Jardin

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Self Reflected (detail), 22K gilded microetching, 96″ X 130″, 2014-2016, Greg Dunn and Brian Edwards.

J’ai marché dans le jardin
bien longtemps après
que la nuit soit tombée
aucun sommeil
même pas celui du bruit
j’entendais au delà de la galaxie de ma respiration, du grincement de mes articulations et du bouillonnement interne de mon étoile
le chant infime d’une source
l’eau naissante
le gazouillis intense d’une fleur dans sa fragrance
le froufroutement de l’étoffe qui habille les pétales, les feuilles, les épines et les fruits
il
le jardin
n’est jamais seul
il
le jardin
l’accueille
ma solitude et la tienne
sans lui attribuer de nom
et même pas celui d’une quelconque et bien définie
horrible maladie

Hier, la montagne

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Hier la montagne

flottait             dans le ciel et se déplaçait

vaisseau somptueux

aux rythmes lents
et souples des nuages

un peu d’écume dans les cheveux
et de glace dans les yeux

la montagne hier

était     de passage

son désir était-il vraiment
de partir

de disparaître

de vague en vague

hier la montagne

voulait apprivoiser les ombres
comme le jade

Eucalyptus

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Solar Eruption and a Flare, May 2010

Dans le maquis     il y a toujours cet olivier qui quand le vent vient     ressemble à une source
Ses feuilles s’écoulent     comme les ondes vertes des fontaines en gloussant
Peut-être que quelque part     sous ses pieds
Loin entre les racines         venu de la colline         vit un ruisseau
Dans la forêt de pins     les eucalyptus servent de lisière
ils n’embaument pas que l’ombre
le soleil         emporte quelques vagues senteurs
au large
je ne sais plus très bien si         l’écho est celui qui provient
de l’écume contre les rochers
ou         des écorces qui tombent en lambeaux des troncs
sur les sols recouverts d’aiguilles et de vieilles souches
mentalement     entre ces univers     il existe un ruban odorant et phosphorescent
ou         naissent et grandissent     les aurores
parfois je suis étonnée         d’apprendre que la frontière n’existe que pour moi
que tout est incroyablement simplifié unifié par une croyance
une théorie universellement reconnue
parfois je prends conscience du poids d’un poème
sa voix est inouïe
elle a ce goût mentholé qui ouvre
l’espoir en même temps qu’il découvre         l’immense territoire
de la solitude.

Aval

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Tiger Eye by Lindo derin

Tu observes la pluie
rythmer la lente dérobade du ciel
chaque larme découpe un peu de clarté
observer est tout ce qu’il te reste à faire
longtemps
déjà
que tu as compris que rien ne changera
ton statut d’ombre
est-ce toi qui patiemment a choisi cette couleur
de jais
avant que ne cesse complètement la première vague de pluie
comme une étoffe trop généreuse ne peut se contenter
d’être simplement le rideau qui cache la scène
tu t’en vas
voilà
la pluie a cessé de procréer
plus personne ne voit
ce que regardaient
tes yeux de jade.


Source image: lindo derin

Le soleil

Spicules of Light – Alan Jaras. Analog image formed directly on film without the use of a camera lens. Image is a refraction of light patterns passing through formed and shaped plastic.

Sous les herbes le soleil

semblable aux colonnes

de fourmis qui

au lieu de désagréger la réalité

en emportent çà et là

les éclats

les plus brillants

dans un chaos qui n’est qu’apparent.

Mystères éblouis d’un mouvement

qui propage au même instant

que le caillou s’enfonçant lourdement

vers les sombres profondeurs de la disparition

des cerceaux de lumière

à la surface de l’univers qui l’engloutit

Audace

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Le ciel au goût de perle se pose sur les feuilles

Que se partagent les merles, les sittelles et le vent

L’allure vaporeuse de la mer dans les mains du soleil ?

Le duvet argenté qu’arbore si fier le mur végétal à son front?

