Imperceptiblement

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la nuit n’a ni
visage ni mains
juste un corps et de vagues jambes
qui ne la portent presque pas
brune brumeuse elle bruit
déjà naissent les premières paroles du jour
un bus passe sans ralentir
la route noire luit
les arbres s’efforcent au silence
au loin l’air tremble
je me tiens là debout à peine
éveillée


Source image

Mais oui, bien sûr!

Ses mains aux ongles de nacre rose sont posées sur le lac immaculé du drap qui le borde jusqu’au buste. Je viens de lui signaler que la lune ce matin a déposé son tout petit baiser sur ma joue. Il dort. Il n’entend rien. Il ne sait pas qu’elle était rousse, que son visage illuminé semblait frôler la cime des arbres gelés.

La mort est en train de faire un nœud dans ma gorge, je ne veux pas qu’il me voie pleurer. J’ai peur, j’ai froid.

Devant le médecin, voilà qu’il se transforme en statue. Il ne dit rien, il ne répond rien comme s’il était déjà parti.

Ma main le retient : «  dis-moi, puis-je revenir demain ? »

Nocturne

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Un nuage habite le lac

on voit la silhouette volatile d’un fantôme

qui nage

ses ailes de Noctule

cherchent à protéger

le visage de la lune qui se baigne dans la nue.

Songes

Japanese paper artist Nahoko Kojima

Mes larmes

parcourent un espace pour le suspendre

à un fil de soie comme le corps de l’araignée

comme le songe à la matière qu’il est censé toucher.

Mes larmes, étoiles lointaines qui sanglotent

algues et chevaux de lumière subissent

aléatoirement les lames de mon âme

laissées à elles-mêmes

elles ne sont ni racines, ni raisons

elles signent mes perceptions – seraient-elles à ce titre des mensonges ? –

Elles tracent les rides sur mon visage

se creusent un lit comme celui de ces rivières fantomatiques

dans les déserts

mes larmes transportent la transparence de mes émotions,

leur inutilité est souvent

évidence

mais mes larmes me lient tendrement

à cette chose en moi qui s’efforce d’avancer à contresens

Fictif

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Je croyais qu’entre toi et moi

il ne restait pas qu’un espace vide,

que tu voyais que ma main

effleurait tes silences

t’attendait en retrait avec la patience

limpide et solide du cristal.

Les plumes légères de tes ailes

sont devenues des griffes,

elles ne protègent plus

tes sentiments fantomatiques

tu n’as plus de visage,

voilà que je l’efface facilement.

Sont nés de ton labyrinthe de non-dits

des vieilles rancunes,

des espoirs déchus.

Tu n’aimais plus que gouverner

mes heures.

Voyais-tu encore seulement que j’existais

à la manière des anges et que mes plumes

servaient à me décrire en transparence ?

À quelles paroles as-tu prêtées plus d’importance ?

La forme la plus simple d’aimer

est la sincérité.

Alors, je me suis envolée à tout jamais

sans éprouver le moindre regret de m’être gaspillée rien

que pour toi et cette île au trésor qui n’existe pas.

Je croyais vraiment que tu te consacrais à la construire.

Je ne suis plus une colère,

le fantôme qui tremble

de ne pas correspondre aux moules

dans lesquels je ne faisais que fondre

en larmes

comme les déchets d’échecs en échecs

de dépressions en dépressions.

Aujourd’hui

je monte et te démonte.

Je suis désormais si loin de toi

que je ne reviendrai pas.

Il n’y a plus de haies

nerveuses du piaillement

de moineaux qui se disputent

un morceau de faux printemps

ni de passants perdus

qui pourraient me parler

de celui que tu es

vraiment devenu

à côté de quelques cendres

et de ce magma noir qui a

tellement vieilli qu’il est devenu

dur.

T’es-tu seulement aperçu de ce que tu as perdu ?

Assoupissement

Romance XX, 1989, pastel on paper, 18 x 24"Romance XX, 1989, pastel on paper, 18 x 24" Peter Alexander
Romance XX, 1989, pastel on paper, 18 x 24″
Peter Alexander

Petit geste doux et rond de la nuit

tu me rappelles celui

qui enfant me baisait le front

et regardait du bord de mon lit

le sommeil peu à peu se poser

sur mes paupières sur mes lèvres

et allumer mon visage d’une lueur

identique à celle de la lune

Déferlement

3 Minute apology letter drip painting by George Valdez

Ce jour-là, j’avais décidé de sortir, d’aller au devant de la vie, de marcher dans les rues, de devenir une autre personne. Ce jour-là, je voulais faire comme si la lumière seule se frayait des chemins de lumière, comme si l’épaisse lourdeur n’avait creusé ses lits, façonné les portraits de la laideur en mon propre for intérieur. Faire comme si je ne savais pas que les pactes ne sont que des feuilles de papier que l’on broie, que le monde ne tient pas toujours ses promesses.

