Finalité

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Anish Kapoor, Zonder titel 1992 polystyreen, aluminium, fiberglas, acrylmedium en pigment diameter 220 cm, ruimte 480 x 240 x 380 cm 1993.AK.01

Parmi les nuages
la nuit
l’hiver
le froid
la pluie
la lune
elle finit par descendre et se pose
sur les branches d’un pin aux aiguilles argentées
elle choisit sûrement celui
qui la suivra un jour
enfin ce sera moi
parmi les nuages
la nuit
l’hiver
dans le froid et la pluie
je vois ton visage celui
que tu n’avais pas alors
que tu étais encore en vie


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Questionnement

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ce n’est pas la toile de l’épeire
tendue entre deux rayons de lumière
ce ne sont pas les pas des feuilles mortes
ni de celles qu’on a immortalisées dans un herbier

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ce n’est pas la peau délavée par les marées d’un vieux rocher abandonné
ce n’est pas l’empreinte dans la terre desséchée d’une maladie sournoise
qui a toujours existé autour de la pauvreté

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ce n’est pas la coquille de la noix ni celle de l’amande
ce n’est pas de ces cailloux que l’on plante en soi à la place de l’âme et du cœur
ce ne sont pas vos peurs et les miennes bien réelles
pas plus que celles qu’on s’invente

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ce n’est pas l’éléphant sans défenses, le rhinocéros blanc auquel comme s’il s’agissait d’une vielle racine on a arraché la corne pour en faire un trophée.

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ce ne sont pas tous les corps échoués sur nos plages, calcinés dans nos forêts parce qu’ils croyaient pouvoir s’y réfugier.
ce n’est pas sa main, il ne la tend jamais
ce ne sont même pas ses rides il ne voudrait pas les reconnaître
ce n’est pas sa salive, sa bave quand il invective les foules pleines de rage
je n’ai pas de temps à consacrer à ce genre d’erreur

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non
ce serait plus exactement ce que tu vois au travers de longs cils noirs
quand ton regard n’est pas encore un regard
quand tu entrouvres les yeux et que se soulèvent à peine tes paupières
comme des pétales de lune

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tu vois les minuscules choses que contient la lumière et qu’autrement on ne remarque même pas
tu vois flotter des filaments des vers presque transparents et les fantômes et les ombres
tu te vois comme une infime particule et pourtant tu nais d’une longue nuit de sommeil

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Images: Bertrand Els 2017 via son blog

Semblance

Screenshot-2017-10-22 Bertrand Els ( hardcorepunkbf) • Photos et vidéos Instagram
Bertand Els©

La nuit s’écoule dans mes veines avec un goût de fleurs. Voilà que le vent hisse ses voiles dans les feuilles. Les arbres de l’avenue deviennent de géantes nacelles. Elles tiennent, elles sombrent, elles remontent de leurs racines la dernière sève avant l’hiver. Vagues les parterres alourdis de feuilles mortes, vagues les trottoirs humides, vagues les bancs, seule comme un courant, la route va vers le large.

·
Mon corps désormais s’arme de bras et de jambes impossibles à soulever. Lourds comme une ancre. Pourtant, mon point d’attache ne se situe pas au centre de mon corps, j’auréole avec le vent, je cherche entre les branches presque noires l’espace suffisant pour un dédale. Les cheminements impossibles des mots dans mon cerveau. C’est là parait-il que se logent l’âme, la conscience. Je sens que leur place s’étend dans ce qui tétanise ma chair, la masse méconnaissable qui gravit autour des os, qui s’agglutine autour des réseaux libres de l’idée que j’ai de moi-même.

·
La nuit ronronne comme un félin solitaire qui rode obscur. Déjà, il est loin. Invisible. Je cherche ce qui correspondrait à une empreinte, le signe de ce qui furtivement n’existe que par la trace olfactive que laisse un souvenir. Je sais au fond qu’il n’est rien en moi et de ce qui naît à ma portée qui vaille que je les traduise.

