En lambeaux

Bertrand Els @bertelsachttps://www.instagram.com/bertelsac/

Au dessus de la mer quelques nuages en lambeaux sont en train de disparaitre

Un seul se dissout plus lentement que les autres

il tient à ses quelques secondes supplémentaires tel le papillon pourvu de la mission d’ensorceler la lumière et les fleurs galactiques d’un jardin

il ressemble à un coeur ventricule gauche ventricule droit les valves les veines et artères l’aorte 

comme les moignons d’imaginaires bras tendus

mi méduse mi poulpe

Au dessus de la mer le centre d’une toile d’araignée vient de manger
l’insecte pris au piège

dans quelques secondes la soie blanche sera à nouveau 

illisible

Empreintes

Man’s Hand Tree! Drawing by Ahmed Al Safi

Tu t’efforces de mettre tes pas dans tes propres empreintes
afin de
peut-être
ne pas troubler ce monde qui frôle le tien

Ta silhouette noire synonyme du silence
ondoie
Ce que tu ne sais pas mais devine
c’est qu’il est terriblement brouillant de mensonges
de paroles qu’on ne donne pas
ce monde qui frôle le tien

tu fais bien de l’ignorer de ne point te mélanger à son immonde rigueur
de te retourner parfois et de l’inonder de tes pourquoi

petit animal carnassier qui préfère le soleil à l’orage la nuit la lune et les étoiles à la cage

petite langue rose gardée par de solides mâchoires garnies de dents ivoire tu préfères ne boire qu’aux sources qui pleuvent et roucoulent et te picorent le coeur et cet endroit toujours sauvage où se loge ton âme

au diable les humains chasseurs de rages
au diable les humains pourvoyeurs d’entraves  

info sur l’illustration: ici

Immersion

un oiseau glisse sur le ciel du jardin
d’autres se posent sur la mer pour le conciliabule quotidien
le chat égal à lui-même traverse son territoire se penche pour boire
à la mémoire de ses ancêtres

Pour accompagner les collines bleues à la baignade
un poisson-pilote et un nuage muet

un iris violet décide que c’est désormais le printemps
peu importe les voix qui lui chantent qu’il se fourvoie

Que peut-on dire face à la langue élancée de ses feuilles

Souffle

Petite Kena en cuivre (9,9 cm), culture Mochica (? vers 200 ap. J.C.).

Le soleil la lumière mille abeilles
sur les fleurs les feuilles

lorsqu’il remonte du puit
mon regard trouble tourmente

les miettes d’un autre repas
les restes du rêve les notes
que pleure la voix d’une quéna

tout un peuple disparait 

mille abeilles la lumière le soleil

apprivoisés attendent dans l’alvéole

un rayon