L’ombrageux

Une Graminée

gravit le souffle frais

du vent avant l’orage 

l’ombrageux va agitant l’encolure

et des oliviers le plumage vert argent

à l’appel langoureux 

de la tourterelle éternellement 

seule et assoiffée de ciel 

un soleil solitaire sème 

nuages 

particules safranées

et ce qu’on retient des vagues

quand elles se sont dissipées

et qu’on se dit

ce grain de sable sous le regard

finalement

ce n’est pas si grave

Le Flambé

Iphiclides podalirius-©cc

Le soleil sur un plateau de nuages

navigue au-delà de la

ligne imaginaire qui finit l’horizon

il frôle les cimes tel un fantôme

la foule des feuilles flamboie

poudre pourpre au coeur des fleurs

qui se soucie de celui qui est seul?

le soleil en mer noie sa propre lumière

l’iris rêve ses sépales comme des ailes

depuis les temps de la fin du Crétacé

Cet insecte craint moins que toi

crétin de se brûler les ailes

Mis en échec

Au loin le mât d’un voilier

comme s’il s’agissait de son squelette
rogné
mais la pluie soudaine rappelle un bruit d’étoffe

la musique de corps qui se confrontent
la coque les flots le bois et l’eau le sel le ciel 

le vent

à ce moment-là

j’aperçois uniquement mon désarroi

le mât n’est pas 

c’est une grue de chantier

en train d’effacer ce qu’il restait de sauvage

à une poignée de rochers surplombant

la mer

Marine

Dans le port

la mer

dans la baie

la mer

tout autour du ciel

la mer

jusqu’à dépasser l’horizon

la mer

murmure

sur le rocher parmi les mousses vertes les lichens noirs

la silhouette du Monticole bleu

La signature parfaite pour une marine 

Par la fenêtre,

Après avoir fait abstraction du jardin et de son flamboiement de verts, on voit la mer. Jusqu’au Cap Corse et au delà, se déroule l’infinité bleue. Parfois, le vol léger et blanc d’un goéland soulève une vague, fait choir un nuage sur les sommets montagneux si facilement assimilables à la mâchoire fossilisée d’un grand crocodilien figé en cet instant unique et rare où il quitte sa position cachée, à l’affut pour bondir gueule ouverte vers une proie si vite évaporée. 

La grande variété de bleus ne permet plus à l’esprit d’établir clairement les frontières entre mer et ciel. Les collines, les montagnes évoluent vers le large comme de vastes et invraisemblables vaisseaux fantômes. Quelques méduses lointaines ne tiennent qu’à un fil de pluie.

Ces bleus-là ne semblent pas être les fils de la lumière, du vent. Ils ne sont pas de ceux qui se laissent filtrer par les fleurs toutes fraîches des mimosas. Ni de ceux qu’enlacent les pins, les eucalyptus. Aucun de ces bleus ne dort sur les faces rocailleuses exposées au soleil. 

Toute cette masse est bien trop mélancolique. Une mélancolie qui ne se vit pas comme un reproche de plus à la nature, un revers de médaille. Rien ne semble pouvoir apprivoiser cet animal à la robe pommelée presque grise. On ne peut que le laisser aller largement sans plus émettre le moindre jugement. Il n’est plus possible durant de longues minutes de concevoir la mélancolie, la tristesse profonde et inhérente à la condition humaine comme une émotion amère, âpre et qu’il faudrait chasser au plus vite loin de soi.   

Jour

©cc

Hier le soleil sur les épaules

le silence comme un chat

passe sur le sentier du jardin

le figuier pleure quelques feuilles

qui croustilleront sous les pas

dans l’olivier de petites ombres chinoises

échangent quelques brindilles lumineuses

derrière le muret ne retenant plus son souffle

un animal piétine et retourne la terre

devient de plus en plus énorme

disparaît en froissant la végétation

après lui persiste une odeur de souffre de cendres et de forêt 

hallucinée

bientôt dans le jardin

il ne restera

au-delà de ce coeur qui bat et de ces poumons

qui soutiennent l’absence de mouvements 

quelques secondes

que le bruit discret anonyme d’une larme qui tombe

Matière noire

Il est entré dans la maison

sans faire le moindre bruit

sans attirer sur lui l’attention

il était comme la souple signature

d’une lettre aux phrases semblables

à celles que se murmurent entre elles

les feuilles des arbres 

celles qui trouvent le mot « fruits » dans toutes les pupilles

des fleurs et le mot « pluies » sous l’aile et l’ombre

du mlian royal

il s’est allongé sur le tapis après avoir choisi

l’écusson central qui représente la source claire et buvable

d’un jardin Persan

comme il n’en existe plus 

ailleurs qu’entre les strophes de très anciens manuscrits

Là soudain il s’est endormi dans les bras

de l’harmonie du monde

telle qu’elle s’étudie en rêve

en équilibre comparable à une toupie

qui ne peut s’arrêter de respirer