Décision

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By Reika Iwami. This one is called New moon and sea – C and is at the Art Gallery of NSW –

Bien au-delà de toi tu dis que se décide
une constellation de phrases qu’il faut que tu traduises
juste à coté de moi dans un amas galactique de tiges
de feuilles d’un vert charnu l’abeille infime
se rend avec une précision amoureuse en tous les points
presque invisibles ou fleurit un grain de pollen doré au cœur d’une naine rouge
le bruit indomptable de ses ailes qui ont la transparence des voyages
transcrit minutieusement et pas à pas une odyssée qui pourrait être la mienne
celle de mes idées forcées de passer par les mots.


Source image: ici

Terre

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Hiroshi Sugimoto. Seascape: Sea of Japan, 1997

Le vent et mes larmes aiment à se rencontrer
le vent les entraine à devenir les rivières de mes rêves
c’est du moins ce qu’il espère
qu’elles parlent qu’elles racontent et se libèrent

je crois que les larmes aiment se perdre éblouies
elles s’imaginent trouver des sœurs chez les gouttes
de pluie
le vent lui a toujours été libre et ne sait pas ce que veut dire
pleurer
il s’interroge
il se glace
il effraye les feuillages défait les liens franchit les frontières
le vent ne veut pas savoir
les larmes préfèrent se taire

Sommeil

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© Nan Goldin

La nuit mange
chacune des heures
où je ne trouve pas le sommeil

Le bovin digère
allongé sur la mer

chaque vague
reproduit le bruit
de la mâchoire
du ruminant

le chant des heures
fleuri par tant de secondes
immortelles
caresse l’échine
ou le cœur

calice où le sang
reproduit les battements
affolants du souvenir

au cœur toujours
il y a toi
ta voix
comme un pollen
que butinent les étoiles

Sifflements

Bertrand Vanden Elsacker©

Au large la mer promène

de petits dauphins blancs

attachés à des rubans de porcelaine

presque transparents.

Le ciel alimente mes songes de nuages énigmatiques.

À quoi peut donc servir cet arc qui auréole au dessus de l’île ?

Pourquoi ces couleurs à peine plus vives que celles de l’air et du vide?

Les feuillages frissonnent,

les fleurs se sont envolées en compagnie des derniers oiseaux migrateurs.

Le ciel pour la mer pleure des vagues.

Les algues comme les éclats d’un vitrail occupent avec les sifflements du Milan royal

la même place écarlate dans l’espace.

Déferlement

William Turner
William Turner

Le vent vient de cet endroit du ciel qui enferme

les vagues

en ouvrant le portail

il a libéré les troupeaux d’écume  sauvage

Vague après vague

le monde frémit

la houle a regagné la faculté

d’explorer ses frontières d’embrun iodé

chaque vibration aimerait recevoir le prénom

coloré de la chanson

qui l’a mise au monde

chaque onde n’en finit pas de remodeler

les secondes

le vent gave le coeur des fleurs

circule sur les nervures des feuilles comme sur les allées de graviers

et fait peur

lorsqu’il aborde le vague à l’âme

le chaos énoncé dans les graines à naître

 

Hologramme

You’ve never seen water like this [65 photos]  Matador Network
You’ve never seen water like this [65 photos]
Matador Network
Les rochers rapportent les froissements

d’étoffes bleues, blanches, noires et turquoise

soies et taffetas mousselines et dentelles friables

il ne te reste à toi que le grain épais d’un papier

encerclé de mots étranges

le rêve vaquant

qui décrit patiemment le ruban

de ta langue maternelle

qui saborde à coups de pied

cette notion vague et sournoise

de l’éternité

Dôme

Daum Modernist Pate De Verre Sculpture

Des vagues

De la mer

Le rivage

S’aborde

Comme tu le ferais

D’un baiser

En se posant sur

Mes lèvres

Tes lèvres

Ouvrent la plaie

De l’impossible union

Vagues seront tes désirs

Et marées mes déceptions

Matérialité

blueline no 4 // andrea pramuk

L’onctueuse transparence des vagues

accompagne celle des nuages muets

de lourd comme un galet mon cœur

devient bulle d’air qu’aucun mot

n’appareille

le ciel étale

jamais ne sonde l’étrange

matérialité de mon rêve

à ses rivages se dessine une frontière touffue

et mouvante

un animal porte le nom d’une fleur

la lumière tremble encerclée par le feu

étoffé d’un filet de poussières

l’étoile n’agite plus la nuit

la peur de s’éteindre aux confins du vide ne la hante plus

apaisée dans le pli soyeux d’un banc de sable

habité par les algues vertes elle rougit

Récif

RoebuckBay, Australia Bernhard Edmaier
RoebuckBay, Australia Bernard Edmaier
De la crête des vagues d’un bleu aussi profond que celui du regard, les envols de mouettes répandent dans le ciel des nuages d’écume neigeuse. Rien de plus imprécis ne pourrait aussi bien dessiner les frontières de deux univers conjointement liés l’un à l’autre. Quelle place accorder à mes rêves tenus à distance?

Mouvements incessamment tourmentés entre transparence minérale et fluidité animale. L’indéchiffrable est un courant d’eau froide semblable à un foulard que le vent invisible façonne à la taille gigantesque de sa gorge suave, paroles argentées, musiques sorties des nuances du silence. Les impénétrables vagues orchestrent ce qui était, ce qui est, ce qui sera afin que cela ressemble à des essaims d’alevins et des bancs de sable.

Astragalisme

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« Greek – Crouching Women Playing Knucklebones – Walters 48303, 48304 – Group » par Anonyme (Grèce)Walters Art Museum: Home page  Info about artwork. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

L’ombre liquide de l’écriture s’ancre dans le cri qui n’est plus celui de la révolte.

Soudain, elle devient cette partie brouillée de moi, comme l’écume.

Elle sombre.

Telle la chevelure noire du désespoir, elle semble avoir goûté à ce divin breuvage qu’on nomme lucidité, leurre, voyage.

La parcelle de vie que l’on reçoit et que l’on voit valser depuis le trou noir, du plus profond de soi devient le grain de beauté à la fin d’une phrase.

Le point culminant et tremblant d’une note imprime à la voix comme à un chemin une fin ouverte à l’orée du chaos.

Chaque vague, crête et creux compris est une ébauche de moi.

Le linéament.

L’étiolement infatigable.

La nécessité de sombrer et puis d’être tentaculaire à l’instar de la voie lactée.

Spasme affolé d’une idée de la liberté.

Les tourbillons insolents d’un courant frétillant de débris, d’un essaim de poussières confient la mort lente, langoureuse, majestueuse à l’envol d’une nuée de mouettes.

Dans le ciel, l’azur s’abrase.

Les remous mesurent et puis d’un seul mouvement relâchent les osselets qu’aucune main n’arrache au puits sans fond du hasard.