Horizon

Earth’s Glow, the Moon and a Starry Night


This was the view as the International Space Station orbited 256 miles above the Pacific Ocean, southeast of the Hawaiian island chain.
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On observe les soleils et les nuances violettes se refléter dans les cieux et les eaux fraîches

mais toi

tu ne vois que la brûlure orange et le cri de la corneille noire

tu ne vois que la crevasse créée par l’animal et sa voix croassante 

tu voudrais qu’on te laisse là

seul sur la route qui va

tu es là où l’on ne voudrait pas que tu soies

On observe le ciel les étoiles et quelques coeurs qui tremblent à des centaines d’années lumière

on ne voit pas que tu regardes l’horizon devenir pour toi seul une statue de bronze 

qui pèse de tout son poids

sur ton coeur

Songe

Prof. Gordon T. Taylor, Stony Brook University [Public domain], via Wikimedia Commons

Souvent, je fais ce songe où je plonge parmi les ondes froides et claires. 

Je dérive, semble-t-il,
à la manière des méduses que transportent les courants. 

Je nage, je joue à percevoir ce qui scintille et se transforme en nacre, je mange des reflets, des échos,  des chants de baleines;  j’entends ce qu’elle font des fontaines et de l’oxygène.

à profusion la fraîcheur et la transparence des vagues, à force je ne suis plus qu’un remous. 

De longues heures, je ne suis  que la vague du large. Je ne croise rien,  pas même  un aileron pour fendre la surface,  une mâchoire pour se saisir de la chair  bleu foncé  des profondeurs. 

Larve de poisson des glaces.

Le soleil incline son regard. Soudain ses mains essayent de se saisir des flots. Mais la mer part. Elle s’éloigne et quand elle revient près des rivages,  elle a faim.

Elle engloutit l’écume et les bulles, elle avale tous les pollens, poussières parlant la langue du feu et du soleil.
Elle mange plancton et krill et crie.
Elle me regarde et questionne de son oeil noir et bleu, tranquille et las qu’elle noie dans un silence neigeux  de larmes. 

Alors je crois qu’il m’est encore possible de regagner les rives et de vivre parmi ceux dont on dit qu’ils sont humains. 

Epines, aiguilles et craintes

Georgia O’Keeffe; ‘Blue Lines X’, 1916

Il pleut
épines aiguilles et
craintes
nouées aux crins des crinières 

il pleut épées et sabres
sanglots et sentiers de croassements
la boue grave ses empreintes sur les chemins

Les pins brassent nuages occultants
et le ciel en lambeaux 

pourtant ne s’envole pas encore l’oiseau noir et or

il pleut
est-ce la colline qui se délite
les prés qui se préparent au départ d’un troupeau
d’écume et de vagues

Il pleut
je m’attends à voyager de nuit et à ne pouvoir
aller nulle part 

Source image: The MET

Averse

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La pluie forme une maison invisible, olfactive et musicale qu’on ne peut qu’habiter.

Elle ne comporte qu’une seule pièce  jusqu’à ce que la première goutte tinte sur ma joue.

Alors j’en perçois la multiplicité des pièces. Les chambres et leurs voilures, les couloirs et leurs longues plaintes, les cabinets et leurs innommables secrets. 

J’habite la pluie. Je l’inonde d’un corps. Je l’entrave de meubles, de noms. J’invite l’intérieur à s’extérioriser.  Á s’inventer une pelure.

La pluie devient soudain un fruit à pulpe. 

Eaux

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Bertrand Els @hardcorepunkbf

Mon coeur flotte 

il ne sait pas nager

il n’est qu’un nénuphar

La plupart du temps

il attend noué à la vase

 

caché de la lumière et des mouvements

l’épée de Damoclès

au dessus de sa tête

ce n’est que le ciel et cette toute puissante lumière

servant de nourriture et de sève à n’importe quel végétal

L’existence comme une menace

L’espace une espèce de couverture

froide ou brûlante presque toujours nuageuse

mon coeur apprécie le bleu

et sait que peu d’eaux

sont réellement transparentes

Sphinx

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Dans le pin un oiseau est en pleine conversation avec les aiguilles encore éclaboussées de lumière

je l’interromps

il me répond par cette question: Que sont ces cailloux qui se déplacent à quatre pattes?

L’oiseau serait-il un sphinx?

-Les tortues ne sont pas des cailloux 

-Des pierres précieuses? 

-sans aucun doute – je passe – l’astre fatigué vient de plonger dans la mer

la nuit ne va plus tarder – j’ai peur

L’oiseau ne montre pas son visage mais j’entends qu’il étire ses ailes

il lisse ses plumes et en laisse tomber une 

comme une larme sur une partition

comme un pétale dévoué

je m’éloigne 

soudain je n’ai plus d’ombre 

je rejoins le banc dont l’assise est fendue par quelques têtes de coquelicots endormis 

la nuit est devenue un nid où dorment les bruits

et d’où naissent les sphinx

Amulette

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Silver amulet of Horse is one of a pair found in a grave 9th Century CE, Birka, sweden

—————  sans être triste

je pleure  — il pleure en moi———————

et se dessine avec toujours plus d’abstraction

ton profil

ton encolure /où pleuvent les crins du soleil

qui auréolait /tous tes galops

—— je comprends qu’il arrivera — un moment

je ne distinguerai plus rien

et que perdu

——— je t’attribuerai toutes mes colères

— les plus absurdes regrets

car j’ai beau faire et refaire ce que je n’ai pas fait

alors

à cet instant

en ce moment précis

où seul   /tu as trouvé la mort

/ malgré  toutes  les ruades

———— je ne reçois jamais de seconde chance

je ne résous rien

je ne calme plus ni ton âme ni la mienne / ni ton pas et le mien