·
La nuit finit en queue de poisson. Je ne suis pas certain que ce qui se présente autour du soleil et entre chez moi soit bien ce qu’on appelle: « Jour ».

Filaments

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Hier une méduse
effleurait de ses
tentacules blancs
l’autre versant de
la colline bleue

Ensuite poussée
par le vent elle
a gagné le large
agrandissant
son ombre en
même temps
que la nuit mauve

entre ciel et mer
le temps s’est
perdu la méduse
a disparu

Seuls quelques
filaments blancs
comme des phrases
incomplètes
ne finissaient pas
de se disperser
dans mon esprit
médusé

Imperceptiblement

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la nuit n’a ni
visage ni mains
juste un corps et de vagues jambes
qui ne la portent presque pas
brune brumeuse elle bruit
déjà naissent les premières paroles du jour
un bus passe sans ralentir
la route noire luit
les arbres s’efforcent au silence
au loin l’air tremble
je me tiens là debout à peine
éveillée


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Ténébreux

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Dans la baie de mon bras, la nuit est un chat. Pas encore noire, elle luit, bleuit, éclate, effleure, ronronne. La fourrure féline montre les formes sombres des rayures ou les déclinaisons magiques de taches presque rondes comme les astres. La nuit a des griffes rétractiles et une langue rose. Quand elle marche, elle ne fait pas le moindre bruit et parfois elle ose montrer l’endroit de son ventre où elle est blanche. La nuit apprivoise la patience en la reconnaissant du bout de la moustache tendue vers l’espace comme le pistil d’une fleur odorante.

La nuit morceau souple et soyeux de l’infini me regarde et me file un coup de patte si jamais je me penche plein de larmes vers son épaule. Son regard est celui de qui se nourrit de comètes et des miettes que laissent les étoiles derrière elles quand on croit qu’elles s’attrapent comme des souris.

Jardin

      Hippocampal neuron receiving excitatory contacts (63x)      Dr. Kieran Boyle      University of Glasgow, Glasgow, Scotland, United Kingdom      Technique:Fluorescence, Confocal

La nuit est le fluide d’un fleuve

sur ses rives mauves s’abreuve

le jardin

sur la fourrure du félin qui boit

les parfums des fleurs ondoient

arbustes épines roches

s’approchent

un peu plus près de l’endroit du ciel

où stagnent quelques poignées luminescentes

d’insectes qui chantent

Pinçon

Qin Tianzhu

Petite tache sur la peau rafraîchie et humide

d’un papier doux comme du tissu

petites épines et plumes issues

de la nuit qui perle à la pointe

du pinceau

se sont envolées

comme un oiseau

À la nuit

Elle est venue s’asseoir à côté de mon lit. Ni laide, ni malade. Elle me regardait dormir, s’est introduite dans mes rêves jusqu’à ce que je me réveille et la regarde. Elle aurait dû me dire un mot de toi, elle aurait dû me tendre ta main. Elle aurait dû me faire trembler. Partir lorsque je le lui ai demandé.

Elle est venue sans peur et sans me faire violence. Messagère vaporeuse du même message: tu m’aimes encore. Comme si je pouvais l’oublier! comme si j’avais pu me laisser ronger par le vide et ne plus me laisser porter par ta voix! Elle avait les mains sur ses genoux et puis, petit à petit, elle s’est laissée happer par la nuit et a disparu. Tu es redevenu transparent,  évanoui pour toujours dans cet espace infini qui nous sépare.

Il me reste ton regard dans le mien, comme un saphir déposé sur une plage, sur notre rivière prisonnière de sa propre solitude, de son mystère et de son abandon. Là où couchés dans l’herbe, nous regardions le ciel se gonfler de promesses (je ne voyais que cela),  là où ton souffle chaud remplissait mon cœur (je ne sentais que cela). Tu aurais dû me dire que tu allais mourir, que tu ne reviendrais plus qu’à la nuit et prendrais tellement de corps différents.