Ton pas

Ton pas

Accordé à celui de la forêt 

Ton souffle comme une frondaison froide d’ombres 

Et moi

Qui tente d’inscrire cet instant au patrimoine mondial de ma mémoire 

À chaque fois que je croise l’odeur du pin dans un nid d’aiguilles 

Ses fleurs qui éparpillent pollens et grains de sable saharien 

Regard humide et noir d’un rongeur qui ne peut plus choisir de fuir 

Simplement toi blotti aux pieds d’un immense incendie 

Manière d’être

Dans le pin l’oiseau

se dépeint et puis parle

des aiguilles et des fruits

qui tissent lentement l’ombre

des frontières floues de la lumière

dans le ciel son envol cherche

le souffle de feu qui lui permet

l’absence 

de battements d’ailes 

l’haleine qui descend de la montagne

et va jusqu’au murmure vague de celle

qui brouille les pistes et célèbre infiniment

les mystères de l’univers

Bourdonnement du regard


Gigi Mills

WALKING THE TRACK WRAPPED TAIL

Je regarde la mer 

bourdonnement des oreilles 

J’écoute une à une les vagues le froissement des feuillages 

bourdonnement de mon cœur 

sur le point de s’effondrer

bourdonnement au bord de la falaise 

malaise de n’être rien qu’un être humain 

bourdonnement dans mes veines

Un train s’échappe et comme toujours je le laisse faire 

Jamais il n’embarque mon troupeau de phrases 

Nuageux

Reiner Seibold (D) 1933 – 2018 Psalm 90, 1990, 50 x 60 cm, BSK 1,52

Tous les jours les nuages
façonnent les montagnes
comme si elles avaient leurs racines dans les nues
alors qu’elles naissent des profondeurs et
des abysses du temps

Tous les jours les nuages
dressent un nouveau portrait sans faille
un profil bleuté où les valeurs sombres
sont inversées le bleu nuit passe pour du blanc
le noir est effacé au profit du gris perle

certains jours les nuages n’ont pas d’autre choix
que de faire disparaitre les montagnes
en mer
au large

Ce qui était inaccessible est soudain à portée de main
Ce qui était immuable a disparu