Questionnement

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ce n’est pas la toile de l’épeire
tendue entre deux rayons de lumière
ce ne sont pas les pas des feuilles mortes
ni de celles qu’on a immortalisées dans un herbier

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ce n’est pas la peau délavée par les marées d’un vieux rocher abandonné
ce n’est pas l’empreinte dans la terre desséchée d’une maladie sournoise
qui a toujours existé autour de la pauvreté

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ce n’est pas la coquille de la noix ni celle de l’amande
ce n’est pas de ces cailloux que l’on plante en soi à la place de l’âme et du cœur
ce ne sont pas vos peurs et les miennes bien réelles
pas plus que celles qu’on s’invente

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ce n’est pas l’éléphant sans défenses, le rhinocéros blanc auquel comme s’il s’agissait d’une vielle racine on a arraché la corne pour en faire un trophée.

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ce ne sont pas tous les corps échoués sur nos plages, calcinés dans nos forêts parce qu’ils croyaient pouvoir s’y réfugier.
ce n’est pas sa main, il ne la tend jamais
ce ne sont même pas ses rides il ne voudrait pas les reconnaître
ce n’est pas sa salive, sa bave quand il invective les foules pleines de rage
je n’ai pas de temps à consacrer à ce genre d’erreur

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non
ce serait plus exactement ce que tu vois au travers de longs cils noirs
quand ton regard n’est pas encore un regard
quand tu entrouvres les yeux et que se soulèvent à peine tes paupières
comme des pétales de lune

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tu vois les minuscules choses que contient la lumière et qu’autrement on ne remarque même pas
tu vois flotter des filaments des vers presque transparents et les fantômes et les ombres
tu te vois comme une infime particule et pourtant tu nais d’une longue nuit de sommeil

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Images: Bertrand Els 2017 via son blog

égratignure

égratignure
©Bertrand Els @hardcorepunkbf

J’ai cru que
sur mon bras
il s’agissait d’une petite égratignure
faite par mon chat en jouant
mais en y regardant de plus près
au travers d’un rêve
j’ai constaté que
cette minuscule blessure n’était rien d’autre que mon écriture
Souvent illisible
incompréhensible dans l’immédiat
mais qui en se guérissant acquérait un sens
une signification

L’écriture est une blessure qui se cicatrise, ce qui l’a produite tente tout simplement de s’enfuir sans être lâche ou oublié

Constellations cousines

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Bertrand Els © via https://elsacker.tumblr.com/

Cette âme sombre qui est ma soeur
trébuche constamment et tombe souvent
sur ces merveilles qu’aucun mot ne console
rien pour les propager dans le langage
rien pour les arrimer
comme si être-soi pour elles était
sans importance
le visage ensoleillé de la lune
est le seul miroir que j’ose regarder
en particulier lorsqu’il se trouble dans les lacs
lorsqu’il gonfle les brumes de la colline
ou titille les constellations cousines
il arrive pourtant que j’y reconnaisse
les yeux cavés, le souffle inondé de larmes
traits pour traits
cette âme sombre qui est ma soeur

Semblance

Screenshot-2017-10-22 Bertrand Els ( hardcorepunkbf) • Photos et vidéos Instagram
Bertand Els©

La nuit s’écoule dans mes veines avec un goût de fleurs. Voilà que le vent hisse ses voiles dans les feuilles. Les arbres de l’avenue deviennent de géantes nacelles. Elles tiennent, elles sombrent, elles remontent de leurs racines la dernière sève avant l’hiver. Vagues les parterres alourdis de feuilles mortes, vagues les trottoirs humides, vagues les bancs, seule comme un courant, la route va vers le large.

·
Mon corps désormais s’arme de bras et de jambes impossibles à soulever. Lourds comme une ancre. Pourtant, mon point d’attache ne se situe pas au centre de mon corps, j’auréole avec le vent, je cherche entre les branches presque noires l’espace suffisant pour un dédale. Les cheminements impossibles des mots dans mon cerveau. C’est là parait-il que se logent l’âme, la conscience. Je sens que leur place s’étend dans ce qui tétanise ma chair, la masse méconnaissable qui gravit autour des os, qui s’agglutine autour des réseaux libres de l’idée que j’ai de moi-même.

·
La nuit ronronne comme un félin solitaire qui rode obscur. Déjà, il est loin. Invisible. Je cherche ce qui correspondrait à une empreinte, le signe de ce qui furtivement n’existe que par la trace olfactive que laisse un souvenir. Je sais au fond qu’il n’est rien en moi et de ce qui naît à ma portée qui vaille que je les traduise.

·
La nuit finit en queue de poisson. Je ne suis pas certain que ce qui se présente autour du soleil et entre chez moi soit bien ce qu’on appelle: « Jour ».

Bractées

22580839_365743127172978_580089552991944704_nComme une feuille immaculée que l’on froisse sans avoir rien pu transcrire, la lumière chiffonne l’obscurité et la transforme.

