est la maison, ses chambres, ses meubles et moi.

Voies

Cette étoffe lente
de velours noir c’est la rivière qui erre dans les bras de la forêt

L’eau sans remous semble s’alourdir en plein d’endroits

les poissons engourdis se laissent caresser par la vase froide

une voix lance un appel à la solitude et elle lui répond comme le font les cascades
les gorges sont pleines de noms élargissant les possibles

une famille de chants réchauffe la brume lui dénoue la chevelure
renoue des amitiés fortifie les sensations

au-dessus de la rivière infranchissable la meute vient de construire un passage
chaque membre de la troupe l’emprunte en suivant les pas de
la louve alfa

Milliers

©cc

Les larmes glissent le long de la vitre 
attirées par une force gravitationnelle
elles ne peuvent que s’écouler
il en est toujours de nouvelles qui viennent s’agglutiner reformulant l’écriture
des trajectoires précisant cet espèce d’effondrement inévitable

 
les routes neuronales de la pluie
ne sont pas que dérives
 

Au-delà dans le jardin les trames pluviales se superposent comme des voiles
selon l’épaisseur
selon la limpidité

sous l’olivier l’étoffe est transparente
en mer elle est bleutée
en montagne elle est duveteuse

Partout la lumière blanche est filtrée

Le noyau de la goutte est une particule d’étoile
un point discret
une pupille qui ne cesse presque jamais de rayonner par le regard
l’effondrement laisse un passage
ouvert 

la pluie partage et scande
le jardin
et l’au-delà tel un mille-feuille 

Les feuilles mortes et le chat

Certaines petites feuilles mortes

Ressemblent à des oiseaux 

Même si aucune ne s’envole

Elles picorent

Elles ouvrent les ailes 

Et là où il n’y a pas d’air

Elles raclent le sol

Aucun oiseau mort ne ressemble à la feuille 

Même si son envol va vers la mer

Gagne les airs 

Voilà ce que se dit le chat

Assis sur sa hauteur de coussins 

Rangés pour l’hiver