Ce jour-là, je voulais boire à cette source noire, cette voix qui murmure comme l’eau de la pluie quand elle caresse les troncs de ces arbres qui durent. J’ai bu. C’est vrai, cela vous fait mourir. Cela vous fait comprendre que la mort et l’oubli se ressemblent. Vous ne souffrez pas, vous n’éprouvez pas le moindre remords. Vous dormez et vous vous videz très lentement de vous-même.

Ce jour-là, j’ai donc erré dans une ville enfouie dans les brumes, traversée par la pluie, construite en plein cœur de mes larmes. Une ville où les rues dégoulinent et où les avenues portent le nom d’un souvenir, l’empreinte d’une chose qui vous ressemble. Je n’ai pas voulu croire qu’il s’agissait réellement des artères de ma vie car jamais je ne me suis sentie vraiment vivre, les événements me tombaient dessus, je n’avais qu’à subir. Ma vie réelle ne se souvient de rien, elle est courte, furtive, ne se croit pas éternelle, elle ne fabrique pas de souvenir.

Les sensations avaient cessé de faire leurs nids dans mon cœur. Je ne cherchais plus à élucider une vérité qui toujours m’échapperait. Je ne souhaitais plus trouver des correspondances, nouer des contacts, élaborer une science, participer à la construction d’une théorie. J’étais limpide, nettoyée. J’étais comme morte et dénouée.

Ce jour-là, lorsque je me suis réveillée, un visage me regardait. Il était fatigué ce visage, fatigué d’avoir brassé des cœurs, ordonné des sauvetages, plâtré des jambes, suturé des plaies, apaisé des peurs, suspendu des douleurs. Il n’allait plus me retenir ce visage puisqu’il se croyait vainqueur, il m’avait redonné la vie. Il allait avant de me relâcher dans la ville, ce visage, il allait juste me faire signer un papier.

Sursaut gamma

γ

Au rythme halluciné

et méthodique de ton cœur

ta disparition progresse

γ

lentement les voies tracées

dans les labyrinthes de tes pensées

se taisent

γ

parfois tu te soulèves

avec la force d’une marée

parfois tu recules

maintenu prisonnier

par ce fil plus tenu qu’un cheveu

de nouveau-né

γ

si tu respires c’est que tu vis

encore

γ

peu à peu

ton visage se fond

tes contours se défont

tu aspires parfois à devenir

plus noir que cette béance

au fond de l’être

se secouant avec répugnance

γ

tu vas disparaître

disproportionné

rompu

sans te résoudre

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Duel

En partant de la cime de moi-même et passant par mon visage, mon torse, mon ventre, une faille me lézarde et fendille joliment mon sexe. D’un côté de la frontière qui me parcourt comme une rivière, je suis garçon, de l’autre côté, je suis fille et en mon cœur, c’est difficile à déterminer. Je vagabonde, j’hésite, j’oscille le long de cette chaîne rocheuse enneigée. J’aimerais ne pas devoir toujours choisir. J’aimerais porter un prénom qui ne me dise pas non et me laisser bercer par ma binarité.

Parfois aux confins de moi-même, je redécouvre un résidu du temps où je ne formais qu’un, du temps où mon genre n’avait pour centre pas encore l’Homme. Petit ballon flottant dans le vide comme dans un liquide, une croix noire ne barrait pas le passage à mes voyages, aucune plage ne faisait mourir mes vagues.

C’est de cette île résiduelle que je pars pour oser poser mes regards au delà de la déchirure, c’est de ce point comme un nombril que je me lance vers l’être humain mâle ou femelle comme si enfin je pouvais être consolé d’être bancale. Mais il arrive toujours hélas cet instant où le silence comme un lâche me remet face à mon doute insoluble comme si il était encore possible de redistribuer les cartes. Il vient toujours quelqu’un pour poser cette question dont je ne connais pas la réponse : « mais qui es-tu ? »