Évidence

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Ils sont partout
ils veulent apprécier la réalité des choses.
Les plages, le soleil, les torrents des montagnes, le voile de la mariée, la mer, son eau transparente, les supermarchés, les sentiers balisés jusqu’au coeur de la montagne, les rues, les places, les églises, les villages perdus ou abandonnés, le ciel quand il n’y a pas de vent, quand il est sans nuages, exsangue et orange, bleu vide.

Heureusement, ils délaissent ce lieu délicieux où se réunissent quelques platanes pour parler entre eux. Les feuilles à double visage, l’un verdoyant, l’autre argenté applaudissent la poussière qui danse dans le vent. Il n’y a rien. Rien d’autre que quelques taches d’ombres et de lumières près de la gare. Elles connaissent l’heure de l’unique train.

Quand la nuit s’avance et entre dans les jardins, quelques fleurs évoquent entre elles le pays qu’elles connaissent si bien, traduisent en saveurs sucrées, citronnées ou iodées ce que la terre subit tout au long des heures chaudes de l’été. Le datura, la rose, la verveine citronnelle, les immortelles en essaims surgis du maquis, le jasmin de nuit.

Cela

Le discours final du Dictateur



Un écrivain à succès écrit que les non-vaccinés sont des boulets

Le sphinx en toi s’est assoupi pourtant on voit sous les babines qu’un rêve soulève

une rangée de dents et tes crocs de couleur ivoire 

Une fleur de chèvrefeuille pousse un soupir embaumé

Un frelon titube autour d’une flaque de lumière


Un jeune lézard se glisse sous une feuille


L’olivier perd quelques plumes

À l’Assemblé, on vote de nouvelles lois toujours plus contraignantes pour le plus pauvre ou le plus démuni

Et moi, je me demande comment en sommes-nous arrivés à cela?

Ébauche

Bird sketches, from 1955, sketch book, by Leonard Maurer


Le bras fleuri et odorant du laurier rose blanc
se tend vers le néant

une pomme de pin au profil gracieux

ayant bec et ongles ainsi que deux ailes repliées le long du corps

s’agrippe à la branche et zèbre l’espace

de son chant strident 

la brume s’échappe au dessus de la colline
la pluie sera pour l’autre versant du monde

Petite forêt

Petite forêt 

Aux senteurs d’immortelles et de lait

Chaud

Chat de la brousse

Chat de la mousse qui court à l’aube 

des rochers et puis des vagues 

Chat de la pluie et des aiguilles
du pin

redore les sentiers que parcourt la nuit

Le long de la colonne vertébrale

Le vent

Il vient du large  il coule depuis le sommet d’une colline

il passe par dessus mon épaule le vent
il met du temps avant de toucher le rivage

il vient avec tellement de vagues et d’algues

il est presque toujours dans la chevelure des arbres
les pins les oliviers
sa voix ressemble à celle des draps qui sèchent sur les prairies
à celle des nuages au soleil

un jour j’ai osé le regarder en face

j’ai vu qu’il chantait la gorge déployée le bec fier l’oeil noir pointant le ciel le vent
sur son aile un trait d’écume dans son chant une lueur à peine rose

tout le jour il a repris la même phrase qu’il alternait avec des plages de silence 

la même phrase jusqu’à ce qu’elle soit polie et luisante 

jusqu’à ce qu’elle atteigne la perfection du nid de la mésange


En cet instant

À l’orée

De la paume au-delà de la ligne de vie

Parmi les chemins ourlés les plis et les rides rugueuses 

Le point d’impact d’une épine 

Je songe au tronc du rosier mousseux qui à des années-lumière de là

Porte l’étoile qui mord

Et tellement d’autres

Qu’on ne les soupçonne même pas

Je songe à la géante gazeuse rose

Ses effluves existent encore dans les dédales

Que construit mon esprit

En cet instant .