Fêlure

The Cave of Altamira source image

La nuit sombre

jusque dans le jardin

l’échine d’un taureau sue

la colline caressée par la brume 

jusqu’à l’extinction de la croupe

la corne de l’animal comme une lune disparue

en mer en silence

il ne reste que quelques étoiles

pour grignoter le ciel quand soudain

le félin feule en bondissant de la fenêtre

qu’un trait de lumière avait laissée entrouverte 

Messagère

徐悲鸿_鸟
Painted by Xu Beihong View paintings, artworks and galleries at Chinese Art Museum. Learn about Chinese history and art at China Online Museum.

Mille gouttes sur la vitre

que regarde le ciel

mille petites planètes de vif-argent

miroitent

la procession des nuages s’éternise

dans ces univers 

ciel et mer semblent encore unis

s’aiment et s’entremêlent

une pie soudain 

essaye de picorer les univers argentés

et me révèle que la pluie vient de se taire

elle l’écoute dicter le nouveau rythme

de la prochaine marée de mots et de larmes 

Déterminant

©Bertrand Els

Il y a le petit mouvement ronronnant 

Du monde tel qu’il progresse 

Ailleurs 

Une horloge qui dicte à qui veut l’entendre 

Que tout va bien 

Que c’est dans l’ordre des choses 

Mais toi tu t’inquiètes 

Invariablement 

Car tu sens que la vie s’échappe 

Que tu échappes à tout ce qui la détermine 

Et tu as peur

Tellement

https://blackestbackground.tumblr.com/post/67082799987

Tellement de tigres de crocs de griffes
si peu de langues roses de dents de lait de marbrures délicates
qui vous préservent des regards

un langage de nacre s’est répandu comme du lait de la babine à la gorge a passé par les pattes et les petits coussinets est revenu dans le miaulement et les longues moustaches


tellement de tigres de crocs de griffes
de cris plus rauques les uns que les autres
Juste cette unique place rousse dans le pelage plus douce que les mousses à l’ombre des arbres et à l’orée des vagues

pour faire entendre une voix qui vibre


telle celle du vent tellement ce qu’il contient est vague et lointain

Glacial

image trouvée ici

Dans la soucoupe 

L’eau de pluie tombée la nuit

regarde le ciel

L’ombre de l’arbre s’ébroue 

Le chat 

Passe par là par hasard 

Trempe la langue dans le breuvage 

Un goût de roche et de lichen 

De terre et de neige éternelle

Le glace

concoction

Kunizo Matsumo-Notebook

Les simples et ordinaires mots de sa langue
ne lui suffisent pas
il aimerait peut-être renaître à l’instant d’avant
l’implosion
des sensations et saveurs premières


soupes de syllabes et concoctions de sons
dépourvues de sens sont ses phrases
mille lectures ne les réparent

ornières les points de suspension
portes fermées les virgules et les parenthèses
oeil-de-boeuf les annotations les références
il ouvre et ferme les guillemets mais
le poisson s’étouffe
les mots toujours et à jamais refusent l’illusion
du poème 

Quand tout cela est arrivé

Georges BRAQUE (Argenteuil, 1882 – Paris, 1963) DELOS Filigrane de bronze gainé d’or Numéroté 4/8 H. 220 cm, L. 190 cm (sans le socle) 

De l’île de l’épaule qu’elle dépose sur l’horizon de ce mouvement
qui m’indique qu’elle nage encore l’île qu’elle n’est pas un mirage
il ne reste qu’un lambeau de ciel plus clair
Partie en fumée la montagne transformées en nuages les rives
Alors que j’ouvre la porte pour le chat afin qu’il sorte
et
parce qu’il ne sait pas que tout a disparu
du jardin de dessous l’olivier s’envole
le grand oiseau noir- la frange de ses ailes est dorée-
qu’a donc cet animal picoré en l’absence des divinités
qui dormaient encore sur tous les sofas
quand tout cela est arrivé

Plus d’info sur la sculpture: ici