Aigrette

Brocken Inaglory [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)%5D, de Wikimedia Commons

Je suis une aigrette et 

pour cueillir le présent il

faut que je plonge 

mon bec dans le 

passé les pieds glacés

les plumes parfois si

proches du ciel noir et 

l’oeil inquiet en direction 

des sommets bleus que 

la neige hante on dirait que 

le monstre enfin dort la 

gueule ouverte délaissant

un instant le pouvoir

de commettre de ces gerçures

qui vous brûlent les mains et

le bord muet des mots

sur sa mâchoire on peut 

voir qu’il a encore

toutes ses dents qu’elles

ne connaissent ni le doute

ni les regrets et ne se souviennent

jamais des morts 

je suis l’aigrette et je plonge

mon bec dans l’eau sombre

à la recherche d’un écho

d’une onde légère et 

souple et blanche qui

ne soit point un poids de plus

pour mon coeur

son antre ma caverne ma

béance au milieu d’un fleuve

qui berce en ses nuits 

quelques fleurs comme des étoiles

 

Esseulé

Goshun Matsumura 1752-1811 – River and Bridge 

À tes pieds se déploie l’harmonie

d’une rivière

comme une phrase dont les mots seraient

des cheveux de soie noire

mais tu ne la vois pas

sur ton dos

le poids invisible de la vie

tu progresses et ton rêve

s’empresse de composer

dans la brume de somptueuses montagnes

aussi souples et douces

que le corps d’une femme

mais ton esprit a déjà décidé que là

à l’ombre de ces dociles feuillages

n’était pas ton véritable voyage.