
Un cheval limpide
dans la cage thoracique
à la place du coeur
son galop impermanent
dans les veines le vent dans les crins
quelques vagues l’écume
et au plus profond de l’obscurité son regard
et la brûlure du mot qui nous sépare

La nuit sombre
jusque dans le jardin
l’échine d’un taureau sue
la colline caressée par la brume
jusqu’à l’extinction de la croupe
la corne de l’animal comme une lune disparue
en mer en silence
il ne reste que quelques étoiles
pour grignoter le ciel quand soudain
le félin feule en bondissant de la fenêtre
qu’un trait de lumière avait laissée entrouverte
Sur la branche la fourmi
avance comme un empereur
dans son palais
il est seul
elles sont des milliards
Sous la peau son coeur
déferle
mais au fond
toujours plus clairsemés
ses mots
où le poème devient
abyssal
comme si
contre sa véritable volonté
s’était nouée
avec l’habitude de se confier
au silence
une alliance

Mille gouttes sur la vitre
que regarde le ciel
mille petites planètes de vif-argent
miroitent
la procession des nuages s’éternise
dans ces univers
ciel et mer semblent encore unis
s’aiment et s’entremêlent
une pie soudain
essaye de picorer les univers argentés
et me révèle que la pluie vient de se taire
elle l’écoute dicter le nouveau rythme
de la prochaine marée de mots et de larmes

Il y a le petit mouvement ronronnant
Du monde tel qu’il progresse
Ailleurs
Une horloge qui dicte à qui veut l’entendre
Que tout va bien
Que c’est dans l’ordre des choses
Mais toi tu t’inquiètes
Invariablement
Car tu sens que la vie s’échappe
Que tu échappes à tout ce qui la détermine
Et tu as peur

Tellement de tigres de crocs de griffes
si peu de langues roses de dents de lait de marbrures délicates
qui vous préservent des regards
un langage de nacre s’est répandu comme du lait de la babine à la gorge a passé par les pattes et les petits coussinets est revenu dans le miaulement et les longues moustaches
tellement de tigres de crocs de griffes
de cris plus rauques les uns que les autres
Juste cette unique place rousse dans le pelage plus douce que les mousses à l’ombre des arbres et à l’orée des vagues
pour faire entendre une voix qui vibre
telle celle du vent tellement ce qu’il contient est vague et lointain

Dans la soucoupe
L’eau de pluie tombée la nuit
regarde le ciel
L’ombre de l’arbre s’ébroue
Le chat
Passe par là par hasard
Trempe la langue dans le breuvage
Un goût de roche et de lichen
De terre et de neige éternelle
Le glace

Les simples et ordinaires mots de sa langue
ne lui suffisent pas
il aimerait peut-être renaître à l’instant d’avant
l’implosion
des sensations et saveurs premières
soupes de syllabes et concoctions de sons
dépourvues de sens sont ses phrases
mille lectures ne les réparent
ornières les points de suspension
portes fermées les virgules et les parenthèses
oeil-de-boeuf les annotations les références
il ouvre et ferme les guillemets mais
le poisson s’étouffe
les mots toujours et à jamais refusent l’illusion
du poème