Clone

Dans le ciel

il y a les points lumineux                        des étoiles

l’agitation permanente              du néant

des lueurs                      finissent de poursuivre                     des trajectoires

il y a ce qui ne porte plus de nom

qui suinte                   qui sombre                               qui se décompose

Dans le ciel          il y a le silence libre                      à l’infini

la houle dévore le temps

et à la dérive

il y a moi             arborant autant de pétales que la nue

et dans le désordre

mon acuité se clone perpétuellement

Indécis

Ebru Sidar – undecided

Je suis celui qui ne trouve plus de mot

qui n’a jamais reçu de nom

si ce n’est celui inconnu oublié

du mépris ou de l’ignorance

je suis celui dont les lèvres ne rencontrent plus de soif

dont la gorge et l’espace

des rêves sont remplis de poussières et de faits

sans intérêts

je suis celui dont les brumes et les nuits blanches

on fait un fantôme

fantasque collectionneur d’erreurs de chagrins et d’impasses

parfois il arrive qu’au sortir d’un dédale

le silence et le froid me referment

étrangement les bras

somme

Dans les buissons le vent est un fantôme

à la place de papa

une cigale

partout le soleil

plus lourd que le silence

et tout au fond de moi

ce petit poisson aux couleurs vives

qui ne veut pas rester tranquille.

un gant

Pour pleurer

il ne me reste quelques pétales

pour être émue plus qu’une âme érodée

et comme un pont tendu entre deux extrémités

cette gigantesque toile d’araignée

mutilée ma volonté

Pour m’éblouir et oublier il ne me reste plus que cette valse sombre

faisant fondre le ciel pour en récolter tout le jus

elle répond

à la nuit venue

à ma solitude moite  à ces vaisseaux conquérants

Pourtant sous les volutes blanches

presque évaporé il me reste le silence

à porter

comme un gant

Hollow

Une ombre mutilée règne comme une araignée

sur les voies que les veines suivent

pour entrer dans les poumons

elle déteint

pour ne former plus qu’un rocher

de cette région froide        l’élancement         du silence

part en spirale à la conquête de l’infiniment petit

atteint les plages sacrées de l’âme

comme une armée de lambda

Lambda-logoλ

Sidéral

Dans la nuit froide       soudain      je ne fus plus que cette pluie

de menus points de fuite

des petites neiges et lumières

artificielles

je n’avais plus que le noir pour me répandre

et le silence

pour me reprendre.

Scintillement

Dans la forêt, le soleil rode comme un chat. Une douceur féline se répand comme une onde, caresse et fait pétiller les branchages. Le temps est à peine plus léger que le vent.

Sous l’écorce, la chair de l’arbre ondule comme un ruisseau sauvage. Au cœur des troncs, dérobée aux regards, coule une rivière. Elle alvéole autour d’une vertèbre ou pousse la vie jusqu’à ce qu’elle touche la lumière et étende ses bras dans le ciel.

La forêt a le corps d’une femme que personne ne connaît et ne semble plus apercevoir.

Sous l’épine, elle crépite. Parfois, elle profite d’un ravin pour y laisser frémir comme un incendie sa chevelure verte.

Sous les caresses d’un soleil adolescent, la forêt est un tigre. Le silence s’approprie les envols et les chansons du vent. Ébloui et envoûté par des senteurs de sève et de thym, le restant du monde se laisse soustraire.

Traduit du silence—Joë Bousquet

La chambre de Joë Bousquet

Ma vie est unique. Je veux que dans la conscience de cette unité elle se fasse pensée, que cette unité où elle se pense lui soit contre elle-même le meilleur refuge.

Je veux que dans chacune de mes paroles retentisse aux oreilles des autres la liberté d’une pensée qui va d’elle-même au fond de ce que je suis.

Ces phrases issues de ma lecture matinale sont de Joë Bousquet dans « Traduit Du Silence » Gallimard, 1968. Elles m’accompagneront toute la journée, elles me sont essentielles.

Duo — Joë Bousquet

Au fond de mes yeux mon visage
comme le pain de ce qu’il aime
un diamant dans la lumière
où sa profondeur l’a plongé

Amour partagé le silence
où mon regard trop grand pour moi
attend que mon corps se balance
dans les mains libres de mon cœur

Joë Bousquet, La Connaissance du Soir, poésie/Gallimard.