Aigrette

Brocken Inaglory [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)%5D, de Wikimedia Commons

Je suis une aigrette et 

pour cueillir le présent il

faut que je plonge 

mon bec dans le 

passé les pieds glacés

les plumes parfois si

proches du ciel noir et 

l’oeil inquiet en direction 

des sommets bleus que 

la neige hante on dirait que 

le monstre enfin dort la 

gueule ouverte délaissant

un instant le pouvoir

de commettre de ces gerçures

qui vous brûlent les mains et

le bord muet des mots

sur sa mâchoire on peut 

voir qu’il a encore

toutes ses dents qu’elles

ne connaissent ni le doute

ni les regrets et ne se souviennent

jamais des morts 

je suis l’aigrette et je plonge

mon bec dans l’eau sombre

à la recherche d’un écho

d’une onde légère et 

souple et blanche qui

ne soit point un poids de plus

pour mon coeur

son antre ma caverne ma

béance au milieu d’un fleuve

qui berce en ses nuits 

quelques fleurs comme des étoiles

 

Croissance

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Stunning ‘Altered Book’ by Sarah Morpeth

je ne crois pas

je croasse

je suis un oiseau de malheur

dit-on

mais heureusement je le crois pas

quand je me croise

dans un autre je vois

plumes de jais et encres violettes

qui de leurs plus belles voies

m’inscrivent dans un nid

de neiges et d’aiguilles

grappillées aux pins les plus foncés


Source image

Le faon

Dans la forêt peuplée de feuillus et de fougères

le faon son pelage la lumière

disperse ses plumes printanières

mon cœur une prairie vagabonde à la lisière

 

abandonnée aux soleils de toutes les saisons

disperse les verts et les vermillons

les jaunes dans une inaltérable explosion

 

dont le souffle prend sa source

à l’orée d’un précieux  bambou

travaillé à l’instar des purs-sangs

pour la course