Un cheval

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A Roman bronze horse. Circa 1st-2nd Century A.D.

La lune est un cheval
porté au pas
elle allonge l’ encolure
et laisse ses lèvres effleurer
le ruisseau
l’eau se ride et forme des anneaux
autour des naseaux
la lune respire et broute
les touffes brûlantes de quelques
reflets d’étoiles
à chaque mot correspond l’écho d’une vague
le bruit que fait un sabot quand il égratigne le sable
empreinte de brume
trace que laisse après son passage
la poussière

Essences

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Dans les feuillages le vent est
Un petit cheval vert se cabre
Disparait puis après avoir bu
Le ciel revient plein de fougue

Derrière la colline vient de naître
Dans un lit de brumes
La lune avant l’heure

Les ruisseaux dévalent les pentes
On entend les troupeaux de roches
Le bruit de la pluie
Essences d’immortelles
Se répandent autour de la tombe
Du jour


source image

Aux vents

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Les portes et fenêtres sont ouvertes
du jardin provient une rumeur
ce ne sont pas les fleurs qui se parlent par abeilles interposées
ni la colline qui dévale dans des galops de végétaux fulgurants
c’est la mer à ses pieds qui répond en vers au vent

Émanation

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Phoenician, 700 – 650 BC

La mer est telle que le ciel
est devenu un fantôme
au loin les îles sont des pièces d’étoffes bleues
épaules bras hanches mains étaient des calanques
la mer tellement souple
ses vagues
à peine soufflent une suite
à la nue
se soulève en moi l’immense doute
depuis que je suis née ce poulpe
glisse son amertume dans mes soutes
la mer fille des flammes
pleure

Majuscule

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Moon from ISS

Dans le ciel le D majuscule
de la lune
et
au dessus du maquis
la brume broute toute la nuit
Chaque pin porte
dans ses bras
son troupeau de pas
et de cris

Se suspend
aux battements
d’ailes d’une initiale
un astre
léger tel le sourire
qu’on n’adresse à personne

Adventice

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William Henry Fox Talbot, Wild Fennel (1841-42)

S’occuper d’un végétal
c’est presque comme s’occuper d’un poème
il existerait tout aussi bien en mon absence
sans que j’en ai la moindre connaissance
J’aménage dans la terre que j’ai nourrie
abreuvée     en toute légèreté
un habitacle à deux étages
une chambre noire     pour développer les racines
une chambre claire     pour les tiges   les épines     les feuilles
les boutons       les rejets
J’attends     je projette des floraisons
j’observe
j’imagine des constructions de feuilles
je me rends apte à comprendre un langage
qui n’est pas encore le mien
puisqu’il n’use d’aucun mot
je rectifie toujours tous mes gestes
dans un souci   de perfection
qui ressemble         au meilleur usage
de la lumière
au plus judicieux partage     de cette portion d’espace
je regarde le présent advenir

En friche

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Straw-colored Fruit Bat Eidolon Helvum, Ben Van Den Brink

Entre
ce venin
et
mes articulations
l’espace libre
laissé en friche aux secondes

chacune
comme un grain
grippe
mes mouvements
afin que je n’avance
jamais
souplement

des gonds rouillés
grincent
grondent
ponctuent
vagues
tornades
granuleuses
torsions

mes os sont toujours sur le point
de se réduire en poudre


Parfois par un soupirail
des lambeaux de souffrance s’échappent
Je les contemple
battre de l’aile


Parfois en rêve
j’échange mes chauves-souris
vampirisantes
contre
les quelques gouttes phosphorescentes
du crépuscule
afin que survienne la trêve

 

Ta bouche

Ta bouche est une feuille

qui jamais ne se détachera

de l’arbre qui l’a rendue

si tendre

des nervures pour les lèvres

des nervures pour les mots

des nervures pour le sens

et les silences

ta bouche croquante

et verte

oubliée entre les branches

qui fouettent le vent

Parmi les feuillages

Keats / by Gregory Thielker
Keats / by Gregory Thielker

En fermant les yeux, je rencontre la nuit remplacée par les fleurs qui l’embaument. Le sentier du jardin me conduit parmi les feuillages jusqu’à l’endroit où les vagues touchent les rochers et le ciel étoilé dans une seule et même vague.

Comme on jette un filet de pêche, je me lance à la recherche dans l’eau noire et mouvante où nagent les songes, de ce céphalopode immense ou de son ombre. On dit que le monstre possède au bout de chacune de ses huit tentacules un cerveau capable de penser librement. À la place du poulpe, je vois entre les flots mon coeur qui se propulse en ne laissant derrière lui qu’un nuage d’encre luminescente. Au fond de moi peu à peu, le vide laissé par l’animal se remplit de vagues.

Mes phrases s’érodent, mes pensées se perforent, les images se délitent. Il manque de plus en plus de lettres aux mots. Les points de suspension ne jouent plus à évacuer le trop plein de sens. Ils sont comme autant de trous noirs, de coups de marteau pour clouer le silence.

Mon corps au fur et à mesure qu’il engloutit les flots, l’écume, les crinières d’étoiles se vide. Il est inutile de chercher à capturer une histoire en ne montrant que son squelette, même la forêt l’hiver n’exhibe pas comme tellement d’humains sa provisoire défaite.

Écriture

Watermarks - Abstract Photography by Marco Visch
Watermarks – Abstract Photography by Marco Visch

Les goélands échangent leurs plumes

pour de l’écume

au loin les vagues s’en servent

pour réécrire les brumes

naissent des collines bleues

des nuages aux allures de combe

capables de s’envoler