 

Tous les buissons sont sertis de fruits aux saveurs de citron

Toutes les hampes florales portent des bourgeons

L’écume se fait plus légère que l’air

Se répand son regard d’aigue-marine

Jusqu’aux cœurs dévoilés des pensées

Joan Miró ( « Je travaille comme un jardinier »)

Miro, Constellation 20 Le bel oiseau déchiffrant l'inconnu au couple d'amoureux.
Miro, Constellation 20
Le bel oiseau déchiffrant l’inconnu au couple d’amoureux.

Je suis l’oiseau

mais

je me vois au travers des yeux du chat

son sourire hypnotise ma peur

moustaches et griffes sont les signatures d’une possible brûlure

mais

mon vol recherche au delà de tout l’équilibre

ma voix le souligne de cris noirs épars

ma pupille épure l’espace infini en autant de constellations

d’un point à un autre

se dessine le visage

de l’aimé

profil lunatique

nos regards portent l’élégante énigme des astres

et nous mesurons la force de la parole que nous nous donnons

et qui pourtant s’envole

aux pieds des étoiles

naît ce langage du cœur et de l’esprit

au quel je donne volontairement ton prénom

Lait

Day & Night – water study by Owen Silverwood

Dans le cadre de la fenêtre, comme au centre d’une arène,

les nuages s’avancent et se préparent à mettre en lambeaux

un infime morceau du ciel.

Il s’étire comme un chat,

ouvre sa gueule,

montre la langue et crache des bouffées de lumière

mais la pluie efface jusqu’aux traces

des griffes sur l’écorce des arbres.

·

La guerre est loin d’être finie.

Toute une armée est en marche sous ces cuirasses grises.

Des continents imaginaires répondent à la tectonique des plaques.

En rêve,

j’essaye de dessiner des cartes.

Quelle caravelle galoperait sur les vagues paysages lactés dont les colères sont imminentes ?

En silence,

l’espace mange le temps, gobe les visages et les noms

que je donne aux secondes.

Mes pensées se vaporisent.

Il ne manquerait plus que je me mette à pleurer.

Oublier n’est finalement pas si facile.

·

Quand vient le soir et que le soleil se décide enfin à parler,

dans cette partie réservée du ciel

qui est devenue une toile,

un palais de glace accueille la danse orange des nuages,

l’écume rose des vagues.

Le désordre exilé ronge les contours des îles nuageuses

avec férocité. La nuit naît.

·

La lune me donne un peu d’espoir en me laissant boire une larme de son lait .

Nocturne

Nocturne, huile de Max Ernst (1891-1976, Germany)

Dans les jardins la nuit

seuls les bruits sont des plantes

les branches se répandent

comme les chevelures urticantes

des méduses dans le ventre des vagues

Dans les jardins le vent nuit

au silence il avance en froissant

les ailes des fougères

les sépales s’envolent

les iris jaunes et or miaulent

sur la voûte naissent des cailloux blancs au goutte à goutte

ils attendent

qu’un oiseau les picore et les goûte

Dans les jardins la nuit épouse les chants de la mer

mais repousse l’idée d’enfanter

éternellement les vagues

l’épine en grimpant jusqu’à la rose

retient la rosée nocturne en lui attrapant les pieds.

Ta merveilleuse planète

Max Ernst
Max Ernst

Tu regardes la mer s’azurer accoudé à quelques souvenirs

je te regarde ma main sur ton épaule ma tête posée sur l’autre

et je me dis que tu es soleil et que j’aimerais être paysage au couchant

mais je suis fantôme et mes baisers n’ont aucune substance

pas la force qui pourrait réchauffer ton cœur quand il se glace

face à la mort qui te montre le poignard qu’elle a planté dans tous ceux que tu aimes

tu sifflotes car l’or apposé à cette fin de journée comme à la tranche d’un livre de magie

remplit le gosier de l’oiseau rossignol

sa petite pupille brille dans les larmes que ton âme produit afin de toujours

faire reluire la réalité

de cette indéfinissable beauté qui t’alimente en secret

ta voix s’envole vers le col des montagnes dont tu sens grandir

dans ton dos les impitoyables ombres noires

tu frissonnes et lorsque tu t’apprêtes à rejoindre ceux qui haussent les épaules

en te rappelant l’amer goût du néant

je te retiens en murmurant à ton oreille

il est encore tant

à rêver