Frontière

source image: Bertrand Els https://www.instagram.com/p/Bv5RSSOnCJ7/

Les posidonies filtrant les vagues

comme leurs larmes

le sable blond sous son épais manteau de vagues fines

comme leurs mots

le bruit enchâssé de joies diverses 

comme les pépiements bleutés d’oiseaux

l’invisible nacre des fleurs 

comme leurs parfums

l’ombre qui ne sait comment se partage la réalité

comme les songes

le rivage infranchissable par la peur

comme par la connaissance

la vie éclate comme une bulle d’air 

son extension semble sans frontières

Une ombre

Le monde est une ombre et pour l’éclairer tu n’as que 

les mots d’un poème

dans lesquels tu ne te reconnais pas

une ombre épaissie pour l’élucider tu n’en as que l’idée

comme une rose du désert mi rage mi poussière

Une ombre et sa parole donnée à ce fantôme qui porte

le même nom que toi et

dans lequel tu peines à reconnaitre 

ce qu’il a de toi si ce n’est 

son coeur presque déjà froid et sa voix 

qui se délite au contact des lettres fébriles

K et O


source image: ici

Pas

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Sur le pas de la porte, il hésite 

un feuillage ruisselle 

c’est le vent ou simplement 

une source qui s’efforce de traduire

les voix de l’écoulement

seulement ce que signifient

l’eau et la lumière quand elles s’échappent

et s’essoufflent

sur le pas de la porte, il capte

bruits et parfums 

et devine sans avoir à y réfléchir

la signification de la carte où

chemins, allées et prés s’écartent

des bordures amères 

il préfère l’onctueux nuage

sa dissipation immédiate

quand il atteint l’endroit de la colline

le monde à l’envers les portes n’ont plus de pas

quelques pieds quelques racines et lierres

quelques tentacules lentes fils de soie

et des minéraux qui se nourrissent de l’air chaud

L’autre monde

Derrière les yeux comme des perles d’ambre

déjà l’autre monde du rêve

la réalité secrète se laisse tisser de sommeils en sommeils

dans les soies du pelage persiste l’odeur de feuilles l’odeur de la forêt

la terre et ses racines

le soleil et ses bractées

le sommeil respire en soulevant l’univers comme s’il était devenu cette bulle d’air

portée par le vent

s’offrent les coussinets et les vibrisses les griffes rétractiles et les canines d’un blanc ivoire

du carnassier dont le moteur soudain se met à ronronner  


Jardin

Elle voulait ma mère me

comparer à la rose au jardin

mais en moi rodait déjà

une autre image un chardon

un ver de terre 

le pied alangui d’une quelconque fleur

qui met pour naître et mourrir toute une vie

Images: Bertrand Els

Epines, aiguilles et craintes

Georgia O’Keeffe; ‘Blue Lines X’, 1916

Il pleut
épines aiguilles et
craintes
nouées aux crins des crinières 

il pleut épées et sabres
sanglots et sentiers de croassements
la boue grave ses empreintes sur les chemins

Les pins brassent nuages occultants
et le ciel en lambeaux 

pourtant ne s’envole pas encore l’oiseau noir et or

il pleut
est-ce la colline qui se délite
les prés qui se préparent au départ d’un troupeau
d’écume et de vagues

Il pleut
je m’attends à voyager de nuit et à ne pouvoir
aller nulle part 

Source image: The MET