enjeu

Foliage and Clouds, Brussels, September 2015-Bertrand Vanden Elsacker-BVDE

 

De la mer

on dirait qu’il ne reste

que quelques traces de sel

elles se répandent sur cette

partie de la toile

entre deux collines

appelée ciel

Des fantômes

pour se souvenir

un cortège pour célébrer

silencieusement

un voyage

immobile

le temps

murmure longuement

chaque seconde

d’une main à l’autre

valsent des osselets

attendons qu’ils se lancent

Petits éclats

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa nuit je crois que les arbres s’enflamment mais ce n’est que le vent

tout autour du sommeil il construit avec des brindilles prélevées aux hautes chevelures vertes et dorées le rêve que je navigue les mots

Le jour entre deux chants les arbres portent le ciel le vent et sa meute de loups contemplent comme je le fais les vagues

l’une d’entre elles s’élance et déploie des ailes d’écume ou de neige

toutes tentent la même prouesse

sur la plage il semble que le sable retourne aux étoiles emportant comme de petits éclats de miroirs les villages cramponnés aux montagnes

cet incendie me fascine et avec lui toutes ses traductions symphoniques

même s’il n’existe aucun instrument qui me dise ce que sont réellement les tempêtes

,

Pour le vide

La mer est absente, elle est de sortie. Est-elle lasse de répondre à mes questions et de m’en poser d’autres, comme on pose une fleur coupée du jardin sur le plateau du petit-déjeuner?

La remplace un lac docile couleur argent. Mais je sais bien qu’il restera muet car seulement lui plaît de lisser ses plumes et de roucouler lorsque du regard je caresse doucement son duvet. Il n’est pas envie de s’envoler.

Plus de vague, les rives commencent à se flétrir comme les feuillages des plantes qu’on oublie d’abreuver. Les rochers soudain me semblent avoir oublié leurs colères magmatiques qui datent depuis leur naissance lointaine. Tout ce qui se serait produit là entre deux mondes, l’un marin, l’autre terrestre a été mis en suspend. Les conversations, les gloussements aquatiques, les cris des oiseaux, le chant des courants, le grincement des grains de sable les uns sur les autres ont disparu…

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À chaque instant

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nir hod  Via  Fooling The Silence// Danielle Borremans

Rien de plus solide qu’un rivage
ses dentelles qui nagent et passent
de nuage à l’état de vague
inlassablement
et pourtant pour moi
qui l’escalade du regard
je sens que la roche bouillonne encore
et mord chaque instant
se fossilise son rapport à l’air
invisible
quand le soleil se pose
la rive rougeoie
la roche rugit comme la braise qui passera
sous peu à l’état de cendre et puis à celui
de la poussière qui n’existe presque pas
rien de plus convenu que ma question
son déferlement récurrent
acharnée et maladroite
et pourtant pour moi
qui la porte dans l’âme
je sais qu’elle dépense l’espoir
pour boire quelques fragments
d’une lucidité qui à chaque instant
s’évapore à la manière des étoiles


Nir Hod

Je vois le jour naître

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Affresco romano giardino pompei via wikipédia

 

Je vois le jour naître
Deux galets vert gris

°
Polis pour désigner
L’oiseau doux

°
Viennent à intervalles réguliers
Picorer des graines de soleil

°
Je vois le jour naître
Sans laisser la moindre
Empreinte à la surface de l’eau

°
Je vois le jour n’être que
Le vent dans les roseaux

°
Une voix s’essouffle
Et murmure:

« Le temps ne s’écoule pas,
il n’est pas une rivière. »

hululement

Tyto alba (Audubon)

Jean-Jacques Audubon [Public domain], via Wikimedia Commons

La nuit venait de naître
quelques étoiles voulaient
se mirer dans la mer
le ciel violet volait
au dessus du jardin
quand brassant le silence
de ses grandes ailes
crémeuses une chouette effraie
me rappela que pour le mesurer
depuis bientôt quarante mille ans
le temps les hommes se servent
d’instruments qui permettent
parfois d’imiter avec une précision
qui arrache les larmes
un hululement.

S’écrire

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Bertand Els via https://elsacker.tumblr.com/post/162509606291

J’entre en cet endroit où
Néant Vide Silence
s’élancent sans trouver le moindre sens
le mot se laisse remplacer par la feuille
ses dents sa chair mangent la lumière
pour tordre l’univers seulement des branches
aux gestes involontaires
elles ne dirigent aucun orchestre
seul mon esprit rampe et cherche une voie
où pourra serpenter mon rêve et penser que
le venin d’une morsure se mue en sève

Jardin

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Kerman ‘vase’ carpet fragment, southeast Persia, early 17th century. 1.96 x 3.06m (6’5” x 10’1”).

Juste avant que la nuit fasse son entrée dans le jardin
une rose s’est évanouie
comme pour donner le signal
Un bref instant j’ai eu l’impression qu’un oiseau blanc
se laissait tomber de la branche pleine d’épines
Ensuite peu à peu se sont mélangés les parfums
des fleurs et de la terre se gorgeant de fraîcheur et d’humidité

Les oiseaux ont cessé leurs chants
les appels se sont tus et le long des murs
sont apparues les silhouettes gracieuses de jeunes geckos
Le chat est redevenu le félin égyptien
logé tout en haut de la pyramide alimentaire

Dans le ciel sautant d’une étoile à une autre
les pipistrelles affleuraient le néant et cueillaient
parfois quelques gorgées
d’eau sans laisser derrière elles
la moindre empreinte sur la surface
Le silence avait pris de l’ampleur
plus rien pour le froisser pas même
la démarche pleine d’énigmes
du sphinx dont on devinait le profil
parfaitement découpé dans une étoffe plus sombre
Le vol floconneux d’une chouette me rappela un instant
l’existence presque oubliée d’une brûlante blessure
L’angoisse de vivre et celle forcée de devoir reconnaître le passé.

Sisyphe

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©bertels via https://elsacker.tumblr.com/archive

Il s’est représenté comme dans un rêve sa propre chambre
assis face à la petite table un homme chapeau noir est en train d’écrire
penché vers l’avant on sait qu’il ne peut voir son écriture qui grignote la feuille comme des termites le bois
il ne lit pas que la chambre se délite au profit d’une forêt
traits et rainures
corbeaux d’ébène
il ne vit pas ailleurs que dans sa solitude
parfois il la déteste souvent elle l’inquiète pourtant il sait que salie par les regards désapprobateurs d’une partie du monde celle qui occupe vaguement les humains, il sait que sa solitude est solide comme les jades couleur gras de mouton et les agates dont le cœur est la représentation exacte du temps qui passe et puis se fige.
Il regarde l’homme son opiniâtreté à inscrire son ombre il voit en lui un ami une âme qui se consacre à gaver les lits des rivières de petits corps célestes qui peut-être ne se volatiliseront pas complètement après l’impact.

Évagation

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©Jean Pierre Bourquin

Aller jusqu’au bout de moi sans
avoir même le droit de penser
y parvenir
là faire une pause s’assoir sans
plus voir ici
aucune jambe malade
regarder
comparer l’infini
gardé en mémoire

partout des voies ourlées par les vagues
dessinent aux
certitudes volcaniques du jeu qu’est la durée
des corps des visages de statue

aller les ailes devenues un fardeau
sur les chemins d’un retour
sans parvenir à joindre ses pas
à leurs empreintes
aller l’ombre entaillant l’espace qu’explore
inlassablement le soleil