S’écrire

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Bertand Els via https://elsacker.tumblr.com/post/162509606291

J’entre en cet endroit où
Néant Vide Silence
s’élancent sans trouver le moindre sens
le mot se laisse remplacer par la feuille
ses dents sa chair mangent la lumière
pour tordre l’univers seulement des branches
aux gestes involontaires
elles ne dirigent aucun orchestre
seul mon esprit rampe et cherche une voie
où pourra serpenter mon rêve et penser que
le venin d’une morsure se mue en sève

À peine visible

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©Bertelsac via https://www.instagram.com/bertelsac/?hl=fr

Je lis à l’ombre, près du mur qui à la nuit tombée se constelle de geckos. Entre et puis disparaît dans une fente du bois de la table, une abeille. Son corps délicat, son vol auréolé lorsqu’il s’approche de l’endroit me fait oublier le dard. D’ailleurs, l’animal ne se préoccupe nullement de cette statue de sel scellée à un fauteuil, un livre à la main.

J’ignore si elles sont plusieurs à s’infiltrer dans cette mince ouverture. Il me semble qu’affairée ce soit toujours la même qui éternellement découvre, rêve, sommeille, part et puis revient.
L’entrée est à peine visible mais le monde au quel je n’ai pas accès ne peut que se construire dans l’espace où rêve et imagination battissent des galeries, des alvéoles infinies en si peu de temps que l’on croit cela impossible.
La chose est établie, une abeille a découvert ce qu’hélas ne cherche plus aucun humain, une faille, une ride, un début sans fin.

Embrumé

GAO XINGJIAN 高行健 Moonlight 2014 / Au Clair de la Lune, 2014 Chinese ink on paper 35 3/5 × 37 in 90.5 × 94 cm
GAO XINGJIAN 高行健
Moonlight 2014 / Au Clair de la Lune, 2014
Chinese ink on paper
35 3/5 × 37 in
90.5 × 94 cm

 

Avant de gagner la mer, la brume se repose sur les épaules des collines. Elle reprend des forces, s’enfle comme un énorme bourgeon jusqu’à changer de couleur. Parfois, elle se retire et choisi d’envahir l’autre versant du monde, celui que peuplent les forêts, les roches et leurs fines fontaines de dentelles blanches. Elle finit par se perdre ou par perler sur les herbes, les mousses ou les petites plumes argentées des buissons.

Le soir, je crois qu’assis sur le plus culminant des rochers, tu me regardes et m’attends depuis des années. À force de regarder ta silhouette se découper dans l’azur comme le vol d’un oiseau éperdu de hauteurs, mes yeux se mettent à briller et à presque pleurer. Finalement, je comprends que ton ombre si décidée est un buisson fulgurant que le vent a sculpté.

Le vent descend souvent de la montagne en se laissant glisser lentement, titillant à peine les centaines d’oliviers de la plaine et puis regagne le ciel dans un seul et même mouvement à la manière d’un cétacé qui soudain s’engouffre dans les cerceaux de bulles qu’il a lui-même dessiné. Alors, subtilement quelque chose qui s’apparente au silence reprend sa place à côté de mes organes vitaux, comme un fantôme, comme le souffle d’un mort, comme pour me faire comprendre à quoi ressemble la réalité. Réalité raisonnable à laquelle on donne le nom de « devoir », de « responsabilité » comme si assumer sa part toujours plus vaste de silence, de solitude face à la nature qui culmine au bout de chacun des regards, comme si « être dans la lune » n’était véritablement qu’une fuite en avant.

Parfois je pense que ceux qui ne rêvent pas, ceux que le silence n’hante jamais sont des irresponsables. Parfois je crois que le silence est la part la plus dense et la plus difficile à porter. Une motte de terre noire, les tripes de l’univers, j’aimerais toujours être en état de savoir ce qu’il faut en faire.

Parfois je sens que le silence est un champ de fleurs sauvages, les racines, les tiges, les corolles, les pistils se chargent de le retenir, de lui donner de la contenance  car comme le sable des dunes, le silence toujours s’échappe, s’évapore entre deux mots, deux cris.

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Effrangement

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Derek Bransfield

Parmi les épines    les feuilles    les fleurs
sur les branches les plus fébriles
les citrons sont
la traduction des allées et venues du soleil

Elles sont plusieurs à se servir du jaune citronné
comme couleur pour parcourir leurs pétales
tout au long de la floraison        Certaines préfèrent se référer
au goût acide suggéré     par le fruit     lent à mûrir.     D’autres rappellent la naissance ancestrale de l’astre
alors qu’il n’était que poussière     d’étoile     suspendu     au bord des étamines.
Il n’en est qu’une qui renonce     parmi toutes celles qui reproduisent
aveuglément
toutes les sautes d’humeur du fruit.
Une seule
a choisi pour danser autour de son coeur
qui ne serait pas un trou noir    des pétales frangés si légers
qu’ils ne peuvent porter   un vulgaire goût de citronnade.
Une renoncule a tout fait pour être touchée par ton regard.
L’or ne t’intéresse pas     l’obscène abondance te donne la nausée        l’extrême                             pauvreté te révulse.
Pour faire partie de ton jardin         il faut si l’on veut devenir une fleur         avoir l’audace de n’être presque rien.
La couleur sera celle du soleil
blanc comme une paupière de nourrisson     endormi dans un ciel laiteux.


Source image: ici

Vague

Wave Art Black and White Cavern by johnphilpottsphotography

La nuit se regarde dans les reflets des lumières

du port. Elle se dit je reste là je ne pars pas

tremblante pourtant  elle se dirige vers moi

un rayon ondulant se plante comme une flèche d’argent

au centre de la béance flasque

cet encrier renversé

qui me sert de coeur.

Jardin

via 500px / Green by ayedh alajme

C’est un jardin qui n’arrête pas de s’écrire

Sans limite les feuillages bercent le ciel

et la mer parfois

lui propose des teintes veloutées

et oranges

Sur les branches comme des notes de musique

sur une partition les oiseaux

Sous les pierres chaudes les geckos

des bracelets d’émeraudes

s’échappent et glissent dès que le soleil bouge

Minime

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Le ciel est venu remettre en mains propres

la mer à l’aube

l’étoffe est sortie du métier à tisser

le vent de ses doigts la fait frissonner

et lorsque naissent les vagues

les fantômes des nuages aiment

se prendre pour des mammifères

marins

Trêve

b-vde: Corsica, January 2014

Dans le parc

les statues

maintiennent le silence

et au centre

encerclée de plantes

une fontaine pleure

 

Les mousses et les fougères

s’emploient à dénouer

les nœuds dans la chevelure de l’eau

pour en extraire les premières

des gouttes de la fraîcheur

 

Assis sur un banc

je bois toutes les paroles

fauves d’un livre

tous les temps de pause

d’un fulgurant poème

mais quelque chose en moi

ne finit pas

de se défaire.

 

Décembre

Joanna Sanderson-Mann
Joanna Sanderson-Mann

 

Sur le jour le plus noir le plus froid le plus dur

sur le jour le plus vermoulu

j’ai apposé des broderies

de pluie

amassé des nuages

mélangé des textures et des couleurs

Au fil des jours

j’ai peu à peu rassemblé

des murmures

des humeurs des torrents

j’ai isolé

la fougue insolente

Nid de brindilles

proue de l’hiver

caravelle écervelée dont les voiles

crient

verso de mon aile

je vois ton ombre se répandre

en émanations de mots

en rébus vertigineux

qu’aucune eau forte n’effraye