Adventice

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William Henry Fox Talbot, Wild Fennel (1841-42)

S’occuper d’un végétal
c’est presque comme s’occuper d’un poème
il existerait tout aussi bien en mon absence
sans que j’en ai la moindre connaissance
J’aménage dans la terre que j’ai nourrie
abreuvée     en toute légèreté
un habitacle à deux étages
une chambre noire     pour développer les racines
une chambre claire     pour les tiges   les épines     les feuilles
les boutons       les rejets
J’attends     je projette des floraisons
j’observe
j’imagine des constructions de feuilles
je me rends apte à comprendre un langage
qui n’est pas encore le mien
puisqu’il n’use d’aucun mot
je rectifie toujours tous mes gestes
dans un souci   de perfection
qui ressemble         au meilleur usage
de la lumière
au plus judicieux partage     de cette portion d’espace
je regarde le présent advenir

Ta bouche

Ta bouche est une feuille

qui jamais ne se détachera

de l’arbre qui l’a rendue

si tendre

des nervures pour les lèvres

des nervures pour les mots

des nervures pour le sens

et les silences

ta bouche croquante

et verte

oubliée entre les branches

qui fouettent le vent

Édifiante apparition d’un lac

Scholar Viewing a Lake
Kano Tan’yu | Japanese | 1602-1674

Le paysage se plie

à la volonté du rêve

ainsi que le ferait la brume pour la pluie

en gommant les étendues faciles et l’horizon

lac et ciel ne forment plus qu’un seul et même espace

les frontières semblent s’abolir et devenir

d’inutiles traces

l’homme est plus petit que le pas

auréolé de la libellule

la barque est comme le cil

du regard qui s’incline

la feuille suggère l’arbre ou la montagne

la réalité le mirage

Seule demeure

accessible à tes méditations

l’évanouissement éternel

du présent