L’étoffe nuageuse d’une âme

Image Bertrand V-D-E

La carcasse du cétacé comme l’ étoffe nuageuse d’une âme
attirait
toujours plus de squales
perfection de l’aileron et de la nageoire caudale
la peau bleue similaire à celle des vagues
la mort enfin ressemblait à une parole sans équivoque
était claire comme le geste gracieux d’une danseuse étoile

 
Pourtant
ils ont pris peur
les hommes
qu’on leur impose des leçons de moral une éthique de la vie une colonie de lois  des restrictions collectives à leurs commerces de la mort

Alors le cadavre ils l’ont drainé vers large comme un linge sale
loin des bais et des ports
une dépouille de plus jetée dans la fosse commune


la mer serait une nécropole où l’on ne peut plus qu’espérer

voir
deviner

la silhouette tranquille d’un squale qui viendrait pour la nettoyer

Un messager

Muramasa Kudo

La porte s’ouvre

seule

entrent venus du jardin

un ange et le chat

l’un est un ruisseau
un filet d’air
la voix d’une vague

peut-être

l’autre est comme toujours
en lisière du silence

il est le seul
à voir à savoir

l’ange sort mais reste
comme la longue queue d’un cerf-volant

le chat

qui cherche la caresse d’avant le rêve.

Le chat

Differantly (DFT) via creapills.com

Par la fenêtre   il regarde les vagues
certaines halètent en prévision de la plage
d’autres repartent

Dès que la porte s’ouvre  il bondit vers l’air   libre
il saute sur la table où sont posés des légumes et des fruits
l’odeur des végétaux l’intrigue   il décortique le message qu’ils ont pour lui
provenance     fraicheur et quelques détails sur le propriétaire de l’endroit où ils ont grandi

Il va rêveur de par ses chemins habituels qui favorisent de longues trainées d’ombres    Il va évitant les flaques de soleil   Quelques sifflements annoncent sa présence aux autres habitants du jardin  Personne qui ne sache que son errance a commencé

Le vent mélange les murmures entre eux   Ceux des vagues ceux de l’eau ceux des feuillages et ceux du temps qui passe 

Il va silencieux Il sait que ses pas et ceux de l’éternité ont quelque chose à se confier
         un mot enrobé de patience     un mot qui ressemble à un miaulement qu’il est le seul à comprendre.

Joie de vivre

Robert Delaunay - Rythme, Joie de vivre

Le petit chat regarde un bruit se poser sur l’eau, il en perçoit l’onde étrange et lumineuse. Il attend qu’elle se débatte, qu’elle fleurisse. Il guette la goutte qui deviendrait papillon et puis comme d’autres bruits plus puissants effleurent les soies de ses moustaches, il s’éloigne à pas lents, silencieux et dont les ondes par cercles concentriques se rejoignent et se quittent. Un tableau musical sans musique, une toile sans autres fibres que celles qu’utilise mon esprit pour se regarder se construit. Une histoire sans but, sans sujet, sans aucune habitude vient de naître et puis de disparaître à jamais.