Filaments

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Hier une méduse
effleurait de ses
tentacules blancs
l’autre versant de
la colline bleue

Ensuite poussée
par le vent elle
a gagné le large
agrandissant
son ombre en
même temps
que la nuit mauve

entre ciel et mer
le temps s’est
perdu la méduse
a disparu

Seuls quelques
filaments blancs
comme des phrases
incomplètes
ne finissaient pas
de se disperser
dans mon esprit
médusé

Imperceptiblement

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la nuit n’a ni
visage ni mains
juste un corps et de vagues jambes
qui ne la portent presque pas
brune brumeuse elle bruit
déjà naissent les premières paroles du jour
un bus passe sans ralentir
la route noire luit
les arbres s’efforcent au silence
au loin l’air tremble
je me tiens là debout à peine
éveillée


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Ténébreux

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Dans la baie de mon bras, la nuit est un chat. Pas encore noire, elle luit, bleuit, éclate, effleure, ronronne. La fourrure féline montre les formes sombres des rayures ou les déclinaisons magiques de taches presque rondes comme les astres. La nuit a des griffes rétractiles et une langue rose. Quand elle marche, elle ne fait pas le moindre bruit et parfois elle ose montrer l’endroit de son ventre où elle est blanche. La nuit apprivoise la patience en la reconnaissant du bout de la moustache tendue vers l’espace comme le pistil d’une fleur odorante.

La nuit morceau souple et soyeux de l’infini me regarde et me file un coup de patte si jamais je me penche plein de larmes vers son épaule. Son regard est celui de qui se nourrit de comètes et des miettes que laissent les étoiles derrière elles quand on croit qu’elles s’attrapent comme des souris.

Jardin

      Hippocampal neuron receiving excitatory contacts (63x)      Dr. Kieran Boyle      University of Glasgow, Glasgow, Scotland, United Kingdom      Technique:Fluorescence, Confocal

La nuit est le fluide d’un fleuve

sur ses rives mauves s’abreuve

le jardin

sur la fourrure du félin qui boit

les parfums des fleurs ondoient

arbustes épines roches

s’approchent

un peu plus près de l’endroit du ciel

où stagnent quelques poignées luminescentes

d’insectes qui chantent

Pinçon

Qin Tianzhu

Petite tache sur la peau rafraîchie et humide

d’un papier doux comme du tissu

petites épines et plumes issues

de la nuit qui perle à la pointe

du pinceau

se sont envolées

comme un oiseau

À la nuit

Elle est venue s’asseoir à côté de mon lit. Ni laide, ni malade. Elle me regardait dormir, s’est introduite dans mes rêves jusqu’à ce que je me réveille et la regarde. Elle aurait dû me dire un mot de toi, elle aurait dû me tendre ta main. Elle aurait dû me faire trembler. Partir lorsque je le lui ai demandé.

Elle est venue sans peur et sans me faire violence. Messagère vaporeuse du même message: tu m’aimes encore. Comme si je pouvais l’oublier! comme si j’avais pu me laisser ronger par le vide et ne plus me laisser porter par ta voix! Elle avait les mains sur ses genoux et puis, petit à petit, elle s’est laissée happer par la nuit et a disparu. Tu es redevenu transparent,  évanoui pour toujours dans cet espace infini qui nous sépare.

Il me reste ton regard dans le mien, comme un saphir déposé sur une plage, sur notre rivière prisonnière de sa propre solitude, de son mystère et de son abandon. Là où couchés dans l’herbe, nous regardions le ciel se gonfler de promesses (je ne voyais que cela),  là où ton souffle chaud remplissait mon cœur (je ne sentais que cela). Tu aurais dû me dire que tu allais mourir, que tu ne reviendrais plus qu’à la nuit et prendrais tellement de corps différents.