questions

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source image : ici

Je me demandais livre en main si j’aimerais être comme tous ces précieux galets

polis

mille fois mis en place

mille fois déracinés

jaugés sautillants d’une main avide à une autre

brillants quand je les regarde

pour finalement rejoindre avec une joie de plus en plus affirmée le lit de la rivière qui ne fait que passer au dessus de leur tête

ils dorment et rêvent

je suis presque toujours troublé et les questions sans réponse se succèdent

Croissance

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Stunning ‘Altered Book’ by Sarah Morpeth

je ne crois pas

je croasse

je suis un oiseau de malheur

dit-on

mais heureusement je le crois pas

quand je me croise

dans un autre je vois

plumes de jais et encres violettes

qui de leurs plus belles voies

m’inscrivent dans un nid

de neiges et d’aiguilles

grappillées aux pins les plus foncés


Source image

insecte

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luciérnaga

Mon coeur cette luciole

se balance dans une obscurité

bleue

son agitation provoque une effervescence d’encre

bleue

qu’on pourrait peut-être résumer à deux mots

être/absence

l’insecte danse pour produire une inflorescence

bleue

mais qui se soucie des fleurs qui ne s’ouvrent qu’à

la nuit obscure et nue

et ne répandent leur parfum que pour donner

aux apparences

un contour

bleu

pas très précis

Instrument

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l’écriture pour apaiser la brûlure d’une blessure
pour assagir l’agitation sans parvenir
à vouloir l’intégrer dans un protocole
un morceau de bois calciné pour dessiner
tous les visages des paysages que je traverse
alors que les ronces les rongent
que les sentiers se dispersent

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le fouet indompté d’une signature anonyme
la queue de serpent d’un signe
la calligraphie d’une langue que personne ne parle
que personne n’écoute vraiment
l’ instrument dans vos bouches
souvent me condamne à n’être qu’un géant
bouquet
on ne lui donne que des coups de flammes
on s’amuse un temps de sa démesure
toute organisation de semonces fait de moi un fantôme errant
comme aux icebergs à la dérive on néglige de reconnaître
la partie immergée immense et glacée
où je me suis lové


source images: hardcorepunkbf

Brutalités

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ART BRUT / collection ABCD :: STOFFERS harald

J’aimerais que mes phrases ne parlent pas
la même langue que moi
qui boite et trébuche à chaque pas
j’aimerais qu’elles soient
autrement que de simples lettres alignées
ces mots dont on a épinglé les ailes
par peur qu’ils dénoncent l’aspect
véritable de nos maigres rêves
j’aimerais que mes phrases ne soient pas les objets
d’une nature morte
qu’un éclat de bougie encore fasse trembler leurs corps
j’aimerais accompagner le silence quand il entre
dans la forêt d’eucalyptus et leur demande d’exalter
l’obscurité

ainsi peut-être serais-je
protégé
des maux


Source image: abcd art brut

Renoncer

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Les mots comme les petits cailloux blancs
que tu jettes dans l’eau
quand ils se déposent sur le fond tremblant
te rendent ta part de silence

transpercer la transparence donner à l’apparence
la valeur froide qu’elle mérite
muer de malveillances en malchances
muet


Source image

Mésange

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Close up butterfly wings——- source image

 

Dans l’encadrement de la fenêtre
le rosier dessine les diagonales
et le vent les efface
surgit dans mon champ de vision
le papillon jaune et bleu qui hier
butinait sans relâche mon espoir
mais non ce qui s’envole sans soucis
est une mésange et sa parole
comme une chanson qu’on plante
dans le ciel pour ne plus avoir
rien à oublier

Mustella nivalis

MSU V2P1b - Mustela nivalis subspecies painting

Le chat s’était posé non loin de moi     sous la tonnelle
afin de profiter d’un même brin     d’air frais
alors que j’allais me mettre à écrire
est apparue  calme   décidée
une belette
comme pour marquer
entre l’exubérance affolée du jardin    et la maison ouverte
un trait d’union
un trait vif    d’une certitude
aiguisée

soudain le chat
la belette alors
a dessiné
un dernier trait
enchanté
entre le jardin et le ciel
entre ce que j’allais écrire et la réalité    qui ne peut    me rappelle-t-elle     que s’échapper       comme elle
le point final         -mais serait-ce le dernier-    je le pose comme un chat endormi
aux abords d’un rêve     plus vrai que nature         les souvenirs le soulignent et l’encerclent
avec de plus en plus d’insistance
petits yeux de jais        fourrure de feu et de neige        est-il possible que
l’animal
ait jamais eu    l’intention de se défendre     au lieu de fuir         dans une faille entre deux rochers

