Jardin

via 500px / Green by ayedh alajme

C’est un jardin qui n’arrête pas de s’écrire

Sans limite les feuillages bercent le ciel

et la mer parfois

lui propose des teintes veloutées

et oranges

Sur les branches comme des notes de musique

sur une partition les oiseaux

Sous les pierres chaudes les geckos

des bracelets d’émeraudes

s’échappent et glissent dès que le soleil bouge

Minime

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Le ciel est venu remettre en mains propres

la mer à l’aube

l’étoffe est sortie du métier à tisser

le vent de ses doigts la fait frissonner

et lorsque naissent les vagues

les fantômes des nuages aiment

se prendre pour des mammifères

marins

Trêve

b-vde: Corsica, January 2014

Dans le parc

les statues

maintiennent le silence

et au centre

encerclée de plantes

une fontaine pleure

 

Les mousses et les fougères

s’emploient à dénouer

les nœuds dans la chevelure de l’eau

pour en extraire les premières

des gouttes de la fraîcheur

 

Assis sur un banc

je bois toutes les paroles

fauves d’un livre

tous les temps de pause

d’un fulgurant poème

mais quelque chose en moi

ne finit pas

de se défaire.

 

Décembre

Joanna Sanderson-Mann
Joanna Sanderson-Mann

 

Sur le jour le plus noir le plus froid le plus dur

sur le jour le plus vermoulu

j’ai apposé des broderies

de pluie

amassé des nuages

mélangé des textures et des couleurs

Au fil des jours

j’ai peu à peu rassemblé

des murmures

des humeurs des torrents

j’ai isolé

la fougue insolente

Nid de brindilles

proue de l’hiver

caravelle écervelée dont les voiles

crient

verso de mon aile

je vois ton ombre se répandre

en émanations de mots

en rébus vertigineux

qu’aucune eau forte n’effraye

 

Les cygnes

Je caresse le jour

qui se découpe

en autant de secondes

trempées dans les eaux sombres de la nuit

elles forment ce qui ressemble

presque à des lettres

°

Chacune comporte en son sein

comme une pupille qui me regarde

une question qui me concerne

toutes voyagent tels les cygnes

°

Je pense que mes journées

sont les dentelles

pensées

par mon cœur

gorgées de pollen

Je caresse l’idée

folle qu’un jour enfin

on m’aimera.

 

° Louise Bourgeois—10am is when you come to me

Divinité

Black Oriental Shorthair Cat

Le silence noir marche souplement jusqu’aux frontières de son territoire. Filament d’une constellation qui n’existerait pas, tache engloutissant la lumière, virgule entre deux bouts de phrases sans origines. C’est pourtant lui qui me domine.

Le silence est le félin qui ne s’apprivoise pas. Ce dieu ne pose aucun jugement sur les humains qu’il considère comme des choses et parfois comme la proie à éteindre quand il a faim. Il me gouverne jusqu’à ce que je rencontre ma propre fin dans ses larmes, sous ses griffes.

À quoi bon me battre pour un petit bout de rien, aligner quelques grains de sable jusqu’à ce qu’il se forme une phrase, Une vérité que je suis seule à considérer ?

Le silence plante ses soleils dans mes strophes comme s’il découvrait une autre surface désertique sans éprouver la moindre de mes craintes. Il ne se pose tout simplement pas les mêmes questions. Il est une réponse irrévocable. Le silence prend n’importe quelle direction, mes considérations sont relatives et s’envolent avec lui.

Tombe

photo:Bertrand Vanden Elsacker

Il est vrai que souvent s’ouvre

sous moi un tombeau sourd

où s’y laisser dormir ne suffit pas.

La mort ne viendra pas sans me prévenir,

elle me prendra par le bras en disant : « va ! »

comme on le dit à une esclave.

Un tombeau comme la machinerie mécanique

et dentée d’un de ces monstres qui n’existent pas

arrache tous les sens à mes rêveries

comme on déracine toutes les branches d’un arbre.

Un tombeau comme un rat ronge raison et solitude.

Pour ne pas céder à cette voracité qui découd

lentement chacune de mes sensations et puis après le sentiment,

je fais de la varappe ou de la haute voltige.

Ivre de mes vertiges, il faut que je marche au-delà du vide.

Ma vie est remplie de tombeaux.

Aucun ne fut beau sculptant le marbre

jusqu’à ce qu’il devienne l’étoffe de soie.

Aucun ne fit dessiner sur ses côtés les veines nobles du bois.

Tous ne comprenaient que des grilles et des barreaux.

Ta voix

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Je crois qu’il s’agit d’un nuage venu depuis derrière l’horizon. J’entends comme il déploie ses ailes semblables à celle de l’albatros hurleur. Mais c’est ta voix, onde profonde qui tombe solennellement sur moi comme les auréoles du soleil.

Agile, elle monte jusqu’à rayer les larmes et puis elle s’en va à pas de chat. Elle rebondit, danse et saute. Ta voix réchauffe l’air de ses origines masculines. On croit qu’elle sombre mais elle plane dans une même et seule caresse. Elle n’est ni rauque, ni fade, elle est grave et lucide.

Si j’osais regarder le ciel, je pourrais savoir qu’il ressemble à une perle ayant le même éclat presque dissipé de ta personne.

Tu n’oses pas porter ta voix parce qu’elle ne ressemble à aucune définition qu’on invente pour corrompre. Tu crois qu’elle se déforme, qu’elle te trahit laidement alors qu’elle pose tes phrases comme si elles n’avaient pas de poids alors qu’elles décrivent l’étrange chose invincible qui brille en toi.

Ta voix n’est pas une flétrissure, une porte qui claque, quelque chose qui se calque. Ta voix n’est pas celle d’un mort, ni celle de ce fantôme qui se répète à l’infini sans jamais entendre qu’à l’intérieur de lui il n’ y a qu’un simple puits.

Tu te punis, j’entends que parfois tu l’étires comme si elle n’était qu’un vulgaire élastique, que tu la promènes dans les rues glauques qui n’ont que les regards des avares et des charognes qu’ils dévorent.

Ta voix ne parle pas pour les autres, elle ne parle que pour toi des mélodies complexes que forme harmonieusement ton esprit depuis que tu es tout petit.

à B.

Asservissement

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Carlos San Millan; Watercolor, 2012, Painting

Un jour il m’a dit

tu es une tache

un de ces spectres sortis de Buchenwald

es-tu encore capable de te tenir debout

j’ai haussé les épaules et j’ai fait comme si

je n’avais pas entendu qu’un ruisseau de méchancetés me coulait le long du dos

mais seule face au miroir je me suis dit

il a raison

il ne fut plus un jour où je n’eus honte

d’être là dans cette tombe

mon corps sanglé par les torts

les bras noués dans le dos

mes jambes n’avaient plus l’envie de fuir

à la place du visage une flétrissure

une ombre me disait combien j’étais lâche.

→ Fred et Marie