Écueil

Les mots sont devenus des arapèdes

désormais ils vont vers cet outre-monde

il sait qu’il

les a un jour confiés au rocher

là où les vagues effleurent le ciel en le polissant

jusqu’à ce qu’il atteigne les valeurs mélodieuses du jade blanc

Peut-on apposer à la porosité des vers 

l’éternité d’un rocher

même si l’on sait

que toutes les larmes sont salées

Depuis ce temps l’échassier regarde 

se dissoudre toutes les réponses

Migration

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dasar  bird tornado source image ©

Les pommes du pin pétillent

il n’en est pas une qui n’appelle pas

d’un cri un autre cri 

un froufroutement de plumes

prépare l’envol puis le postpose

une nouvelle fois

Les nuées se condensent 

s’essayent à dessiner les nuages

à comprendre les mouvements

vastes qui traversent les mers

il faudra trouver une île une ombre

un territoire assez étrange pour 

inventer au milieu du désespoir

un rivage 

Prédétermination

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Predestination, Minjung Kim, 2012.   source image

 L’orage avance en titubant

Ξ

Me suivent sans savoir qui je suis

de jour comme de nuit

un ou deux fantômes

Ξ

l’un est de lueur bleue

et se loge dans le coin de l’oeil

Ξ

l’autre est une luciole

qui si je la regarde s’envole

Ξ

L’orage se fait manger

par la pluie 

cet ogre d’ocre

Ξ

l’aube

traverse le chemin

le chat noir

Ξ

Le lieu d’où viennent les âmes

est ce point incertain

perdu par une phrase

la frontière invisible de son silence où

l’illusion illuminée se délie et

la lueur s’envole

un fruit soudain s’est mis à mûrir

j’aperçois le point mort

Averse

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La pluie forme une maison invisible, olfactive et musicale qu’on ne peut qu’habiter.

Elle ne comporte qu’une seule pièce  jusqu’à ce que la première goutte tinte sur ma joue.

Alors j’en perçois la multiplicité des pièces. Les chambres et leurs voilures, les couloirs et leurs longues plaintes, les cabinets et leurs innommables secrets. 

J’habite la pluie. Je l’inonde d’un corps. Je l’entrave de meubles, de noms. J’invite l’intérieur à s’extérioriser.  Á s’inventer une pelure.

La pluie devient soudain un fruit à pulpe. 

Coassement

AppleMark

soft sculptures-sculptures textiles arborescence du coeur drap, dentelle, broderie et perles/ 95cm x 55cm x 35cm

Le coeur est-ce ce

point à équidistance de la peine et du bien-être

ce grain prêt à germer posé sur la balance d’une seconde qui oscille

est-ce cet astre fluorescent dans la nuit de la conscience cherchant une ombre conciliante

est-ce ce qui grince et se bouscule dès l’ouverture d’une nouvelle faille

ce qui bat des ailes au sommet des fleurs frôlées

ou est-ce ce crapaud coincé dans la gorge et qui coasse

plus fort que tous les autres batraciens prisonniers

moi moi moi


site de l’artiste: ici

Instrument

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Chaque végétal, de l’arbre à l’herbe sauvage possède un instrument de musique. La partition est une poignée de pipistrelles, le vent est le chef de l’orchestre indiscipliné. De ce nocturne improvisé se dégage une confusion hyperbolique. Un désordre follement joyeux qui emplit l’espace de tentacules ondulatoires. Sons et couleurs mélangent leurs spectres, volumes, matières et ombres, filaments, tiges et feuilles, boutons et noyaux, racines et branches suspendent infiniment le temps et le silence. Le vide se froisse et enfle comme une éponge, se rétracte. La membrane qui lui sert de peau est rose comme les branchies du poisson-lune.

La nuit vient tout juste de disparaître et avec elle quelque chose de mon rêve, les fleurs minuscules dans la voie lactée qui répandaient un parfum de miel et d’écorces de citron se referment sur elles-mêmes, disparaissent et se taisent. Les frondaisons peu à peu gagnent le ciel à la manière des nuages. Les instruments se rangent sous les ailes, le vent s’en va et chante au dessus de la mer et la caresse comme on caresse un chat, jamais à rebrousse- poils. Les oiseaux se nourrissent d’insectes et tissent des nids provisoires dans les aiguilles de lumière et les reflets des sources comme si tout de la nuit et de ses concerts n’existait pas.

Joie de vivre

Robert Delaunay - Rythme, Joie de vivre

Le petit chat regarde un bruit se poser sur l’eau, il en perçoit l’onde étrange et lumineuse. Il attend qu’elle se débatte, qu’elle fleurisse. Il guette la goutte qui deviendrait papillon et puis comme d’autres bruits plus puissants effleurent les soies de ses moustaches, il s’éloigne à pas lents, silencieux et dont les ondes par cercles concentriques se rejoignent et se quittent. Un tableau musical sans musique, une toile sans autres fibres que celles qu’utilise mon esprit pour se regarder se construit. Une histoire sans but, sans sujet, sans aucune habitude vient de naître et puis de disparaître à jamais.

Un crin de cheval

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Leonardo da Vinci, Study of a Horse

Les ombres du pin se sont mises à trembler comme les flammes d’un incendie. Je me suis sentie vaciller, partir en titubant et frôler ce qui venait de s’allumer. J’ai songé à la prochaine étape qui enchaînerait à elle toutes les autres comme dans un dédale aux dimensions exactes. J’étais le cheval, une pièce d’un jeu d’échec où finalement on gagne un peu plus de temps et d’espace, de répit avant le prochain combat. 

Le tronc impassible de l’arbre ne répondait pas mais l’air coulait de ses bras comme les larmes à l’origine des sueurs froides et des peurs en cascades. 

Impassible le géant, pourtant il se jouait quelque chose à la pointe de chacune de ses aiguilles plantées dans la nue comme l’épée de Damocles.