Aléa

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Propulsée 

Par la nuit vers un rayon de lumière orange 

La mante verte 

Aborde la pente douce du mur 

Et entreprend une danse 

Qu’elle interrompt si je la regarde 

J’aimerais lui souffler 

Ce pan du monde est l’univers d’un fécond 

Gecko 

Elle le sait 

Dit-elle 

Puisque c’est moi qui ai jeté les dés 

Seulement le ciel

Seulement le ciel 

Qui ne porte pas de nom 

Mais que porte la mer en elle

Seulement le silence immobile 

La nuance

La longue histoire de la langue 

Qui ne porte en elle pas de nom

Mais que porte le symbole 

L’objet et son âme l’haleine 

Passe de brume à nuage

De nuage à colline à ruisseau à cheval

À l’horizon une nouvelle aube

La nuit dénudée la lune sortie de sa bogue 

Verte

Ton pas

Ton pas

Accordé à celui de la forêt 

Ton souffle comme une frondaison froide d’ombres 

Et moi

Qui tente d’inscrire cet instant au patrimoine mondial de ma mémoire 

À chaque fois que je croise l’odeur du pin dans un nid d’aiguilles 

Ses fleurs qui éparpillent pollens et grains de sable saharien 

Regard humide et noir d’un rongeur qui ne peut plus choisir de fuir 

Simplement toi blotti aux pieds d’un immense incendie 

Fugue

Parmi les petites ombres qui dansent comme des flammes

quelques sonorités réduites en cendres
quelques mots halos imprimés sur la rétine
persistent

Plus loin
quelque part sur l’écorce d’un pin 

une cigale redistribue au goutte à goutte l’azur évaporé

Loin, très loin le vrombissement de la guêpe s’interrompt
le temps infime
de prendre soin de l’autre qui assurément partage le même nid

La montagne ouvre sa gueule 

le félin baille

le nuage qui frôlait la vague

a disparu 

mon regard ne se souvient que de brûlures

le rythme de mon coeur s’accorde à celui d’un incendie

dont tout le monde dit que c’est un désastre

indifférent l’arbre qui ne peut fuir

la glycine qui a choisi malgré des milliers d’années d’évolutions de ne jamais apprendre à voler tout en maitrisant l’art parfait de la légèreté 

?

L’ombrageux

Une Graminée

gravit le souffle frais

du vent avant l’orage 

l’ombrageux va agitant l’encolure

et des oliviers le plumage vert argent

à l’appel langoureux 

de la tourterelle éternellement 

seule et assoiffée de ciel 

un soleil solitaire sème 

nuages 

particules safranées

et ce qu’on retient des vagues

quand elles se sont dissipées

et qu’on se dit

ce grain de sable sous le regard

finalement

ce n’est pas si grave