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Les alternances obtuses me font vaciller. Mes pensées se troublent, se mélangent et se murmurent l’une à l’autre que ce qui se situe au cœur de la cendre, à côté des mots éteints se prépare à un nouvel embrasement. J’ai peur.

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Je sens que dansent des silhouettes et des masques à la place des vrais visages.
Je suppose que je devrais m’effondrer. Je suppose que la peur devrait me ruiner mais je suis habitué aux spectacles de spectres plus réels que la réalité elle-même.

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Je suis entrainé à me faufiler parmi les fantômes, à me rafraichir sous les feuilles, à n’être rien.

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Je ne parle à personne et cette unique personne ressemble à la feuille blanche qu’illumine une sève pure prélevée directement et sans lourdes questions à l’aube. Un phénomène que je n’essaye même pas de comprendre et de m’approprier en inventant que c’est moi qui l’ai créé. Je ne crée rien, je ne décrie rien.

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En regardant les éclats comme des pétales de verre, comme des lames de souvenirs brisés, on pourrait presque parler de bractée en papier, de lanterne qui n’éclaire qu’une seule et infime fleur réduite à la plus simple expression de pistil. Écrire suspendu à un fil, celui de la lecture contemplative.
On pourrait se demander ce que signifie cette brindille qui se penche vers le ciel alternant sans cesse sa tendre trajectoire. On pourrait se demander ce qu’agrippent ces épines mais personne ne le fait.

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Se glissent entre mes lignes de lectures, une anguille qui transforme les mots de ma langue.. En fait des écailles. Parfois elle rajoute une lettre, l’inverse et me bouleverse.

Elle coupe le souffle des phrases.

L’anguille est presque aveugle, elle ne sait pas ce que sont les syllabes, elle le sent. On dit et redit que cela ne suffit pas. Pour elle et pour moi, les mots ne sont pas des paroles. Les mots ne sont pas les bruits qu’on arrache au silence mais les bris que l’on vole à la lumière.


Source images: hardcorepunkbf

 

Calligraphies

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©Bertrand Els

Dans la roche qui me laisse au bort du monde
s’est gravé avec l’insistance de vies accumulées
un paysage de neige, de tempêtes, d’hésitations phosphorescentes
le vent fait de filaments infinis
multiplie les replis sur soi sûrs de l’oubli
Dans la roche rutilante comme une peau de reptile
auréolent des fontaines, des villages fantômes
l’énigme du bouillonnement magmatique d’une de leurs naissances
Des nébuleuses s’incrustent et les sillons sur mes visages
sont rides et chemins labourés d’identiques et inutiles
questions

Aparté

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©Bertrand Els

Et si l’écriture faisait un détour et plusieurs par toi
territoire libre et sauvage
si la blessure qu’elle désigne d’une ligne partagée avec le silence n’était pas que la mienne
mais celle partagée par tellement d’autres
tenue sous l’écorce
si l’encre ne brisait pas seulement la surface d’un miroir et n’était pas que la seule impression désignée par une introspection malade
si l’écriture n’était rien qu’un songe qui sert à départager la réalité
si l’écriture n’était que cela
utile utilisée par tous
tendrais-je encore mes poignets serrés
tenterais-je encore d’échapper
Je ne le sais pas d’ailleurs qui veut savoir


source image

S’écrire

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Bertand Els via https://elsacker.tumblr.com/post/162509606291

J’entre en cet endroit où
Néant Vide Silence
s’élancent sans trouver le moindre sens
le mot se laisse remplacer par la feuille
ses dents sa chair mangent la lumière
pour tordre l’univers seulement des branches
aux gestes involontaires
elles ne dirigent aucun orchestre
seul mon esprit rampe et cherche une voie
où pourra serpenter mon rêve et penser que
le venin d’une morsure se mue en sève

Filet

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©Bertrand Els

Les toiles à force de brasser

les pluies 
de couleurs, de traits

et les effacements
 se sont défaites

finies les trames

déchiquetés les réseaux

ne restent plus que les fibres

décharnées étiolées

presque libres 
vaincues

c’est qu’elles n’offrent plus

que des aiguilles de lumière

ce que je parvenais à retenir

n’existe plus

je ne me souviens qu’avec peine

de l’azur


Source image

Orage

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©Bertrand Els via https://www.facebook.com/profile.php?id=100011021192160

Au dessus de la mer
le ciel est un mirage
la ligne imaginaire
qui les joint l’un à l’autre
est absente
tirée par un cil de lune
une vague et son écume
annoncent les nuages

une gorgée de vent
une gorgée de ciel
une gorgée de source d’entre les pierres
l’orage est en mer
mais qui s’en soucie ici

un cheval comme une nef
rapporte du large
une robe presque noire
déjà grise fouettée de lumière encerclée
d’ombres formant des o

Ce qui bouillonne je le comprends
c’est ce que personne ne peut voir
de prime abord
cet univers sous-jacent qui prend tant d’espace

sous la surface où accourent les larmes
se mélangent en un éclair

impressions et sentiments

se défont de leur fourreau de soie quelques
psychés
la nuit se rempli de chants
inouïs