Un miracle

tumblr_o7r7f6566Z1v6jft8o1_1280À force de t’attendre assis sur le banc près de l’entrée du jardin, je me suis transformé en mousse, en lichen. Je coule le long des barreaux des grilles, je suis dans toutes les fissures, à l’ombre, aux pieds des statues, sur les branches. Mes verts occupent les faces nord des écorces. Quand il pleut, les troncs sont semblables aux torses des grands chevaux bais qui tirent les chars antiques.
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J’ai parcouru toutes les allées, ramassé autant de cailloux que de larmes j’ai versées. J’ai marché scrutant le ciel, déliant les langues des nuages afin qu’ils m’avouent l’heure de ta venue. Aucun ne m’a livré le secret.

Tous  célébraient la danse du silence et me laissaient découvrir de lentes formes animales: la gueule béante d’un félin, la dent d’un requin, la pince d’un crabe géant. Ainsi se sont fossilisées les heures.
Comme un archéologue, dans les strates de brumes, dans les amas nuageux, j’ai cherché une explication à mon obstination ou à celle des autres .

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J’ai vu plusieurs fois le givre manger les pensées, j’ai remarqué qu’elles étaient toujours plus nombreuses à résister, à opposer leurs faiblesses à la rigueur, à refleurir l’année suivante avec la même insolence.
J’ai écouté crisser les griffes de la chaleur, sa brûlante désespérance empêchait tout mouvement.
J’ai entendu le jour se laisser tomber sur la terre dès que la grande porte grillagée se refermait sur le jardin. J’ai compris qu’avec l’aube, surgissait la surprise du printemps quel que soit le moment de l’année.Ta chanson ne pouvait plus qu’arriver.
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Aujourd’hui, tu es entré dans le jardin enrobé de lumière, portant à tes lèvres un magique instrument capable de transformer ta voie la plus intense, la plus sombre et profonde en un rire somptueux. Un rire gorgé de joie, un rire en soie, un rire mélancolique, un rire en mesure d’ englober le monde.
Tu as surgi dans chaque note. Tel un oiseau-jardinier, tu es passé de branche en branche, tu as tissé une tonnelle de brindilles pour le silence et rassemblé tout autour juste assez de notes bleues, de notes parfumées. Limpide, audacieux, fugace, furieusement amoureux.

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Tu ne t’es même pas assis sur le banc que j’avais occupé pendant des éternités, tu n’as même pas regardé mes nuances veloutées aux pieds des arbres, aux bordures des mondes.
J’ai alors compris que ce n’était ni le temps, ni l’espace qui empêchaient notre rencontre car nous occupions bien tous les deux le même univers. Franchir des frontières, c’est pourtant ce que font les chants des oiseaux aux printemps.
Ce qui nous sépare à jamais l’un de l’autre est un mot. Un mot muet, momifié. Un mot qui tremble comme les mirages. Un mot qui enveloppe l’autre d’une membrane brillante qu’on ne peut transgresser. Un mot mort.

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Ce mot tentaculaire a pris le temps de germer dans mon esprit à mon insu. Sans que je puisse désormais le déraciner, il m’est devenu impossible de le prononcer.


photographies de Bertrand VD. Elsacker

Réserve

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Zhu Daoping(朱 道平 Chinese, b.1949)

C’est un mot dont on dirait
qu’il est fait du jet d’encre
tracé d’un seul morceau
par un pinceau
bu par le papier
il vous observe en train d’essayer
de deviner de quoi il parle

d’un pays lointain
où des montagnes dévalent
des torrents
dans leurs vagues comme des mains
se tournent et se retournent les galets

d’un pays où les fougères forment
les forêts en fredonnant
par la lumière qui coule de mousses en lichens
les arbres se font décortiquer l’âme et le tronc

d’un pays au delà du trait
que posent les regards
sur l’horizon

 

Zhu Daoping

Source image: B-Sides