À la nuit

Elle est venue s’asseoir à côté de mon lit. Ni laide, ni malade. Elle me regardait dormir, s’est introduite dans mes rêves jusqu’à ce que je me réveille et la regarde. Elle aurait dû me dire un mot de toi, elle aurait dû me tendre ta main. Elle aurait dû me faire trembler. Partir lorsque je le lui ai demandé.

Elle est venue sans peur et sans me faire violence. Messagère vaporeuse du même message: tu m’aimes encore. Comme si je pouvais l’oublier! comme si j’avais pu me laisser ronger par le vide et ne plus me laisser porter par ta voix! Elle avait les mains sur ses genoux et puis, petit à petit, elle s’est laissée happer par la nuit et a disparu. Tu es redevenu transparent,  évanoui pour toujours dans cet espace infini qui nous sépare.

Il me reste ton regard dans le mien, comme un saphir déposé sur une plage, sur notre rivière prisonnière de sa propre solitude, de son mystère et de son abandon. Là où couchés dans l’herbe, nous regardions le ciel se gonfler de promesses (je ne voyais que cela),  là où ton souffle chaud remplissait mon cœur (je ne sentais que cela). Tu aurais dû me dire que tu allais mourir, que tu ne reviendrais plus qu’à la nuit et prendrais tellement de corps différents.

Sur ta paume

 

Le jour se lève comme la brume et puis, ensuite, très lentement il commence à révéler en les caressant les arbres, les fougères et les herbes, les ruisseaux, les galets et la terre. Tout s’accomplit en silence et dans la quiétude. L’eau coule comme la lumière, la roche a la douceur des pétales de la rose blanche.

Chaque chose reçoit la place qui lui convient. L’harmonie semble pleinement dormir dans ce jardin qui ne doit être que beau. Cela suffit et le justifie.

Aux abords du ruisseau, où la lumière s’abreuve afin de mieux briller, quelqu’un contemple la beauté et son accomplissement opalescent. Dans la pénombre naissent en secret quelques suaves ivresses.

Chaque geste s’accomplit avec rondeur. Les pas du marcheur épousent les battements du cœur du rêveur. Le temps suspend son souffle et puis se répand paisiblement sur ce petit monde en le tintant de sépia ou de blanc.

Les arbres ondulent avec volupté, portent sur leurs branches comme des mains, des bouquets de feuilles ou de fleurs. L’abondance est un baume qui soulève jusqu’aux cimes, jusqu’aux cieux, les songes comme les nuages.