Nulle part

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klavdi: from Odilon Redon, I —source image

D’abord il y a les oiseaux qui
proches ou éloignés
étalent une vaste broderie de cris
de sifflements
ensuite il y a les fleurs
dont le silence est rompu
par les pollinisateurs
et puis enfin il y a la mer
qui ne dit plus rien
ne va plus nulle part

Sortie du troupeau

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’irais brouter le ciel dit-elle
mais moi c’est son œil
que je regarde
son adaptation à ne voir
que les brins de lumière qui poussent un peu partout
elle lit dit-elle dans les partitions musicales des rochers
sans la moindre difficulté
l’histoire de leurs contractions
au delà dit-elle d’une voix de grelot
des orties argentées, des feuilles bleuies
je vois
la mer
toujours la mer
aux pieds des collines
attendre
attendre
que je lui fasse
avaler les cailloux tombés dit-elle
du ciel

Univers

P9230568.JPGJe décide que je suis semblable à ces particules en suspension dans la lumière qui mange l’eau des vagues
je flotte et je préserve un équilibre improbable/   J’avance ou je stagne/
D’instinct je sais qu’il me vaut mieux rester dans l’angle mort
cette partie de l’espace que les prédateurs ignorent parce qu’il est si petit
derrière eux et qu’il exige l’audace et l’habileté d’un rapprochement/
je partage avec les algues la caresse d’une vague/
je bois le bouillonnement de l’eau et respire sa lueur froide/
un ruisseau rassemble son troupeau et fuit effleure un rocher
qui ronfle et lui fait peur /
se dresse comme un pelage un paysage de mousses et d’infime corail /
j’oublie de mesurer le temps cet immense diamant indomptable/
finalement échouer
rejeté comme un mot inacceptable
sur les lèvres d’une vague
fait presqu’aussi mal que naître de rien

Aux vents

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Les portes et fenêtres sont ouvertes
du jardin provient une rumeur
ce ne sont pas les fleurs qui se parlent par abeilles interposées
ni la colline qui dévale dans des galops de végétaux fulgurants
c’est la mer à ses pieds qui répond en vers au vent

Orage

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©Bertrand Els via https://www.facebook.com/profile.php?id=100011021192160

Au dessus de la mer
le ciel est un mirage
la ligne imaginaire
qui les joint l’un à l’autre
est absente
tirée par un cil de lune
une vague et son écume
annoncent les nuages

une gorgée de vent
une gorgée de ciel
une gorgée de source d’entre les pierres
l’orage est en mer
mais qui s’en soucie ici

un cheval comme une nef
rapporte du large
une robe presque noire
déjà grise fouettée de lumière encerclée
d’ombres formant des o

Ce qui bouillonne je le comprends
c’est ce que personne ne peut voir
de prime abord
cet univers sous-jacent qui prend tant d’espace

sous la surface où accourent les larmes
se mélangent en un éclair

impressions et sentiments

se défont de leur fourreau de soie quelques
psychés
la nuit se rempli de chants
inouïs

Émanation

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Phoenician, 700 – 650 BC

La mer est telle que le ciel
est devenu un fantôme
au loin les îles sont des pièces d’étoffes bleues
épaules bras hanches mains étaient des calanques
la mer tellement souple
ses vagues
à peine soufflent une suite
à la nue
se soulève en moi l’immense doute
depuis que je suis née ce poulpe
glisse son amertume dans mes soutes
la mer fille des flammes
pleure

Île

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Google Maps imagery on Stratocam.com

 

Sur la mer se pose
une île imaginaire     elle décrit  comme
s’ils étaient des fantômes  les autres
continents    parfois    très grands
ce   qu’elle a          à dire
revient presqu’au
silence
Elle résume l’île le néant
invisible à celles qui ne contemplent rien
l’île liquide s’écoule se gonfle recèle
s’éteint      revient      comme
si elle
n’était qu’un simple courant marin
parcourue par la lumière


source image

Brouillards

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Yamamoto Masao

Derrière le mur de nuages, un ciel avance, la nuit progresse. Et ce que j’entends au loin, ce n’est pas un avion qui déchire le temps, ce n’est pas un orage en train de naître. C’est un hêtre. Il respire plus fort que tous les autres. Il respire en faisant un bruit de mer. Il déverse ses branches pâles comme les vagues l’écume sur la plage.
L’arbre n’a plus pour feuilles que les larmes froides du brouillard. il a créé la confusion dans mon esprit. Un instant j’ai cru voir au bout de l’avenue, la mer nue se cabrer comme un cheval sauvage.

Processus

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le jeu inhérent au monde peut commencer
en même temps que le jour
je commence ma partie en le contemplant
pourquoi ne serait-il plus possible
de simplement admirer ce à quoi
je ne prête que des mots
peu m’importe qu’une voix
dans mon dos
répète qu’ils sont tous faux
le ciel est un pétale
la colline un fauve
la mer échange
brumes contre reflets et
ondes contre ondes


image: Bertrand Vanden Elsacker

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Octaves

Jorinde Voigt, Konstellation 4 Horizonte I-II, (2012)

sur la mer il n’y a rien

qu’un immense nuage gris perle

en moi je sens bien

que demeure éternel

un poulpe géant

berçant ses huit bras tentaculaires

 

sur la mer il pleut

d’infimes touches

ébène et ivoire

la pluie est une pianiste

ses mains sont remplies

de larmes