Aux chats

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Life’s a Stretch- Lynn Smith Stanley @Sliverpoem Studio

La nuit cette étrangère refuse de passer ma porte

ouverte

elle siffle et grince de tous les insectes qui l’habitent

ivres

ils  préfèrent être

entendus plutôt que vus et

dévorés

la nuit est fraîche la pluie est encore sur la colline et la lune est de ce côté-là.

la nuit danse ou marche  ou est-ce    sa soeur la mer

qui jette vers la lumière des papillons d’écume

soudain gracile

la petite féline fait son entrée

elle trottine vers la cuisine où des parfums alléchants de nourriture

l’attendent

elle mange

et puis part 

la nuit a quelque chose à lui dire

le secret hallucinant qu’elle réserve aux chats

seulement

La pluie

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Bertrand Els©

La pluie est venue peu à peu 

elle descendait des collines

après avoir longtemps séjourné

en silence en mer

elle en avait oublié ses pouvoirs

sa voix cristalline était devenue presque

aussi grave que l’orage

ses gouttes avaient la force toute petite

des griffes du chaton ou de l’oisillon

mais son regard était toujours celui

du grand vautour noir

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Bertrand Els©

la pluie la pluie la pluie petite chose

sincère droite régulièrement secouée et troublée

sorcière aux sorts sertis de larmes elle redonnerait

la parole à l’eau trop calme de l’étang

à la terre qui s’étend jusqu’au delà du désert

Pour la feuille tombée réduite à l’état 

si proche de la poudre

il est trop tard

la pluie ne fait qu’adoucir un peu la mort


Instagram de Bertrand Els

Disparition

Phthalo Blue X-Ray, Self-Portrait, oil on canvas, Alison Van Pelt

 

Comme le seul fruit
pendu au bout de la branche
désespérée
la parole qui n’a pu se libérer
de ma nescience magnétique

Dans le ciel ignorant le soleil se baigne
et s’éclabousse de lumière
à la manière d’un jeune enfant
soudain l’éclaircie provoque en moi
une tempête invisible
mon cœur est soufflé
par l’onde de choc d’un ras de marée

Bleues éblouies les montagnes enneigées
naissent d’une rencontre entre le silence
des abysses et celui des surfaces effleurées
par la vie
seul fruit suspendu au dessus du vide
à la place du bourgeon un tarissement

Jardin

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Self Reflected (detail), 22K gilded microetching, 96″ X 130″, 2014-2016, Greg Dunn and Brian Edwards.

J’ai marché dans le jardin
bien longtemps après
que la nuit soit tombée
aucun sommeil
même pas celui du bruit
j’entendais au delà de la galaxie de ma respiration, du grincement de mes articulations et du bouillonnement interne de mon étoile
le chant infime d’une source
l’eau naissante
le gazouillis intense d’une fleur dans sa fragrance
le froufroutement de l’étoffe qui habille les pétales, les feuilles, les épines et les fruits
il
le jardin
n’est jamais seul
il
le jardin
l’accueille
ma solitude et la tienne
sans lui attribuer de nom
et même pas celui d’une quelconque et bien définie
horrible maladie

Hier, la montagne

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Hier la montagne

flottait             dans le ciel et se déplaçait

vaisseau somptueux

aux rythmes lents
et souples des nuages

un peu d’écume dans les cheveux
et de glace dans les yeux

la montagne hier

était     de passage

son désir était-il vraiment
de partir

de disparaître

de vague en vague

hier la montagne

voulait apprivoiser les ombres
comme le jade

Eucalyptus

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Solar Eruption and a Flare, May 2010

Dans le maquis     il y a toujours cet olivier qui quand le vent vient     ressemble à une source
Ses feuilles s’écoulent     comme les ondes vertes des fontaines en gloussant
Peut-être que quelque part     sous ses pieds
Loin entre les racines         venu de la colline         vit un ruisseau
Dans la forêt de pins     les eucalyptus servent de lisière
ils n’embaument pas que l’ombre
le soleil         emporte quelques vagues senteurs
au large
je ne sais plus très bien si         l’écho est celui qui provient
de l’écume contre les rochers
ou         des écorces qui tombent en lambeaux des troncs
sur les sols recouverts d’aiguilles et de vieilles souches
mentalement     entre ces univers     il existe un ruban odorant et phosphorescent
ou         naissent et grandissent     les aurores
parfois je suis étonnée         d’apprendre que la frontière n’existe que pour moi
que tout est incroyablement simplifié unifié par une croyance
une théorie universellement reconnue
parfois je prends conscience du poids d’un poème
sa voix est inouïe
elle a ce goût mentholé qui ouvre
l’espoir en même temps qu’il découvre         l’immense territoire
de la solitude.

Aval

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Tiger Eye by Lindo derin

Tu observes la pluie
rythmer la lente dérobade du ciel
chaque larme découpe un peu de clarté
observer est tout ce qu’il te reste à faire
longtemps
déjà
que tu as compris que rien ne changera
ton statut d’ombre
est-ce toi qui patiemment a choisi cette couleur
de jais
avant que ne cesse complètement la première vague de pluie
comme une étoffe trop généreuse ne peut se contenter
d’être simplement le rideau qui cache la scène
tu t’en vas
voilà
la pluie a cessé de procréer
plus personne ne voit
ce que regardaient
tes yeux de jade.


Source image: lindo derin

Le soleil

Spicules of Light – Alan Jaras. Analog image formed directly on film without the use of a camera lens. Image is a refraction of light patterns passing through formed and shaped plastic.

Sous les herbes le soleil

semblable aux colonnes

de fourmis qui

au lieu de désagréger la réalité

en emportent çà et là

les éclats

les plus brillants

dans un chaos qui n’est qu’apparent.

Mystères éblouis d’un mouvement

qui propage au même instant

que le caillou s’enfonçant lourdement

vers les sombres profondeurs de la disparition

des cerceaux de lumière

à la surface de l’univers qui l’engloutit

Audace

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Le ciel au goût de perle se pose sur les feuilles

Que se partagent les merles, les sittelles et le vent

L’allure vaporeuse de la mer dans les mains du soleil ?

Le duvet argenté qu’arbore si fier le mur végétal à son front?

 

Tous les buissons sont sertis de fruits aux saveurs de citron

Toutes les hampes florales portent des bourgeons

L’écume se fait plus légère que l’air

Se répand son regard d’aigue-marine

Jusqu’aux cœurs dévoilés des pensées

Joan Miró ( « Je travaille comme un jardinier »)

Miro, Constellation 20 Le bel oiseau déchiffrant l'inconnu au couple d'amoureux.

Miro, Constellation 20
Le bel oiseau déchiffrant l’inconnu au couple d’amoureux.

Je suis l’oiseau

mais

je me vois au travers des yeux du chat

son sourire hypnotise ma peur

moustaches et griffes sont les signatures d’une possible brûlure

mais

mon vol recherche au delà de tout l’équilibre

ma voix le souligne de cris noirs épars

ma pupille épure l’espace infini en autant de constellations

d’un point à un autre

se dessine le visage

de l’aimé

profil lunatique

nos regards portent l’élégante énigme des astres

et nous mesurons la force de la parole que nous nous donnons

et qui pourtant s’envole

aux pieds des étoiles

naît ce langage du cœur et de l’esprit

au quel je donne volontairement ton prénom