Pour disparaître

Capture d_écran 2018-09-26 à 13.59.05
© Bertrand Els @hardcorepunkbf

hier la lune derrière la colline

donnait aux nuages une ombre ourlée de lumière morte

qui les portait jusque loin au dessus de la mer

hier la lune creusait le ciel

en cavait le regard

hier derrière la clôture j’ai retrouvé ton corps

tes yeux de jais ces deux perles merveilleuses

avaient été remplacées par le mot mort

hier j’ai vu qu’il manquait quelque chose

la vie ne portait plus de carapace

inutilement la vie s’était ralentie

et puis

t’avait laissée

une souffrance une faim

une soif non éteinte rodaient encore pas très loin

j’avais envie de protester mais quelques vagues

et l’odeur des algues broyaient mes larmes

Demain j’aurais la force de te trouver un cimetière

une tombe près de l’automne 

mais la force je ne l’ai pas je ne l’ai jamais eue

j’ai refusé de te laisser mourir 

j’ai ramassé toutes les herbes sauvages

avec l’espoir qu’elles te serviraient de ciel

pour disparaître

l’automne

L’automne est un alezan dont la robe oscille du fauve à l’or orangé. Son trot ample et souple réveille le ciel évanoui dans les prairies.

L’automne est une pomme juteuse qui a succombé aux délires d’un soleil fou à lier. Ses parfums vont du blanc-fleur au blanc moqueur des cieux sans faim.

L’automne est un fantôme qui rode dans les champs, sur les rives des rivières. Partout on respire son manteau ouaté et humide. Il fait peur.

L’automne est un chat qui grimpe aux cimes des arbres et ne veut plus redescendre. Il ronronne ou miaule toute la nuit. Il nous regarde de son œil jaune avant de nous montrer la pointe nacrée de ses griffes sauvages.  

L’automne est un géant qui craque comme des noix les os morts des arbres devenus sourds.

L’automne est un incendie, une pluie, une toupie qui tourne sans fin.

Et moi, je suis las, tellement las de tout cela.