Seul

4816120d338d4128513c5a3ae1fb2d2d

©Bertrand Els, 2015

Sa solitude et

tout autour

les arbres et leurs fruits

qui chantent et piaillent

les nuages qui avancent

frôlant le ciel effleurant

les collines bleues

sa solitude 

comme gravée sur un rocher

parfois s’efface

monte tel le sifflement du milan

qui cherche à atténuer

la ride que creuse inlassablement

l’appel incompréhensible

de cette voix au fond

de son corps

au teint de cendre 

Aparté

tumblr_ov8nonhP7q1v6jft8o1_540

©Bertrand Els

Et si l’écriture faisait un détour et plusieurs par toi
territoire libre et sauvage
si la blessure qu’elle désigne d’une ligne partagée avec le silence n’était pas que la mienne
mais celle partagée par tellement d’autres
tenue sous l’écorce
si l’encre ne brisait pas seulement la surface d’un miroir et n’était pas que la seule impression désignée par une introspection malade
si l’écriture n’était rien qu’un songe qui sert à départager la réalité
si l’écriture n’était que cela
utile utilisée par tous
tendrais-je encore mes poignets serrés
tenterais-je encore d’échapper
Je ne le sais pas d’ailleurs qui veut savoir


source image

Aux portes du silence

tumblr_n14qlywzQx1rn9q76o1_500

Blueline No. 4 Print By Andrea Pramuk

Aux portes du silence

le souffle doux de la mer

le gargouillis des vagues

Entre rêves et pensées

les mots dolents se laissent approcher

comme des poissons argentés

La mouvance des astres froisse l’espace

afin que naissent les marées

Des rubans bleu-foncé dessinent les contours

des courants frais et glacés

qui voient le jour dans les anfractuosités et surgissent

frissonnant à la surface de l’eau laiteuse.

Le monde n’est plus que sa faible traduction par mon regard et mon entendement

il est comme si soudain il se confiait à la pagaie qui le remue.

Le monde ou le regard?

Est-ce qu’il faut rajeunir le monde ou le regard ?… Description : Sous-titre : Logogramme Auteur : Dotremont Christian (1922-1979)

Est-ce qu’il faut rajeunir le monde ou le regard ?… Description : Sous-titre : Logogramme Auteur : Dotremont Christian (1922-1979)

C’est une écriture qui tente d’écarter de sa structure le lourd poids des mots sur les choses. Tellement d’analyses, de comparaisons absurdes et de traductions pour ne parvenir qu’à fermer la porte à l’être en lui imposant un nom, un ordre de classification, un numéro, une place livide dans une quelconque encyclopédie. Tant de tentatives d’apprentissage, de régulation de l’espoir pour ne parvenir qu’à une seule phrase comme un coup de poing dans le ventre.

C’est une écriture qui traîne, qui soupire, qui chavire, soulève et s’enflamme. Elle transporte sans pouvoir s’en défaire un attirail de symptômes, de noms tous synonymes de folie, d’hystérie féminine, de déraison. Elle étoufferait presque, elle s’embourberait si elle n’était capable à l’instar des lézards de se séparer de ce par quoi on la retient pour s’enfuir et se remodeler autrement ou semblablement quelque part. C’est une écriture de l’ailleurs, de l’indomptable, de la souffrance et de la soif.

Comme un barbelé, un dragon osseux dont il ne reste que les épines et une mâchoire sans dent, une structure épurée du passé, elle révèle tout le pouvoir du présent, de l’instantanéité, de la cruauté. Un bon de gazelle, une queue de poisson, un cil de faon, une pupille de serpent, un cri de désespoir. On la porterait presque comme un bijou sur le cœur, comme une couronne sur la tête, comme un trophée sur la mort. Cette écriture finirait par se défaire de tout et d’elle-même, se glisser sous terre, correspondre au silence, aux suicides, aux incendies si elle n’avait pas inscrit dans ses gènes cette promesse de résister, de figurer le soleil.

C’est une écriture comme une carcasse, un fourneau, c’est une pelure, une seconde peau qui donne envie de muer, de se désordonner, d’éclater. C’est une écriture qui se cabre et rue, elle n’a déjà plus l’apparence que vous lui attribuez alors que vous la contemplez. Elle s’est peut-être éteinte dans l’espace qui lui a permis d’arriver jusqu’ici pour se déclarer comme un écho, comme une étreinte. Nous sommes tous faits de poussières d’étoile et de lumière.

Montagne

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’oiseau de ta main se pose sur mon épaule

ton bras se glisse dans le mien

ton poing se love dans le creux de ma main

le papier a pris la forme

d’une montagne enneigée

les versants montrent

le cou et la clavicule d’un

être humain

il a tourné la tête

personne ne sait ce

qu’il regarde le poème

nous montre ses poignets

il faudrait suivre

les veines jusqu’

au sommet

le papier s’est froissé

entre mes mains

j’ai frôlé le silence

il me reste une blanche solitude qui se rit de moi et de mes habitudes.