Île

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Joan Miró, Bleu III

Sur la mer s’étire comme un chat sorti du sommeil

une île

bleue elle se pose entre ciel et nuages  parmi les autres planètes et les histoires flottantes

je me demande pourquoi personne ne la regarde

elle

blanchie par les songes et les mille soleils

elle

et son mystère qui n’a presque pas d’épine

il faut que je l’interroge encore et encore

une illusion disent-ils à son approche

une chimère elle n’a pas de force

ont-ils vraiment tenté de se poser comme elle légère

île entre les lignes

nuageuse malgré les boues et les magmas hurlant dans ses veines

Elle s’avance toujours plus vers le point le plus extrême

à ses pieds avalanches vagues marées et prochaines disparitions marquées d’un seul signe

l’île pétrit les nuages et ils deviennent

ils et elle

à force presque des mirages dans leur lit de mousse et de mots évaporés


Source image

Jardin mer et vent

Le Manuscrit Bihbahan (Fars, 1398)–(musée d’art turc et islamique d’Istanbul, n°1950)

Ce n’est pas un galet que le soleil arrose
ni une rose transmutée en pierre qui parviendrait encore à balancer la tête
d’avant en arrière
c’est un oiseau qui se pose sur le rocher
le plus éloigné du jardin
son regard tourmenté et noir
ne va pas vers la mer
c’est le ciel qu’il regarde
miroiter dans une flaque
il aimerait s’abreuver et
comme la pointe effilée d’un calame
tremper son bec dans cet encrier
ce qu’il a à écrire il le crie à la cime
du cyprès
sa chanson rappelle la douceur
du lichen qui passe
du noir au gris du bleu au vert
attendri par la pluie
son chant appelle
les nuages
à poursuivre plus loin
leurs longues promenades

Lentement

 

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Gary Schneider: ”These photographs, made without a camera, are sweat and heat imprints into film emulsion.” (Source: printeresting-blog, via switchbitch-deactivated20141117)

 

Une hélice végétale imprime
à l’espace en moi sombre
un mouvement de fleur
noire qui s’échappe
une empreinte s’ancre
lentement dans ce monde liquide
sur lequel j’ai tellement peu d’emprise
elle serait comme le moteur principal
d’une idée arrêtée propulsée
vers des taches d’une blancheur
d’écume
Ce qui s’écrit n’est point
un cri de douleur
un champ de mots qui portent malheur
c’est moi hors de ce qui me représente
comme la bogue pleine d’épines
le fruit.

Jardin

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Self Reflected (detail), 22K gilded microetching, 96″ X 130″, 2014-2016, Greg Dunn and Brian Edwards.

J’ai marché dans le jardin
bien longtemps après
que la nuit soit tombée
aucun sommeil
même pas celui du bruit
j’entendais au delà de la galaxie de ma respiration, du grincement de mes articulations et du bouillonnement interne de mon étoile
le chant infime d’une source
l’eau naissante
le gazouillis intense d’une fleur dans sa fragrance
le froufroutement de l’étoffe qui habille les pétales, les feuilles, les épines et les fruits
il
le jardin
n’est jamais seul
il
le jardin
l’accueille
ma solitude et la tienne
sans lui attribuer de nom
et même pas celui d’une quelconque et bien définie
horrible maladie

Pleurs

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le soleil
le jardin
aiguilles et feuilles
la chaleur
la fraicheur
l’ombre indécise
l’eau comme évaporée d’une fontaine
pétales et pleurs
les fleurs
les fruits
les saveurs végétales
ondes et parfums
habitent le ciel comme une étoile

S’écrire

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Bertand Els via https://elsacker.tumblr.com/post/162509606291

J’entre en cet endroit où
Néant Vide Silence
s’élancent sans trouver le moindre sens
le mot se laisse remplacer par la feuille
ses dents sa chair mangent la lumière
pour tordre l’univers seulement des branches
aux gestes involontaires
elles ne dirigent aucun orchestre
seul mon esprit rampe et cherche une voie
où pourra serpenter mon rêve et penser que
le venin d’une morsure se mue en sève

Évagation

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©Jean Pierre Bourquin

Aller jusqu’au bout de moi sans
avoir même le droit de penser
y parvenir
là faire une pause s’assoir sans
plus voir ici
aucune jambe malade
regarder
comparer l’infini
gardé en mémoire

partout des voies ourlées par les vagues
dessinent aux
certitudes volcaniques du jeu qu’est la durée
des corps des visages de statue

aller les ailes devenues un fardeau
sur les chemins d’un retour
sans parvenir à joindre ses pas
à leurs empreintes
aller l’ombre entaillant l’espace qu’explore
inlassablement le soleil

Île

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Google Maps imagery on Stratocam.com

 

Sur la mer se pose
une île imaginaire     elle décrit  comme
s’ils étaient des fantômes  les autres
continents    parfois    très grands
ce   qu’elle a          à dire
revient presqu’au
silence
Elle résume l’île le néant
invisible à celles qui ne contemplent rien
l’île liquide s’écoule se gonfle recèle
s’éteint      revient      comme
si elle
n’était qu’un simple courant marin
parcourue par la lumière


source image

Navigable

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©Bertrand Els

Le vent est dans l’étoffe
la voile s’étend et forme comme une nageoire
j’entends comment
mon rêve s’apprête
à quitter souplement sa planète
qui à chaque fois reste
naviguer entre nuages et ciel
entre vagues et pressentiments
je vois la quille sabrer les profondeurs
de la nuit tranquille
le vent est dans les feuillages
qui se brisent houleux
contre la nuit
son corps aux rondeurs
éblouies dans chacun de ses mouvements
imite le son que font
les vagues quand elles quittent la plage
restent le sable l’étonnement de l’air
devenu marin et soupir
mon désarroi enfin ne s’abrite plus
nulle part

Nuées de nuages

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Nan Nan Liu

Mués d’un nuage
les mots que la mer propage
atteignent les premiers
… lles rochers
S’émoussent les vagues
sur les plages
la réponse du sable
et du monde minéral
ressemble au silence
du sage.
Les arbres que les vents régulièrement sabrent
retiennent leur souffle et leur munitions de cris d’oiseaux
prêts à fondre en agitant les ailes et à croiser du regard
les fonds opalins devenus noirs.
Soudain………les motsvaguement se réfugient derrière l’horizon
d’où viennent parfois les tremblements salvateurs et ondulations merveilleuses
des collines bleues du Cap.