L’espoir

Le jardin a longtemps cru

en un retour du printemps
sans passer par l’hiver.

Aucun feuillu ne s’est dépeuplé.

En passant par une floraison timide

il en est un qui a conçu des fruits

le poirier.

Le premier à comprendre fut le figuier

c’est que cette année exceptionnellement 

il avait produit à deux reprises

tellement de figues qu’il était fatigué.

Les autres se sont fiés à ceux qui jamais ne perdent 

toutes leurs feuilles en même temps

si bien que quand elles se renouvellent

on le remarque à peine.

Sur le poirier une dizaine de nouaisons

et un peu plus tard des poires rougeoyantes

parfaitement formées mais sur lesquelles

il n’y a presque rien à manger.

Un coeur autour de quelques pépins!

Que dire de ceux qui ne s’habituent pas!

Hier, la neige est tombée en quelques flocons 

sur une cime très éloignée

mais le vent a transmis la missive anonyme et froide .

Forêt

© Bertrand Elsacker

Dans la forêt d’eucalyptus il n’y a plus personne

quelques pins et leur broderies d’aiguilles 

un silence d’écorce et parfois quelques plumes

la cime sert de nid au milan

il miroite au soleil parmi mille feuilles

éclaboussées par le soleil

Aujourd’hui on entend la mer

filtrer la lumière

avant de se mélanger aux saveurs automnales

du maquis 

Message

La guêpe dans la tasse de thé fleurie 

fait résonner son coeur 

battement d’ailes frénétique

et puis se pose sur le mot

que je vais lire pour m’interdire

de progresser simplement d’un mot à un autre

faut-il que je survole  et oublie le mot 

Dard

à moins qu’il ne soit trop tard 

pour écourter le livre

Seulement le ciel

Seulement le ciel 

Qui ne porte pas de nom 

Mais que porte la mer en elle

Seulement le silence immobile 

La nuance

La longue histoire de la langue 

Qui ne porte en elle pas de nom

Mais que porte le symbole 

L’objet et son âme l’haleine 

Passe de brume à nuage

De nuage à colline à ruisseau à cheval

À l’horizon une nouvelle aube

La nuit dénudée la lune sortie de sa bogue 

Verte

Miniature


Christ cloué sur la Croix
Heures de Marguerite d’Orléans
France (Rennes), XVe siècle.
BnF, département des Manuscrits, Latin 1156 B, fol. 139
© Bibliothèque nationale de France

Dans ce jardin encerclé par le ciel
la pluie se dessine comme les fils d’une toile d’araignée
on assure que la lumière reste visible seulement dans les fleurs
quelques points se suspendent dans les coeurs

pour déjouer les sorts se préserver du doute et de la peur

s’incruste partout le lapis lazuli
les étoffes outre-mer

habillent l’espace et le vide

et rythment des flots

Pourparlers

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Pour parler 

De la mer les vagues 

L’attraction amoureuse d’un astre

Qui ne sait que se taire 

Le temps fait de grains grignote 

La lumière ou ce qu’il en reste 

Lorsque enfin me parvient l’onde

Qui témoigne d’un effondrement sidéral 

Pour parler de l’animal en moi

Une âme muette minérale 

Qui se persuade qu’il n’est jamais trop tard

Le Flambé

Iphiclides podalirius-©cc

Le soleil sur un plateau de nuages

navigue au-delà de la

ligne imaginaire qui finit l’horizon

il frôle les cimes tel un fantôme

la foule des feuilles flamboie

poudre pourpre au coeur des fleurs

qui se soucie de celui qui est seul?

le soleil en mer noie sa propre lumière

l’iris rêve ses sépales comme des ailes

depuis les temps de la fin du Crétacé

Cet insecte craint moins que toi

crétin de se brûler les ailes

Manière d’être

Dans le pin l’oiseau

se dépeint et puis parle

des aiguilles et des fruits

qui tissent lentement l’ombre

des frontières floues de la lumière

dans le ciel son envol cherche

le souffle de feu qui lui permet

l’absence 

de battements d’ailes 

l’haleine qui descend de la montagne

et va jusqu’au murmure vague de celle

qui brouille les pistes et célèbre infiniment

les mystères de l’univers