Encadrement

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J’avais tant chercher le point
à partir du quel je pourrais établir
mes racines
ce qui ressemble vaguement
aux souffles vivants des souvenirs
haleine de mon âme
que mon attention se laissa contenir
dans un cadre
un cadre comme ceux qu’on fabrique aux miroirs
qui avec le temps
arrondissent les angles
au centre la fente d’une pupille de félin
mon regard n’avait rien de féroce
nourri de soleil il avait soif
soif de cils
un trait à la fois pour l’ombre et la poussière
un trait au départ d’une lettre à la fin d’une larme
à force de plonger au sein de ce qui fait le regard
j’atteindrai peut-être la plage irisée
laiteuse comme la peau
du visage
de la lune
la nuit sera le multiple de ce point sombre
qui n’existe pas
énergie noire de mon regard
comment n’a-t-il point perdu espoir?!


Image ©Bertrand Els

Hier, la montagne

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Hier la montagne

flottait             dans le ciel et se déplaçait

vaisseau somptueux

aux rythmes lents
et souples des nuages

un peu d’écume dans les cheveux
et de glace dans les yeux

la montagne hier

était     de passage

son désir était-il vraiment
de partir

de disparaître

de vague en vague

hier la montagne

voulait apprivoiser les ombres
comme le jade

Nuages

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Bertrand Els

Si tu me demandes où je vais je te demanderai qui tu es
Si tu me demandes qui je suis je te monterai la colline et les chemins de brumes la mer et ses ondulations entre ciel et écume et peu à peu je te dévoilerai les dessins de lignes sur mes mains, les méandres et les labyrinthes qui emprisonnent mes rêves et contiennent tant de divagations nocturnes
le vent le vent sera là pour disperser la réalité et propager les mirages
je ne pourrai plus dire lesquels ont l’avantage  me suffira-t-il alors encore de lire en eux comme dans un présage les chemins comme des cheveux, les vœux comme des nervures me feront-ils encore voyager aurais-je le courage d’avouer à la face du monde qu’au fond de moi un seul souffle ténu nage.


Bertrand Els

Nom

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Ils rament, ils rament
les mots
jusqu’à atteindre
presque
la cime de la lame
et moi toujours
au creux de la vague
« sans cœur »
puisqu’il me sert 
d’encre
à accrocher le hasard

et ce qui craque
et ce qui se tord
ne serait-ce pas l’espace
infime d’abandon
entre les articulations

et ce qui me mord
jusqu’à la moelle
me rompt
comment se fait-il
que personne soudain
ne se sente plus
le courage de lui donner
un nom

Chants

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altered book by Sarah Morpeth.

Plus grand qu’un corbeau
c’est du moins un croassement aussi gros
qui laisse songer que l’envergure et la taille du bec
ressemblent à celles d’un hideux caverneux aux yeux qui pétillent de haine

mais le vent nous rappelle le poids de la feuille
la forme de son corps frêle
et sa chevelure de nervures presque solaires
ne pèsent rien ni les syllabes et les voiles d’un blanc polaire qui les baignent
afin qu’elles sonnent inaltérées

serais-je cette virgule de plumes irisées
qui pour paraître invincible signe
des chants qui grincent et ne tiennent nullement compte
de la réalité?

Processus

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le jeu inhérent au monde peut commencer
en même temps que le jour
je commence ma partie en le contemplant
pourquoi ne serait-il plus possible
de simplement admirer ce à quoi
je ne prête que des mots
peu m’importe qu’une voix
dans mon dos
répète qu’ils sont tous faux
le ciel est un pétale
la colline un fauve
la mer échange
brumes contre reflets et
ondes contre ondes


image: Bertrand Vanden Elsacker

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Les corbeaux ou les hirondelles

Morning Walk, Brussels, August 2015 Bertrand Vanden Elsacker (bvde)
Morning Walk, Brussels, August 2015
Bertrand Vanden Elsacker
(bvde)

Aux frontières de mon songe, des bruits, des cris et des paroles se coagulent en phrases. Ces flux indomptables ne parviennent pas à justifier leur existence dans le jardin secret et muet de moi-même. Ils sont au même titre que l’acide, ils me corrodent.

L’écriture dans son divin silence fera toujours de moi un étranger qui doute, elle n’a pas de message, elle n’entreprend qu’un voyage. Je ne sais pas où vont les mots définis, encerclés par un texte, disciples soumis d’une des mes fantaisies que je ne nommerais pas sans peine « idées ».

Une plage de sable blanc dont les grains indissociables glissent les uns sur les autres. Une langue de sable qui se laisse confondre par les vagues, tel est le texte final qui parle d’un état qui lui échappe. La langue maternelle de mes textes n’est même pas un temple vide, elle est une fosse commune. Le vestige d’un charnier. Les mots sont morts sous le joug de ma phrase.

D’instants en instants, le vent souffle sur les pages, lit, mesure et puis rend aux secondes ce qui les étreint, les engorge, les noie. Les pages s’envolent et puis reviennent en même temps que les bourdonnements des abeilles. Échapperaient-elles aux grincements que font naître dans le ciel les corbeaux ou les hirondelles?

Pétulance

Suzanne Dekker "Hope"
Suzanne Dekker
« Hope »

Parfois un instrument à cordes imprime à l’étang un fluide mouvement. Un trait s’éternise jusqu’ à la cime des choses. La lenteur émerge peu à peu comme cris à peine sortis du nid. L’eau en surface se défait des plis inscrits par la nuit et moi je vois le soleil encercler l’endroit où mes feuilles ovales s’étalent.

Je devrais à l’instant choisi cibler un point du ciel où me suspendre ailes ouvertes. Quelle est cette ombre géante amalgamée à ton immonde haine ? Crois-tu que le mensonge dont ton poing crispé me menace est à même d’empêcher ma floraison ?

C’est aux nuages brassés par la lumière que je dois la couleur de mon bourgeon, c’est à la lance qu’il doit son élan pointu, c’est à l’eau sombre que je voue mon irisation.

En colère

The Person Inside The Books
The Person Inside The Books

Les nuages se posent sur le fin fil bleu foncé de l’horizon en feu

La mer est revenue de ce voyage en colère

Je décide de suivre de mémoire les pas d’un sentier qui sinue

Parfois je pense que

Le pouvoir donne aux êtres humains une figure implacable un sourire cruel

Je marche sans solitude

Un caillou ramassé en chemin

Me parle soudain d’une histoire éternelle faite de renoncements périodiques et de morts temporaires, de lumières noires et d’ombres solides

Que suis-je moi face à tant de ténacité prête à lyncher le silence en lui lançant au visage mes mots comme une poignée de sable ?

Virevolter

Phalène sillonnée

Sur mes ailes, pèse parfois le poids d’une goutte. Capable de brouiller les âmes, de troubler les phrases, de détourner vers elle seule le silence tel le soleil la sève des arbres presque morts. À mes épaules, s’accrochent des milliers de regards n’ayant que le seul mot qui soit capable de briser un être, collé à leur bave.

La désespérance comme une dune se soulève, m’érode. Je me souviens alors de ce que certains poètes établissent en polissant les jades jusqu’à ce qu’ils ressentent la portée de cette lumière étrange. Elle marche, elle s’avance -du moins on le croit- sur les pas de la lune qui dans l’espace peu à peu s’efface.

Quelle différence existe-il entre les cendres qu’un jour la mort dispersera sans plus vraiment penser à toi et celles qui irisent les milliers et les milliers de feuilles qui un instant faisaient de toi une phalène affolée ?