Calligraphies

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©Bertrand Els

Dans la roche qui me laisse au bort du monde
s’est gravé avec l’insistance de vies accumulées
un paysage de neige, de tempêtes, d’hésitations phosphorescentes
le vent fait de filaments infinis
multiplie les replis sur soi sûrs de l’oubli
Dans la roche rutilante comme une peau de reptile
auréolent des fontaines, des villages fantômes
l’énigme du bouillonnement magmatique d’une de leurs naissances
Des nébuleuses s’incrustent et les sillons sur mes visages
sont rides et chemins labourés d’identiques et inutiles
questions

Aparté

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©Bertrand Els

Et si l’écriture faisait un détour et plusieurs par toi
territoire libre et sauvage
si la blessure qu’elle désigne d’une ligne partagée avec le silence n’était pas que la mienne
mais celle partagée par tellement d’autres
tenue sous l’écorce
si l’encre ne brisait pas seulement la surface d’un miroir et n’était pas que la seule impression désignée par une introspection malade
si l’écriture n’était rien qu’un songe qui sert à départager la réalité
si l’écriture n’était que cela
utile utilisée par tous
tendrais-je encore mes poignets serrés
tenterais-je encore d’échapper
Je ne le sais pas d’ailleurs qui veut savoir


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S’écrire

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Bertand Els via https://elsacker.tumblr.com/post/162509606291

J’entre en cet endroit où
Néant Vide Silence
s’élancent sans trouver le moindre sens
le mot se laisse remplacer par la feuille
ses dents sa chair mangent la lumière
pour tordre l’univers seulement des branches
aux gestes involontaires
elles ne dirigent aucun orchestre
seul mon esprit rampe et cherche une voie
où pourra serpenter mon rêve et penser que
le venin d’une morsure se mue en sève

Filet

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©Bertrand Els

Les toiles à force de brasser

les pluies 
de couleurs, de traits

et les effacements
 se sont défaites

finies les trames

déchiquetés les réseaux

ne restent plus que les fibres

décharnées étiolées

presque libres 
vaincues

c’est qu’elles n’offrent plus

que des aiguilles de lumière

ce que je parvenais à retenir

n’existe plus

je ne me souviens qu’avec peine

de l’azur


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Orage

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©Bertrand Els via https://www.facebook.com/profile.php?id=100011021192160

Au dessus de la mer
le ciel est un mirage
la ligne imaginaire
qui les joint l’un à l’autre
est absente
tirée par un cil de lune
une vague et son écume
annoncent les nuages

une gorgée de vent
une gorgée de ciel
une gorgée de source d’entre les pierres
l’orage est en mer
mais qui s’en soucie ici

un cheval comme une nef
rapporte du large
une robe presque noire
déjà grise fouettée de lumière encerclée
d’ombres formant des o

Ce qui bouillonne je le comprends
c’est ce que personne ne peut voir
de prime abord
cet univers sous-jacent qui prend tant d’espace

sous la surface où accourent les larmes
se mélangent en un éclair

impressions et sentiments

se défont de leur fourreau de soie quelques
psychés
la nuit se rempli de chants
inouïs

Sisyphe

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©bertels via https://elsacker.tumblr.com/archive

Il s’est représenté comme dans un rêve sa propre chambre
assis face à la petite table un homme chapeau noir est en train d’écrire
penché vers l’avant on sait qu’il ne peut voir son écriture qui grignote la feuille comme des termites le bois
il ne lit pas que la chambre se délite au profit d’une forêt
traits et rainures
corbeaux d’ébène
il ne vit pas ailleurs que dans sa solitude
parfois il la déteste souvent elle l’inquiète pourtant il sait que salie par les regards désapprobateurs d’une partie du monde celle qui occupe vaguement les humains, il sait que sa solitude est solide comme les jades couleur gras de mouton et les agates dont le cœur est la représentation exacte du temps qui passe et puis se fige.
Il regarde l’homme son opiniâtreté à inscrire son ombre il voit en lui un ami une âme qui se consacre à gaver les lits des rivières de petits corps célestes qui peut-être ne se volatiliseront pas complètement après l’impact.

Résonance

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Bertrand Els

Une source
se déverse en flux
veloutés et sombres
comme si elle ne voulait
que se transmettre par
ombres

Une source
donne aux mondes
un parfum d’eau
pluie fine et galets brûlants
mélangent
les mêmes souvenirs
étranges

Une source
animale
serpente enlace
l’encre sert en secret
les sentiments

Une source
lente
s’enracine se délie
longue sentinelle
de signes étincelants
qu’enraye parfois
involontairement
mon esprit qui
tente l’écho
presque muet


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Se perdre

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Bertrand els

Le visage de l’absence
dans les coups que je lance
un dédale de traits
les lacets d’une route de montagne
la décence que j’oppose à la descente en pays de silence
le portrait de profil des phrases
que je n’ai jamais pu apprendre
à prononcer
le silence transpire et parfois le regret
se met à me sourire

là boulonné sur un socle
de marbre le monolithe
de son corps acide
résume ses pensées en bloc
impossible de lui opposer
un simple songe sinueux
sans avoir à porter un masque
et un bouclier


Source image: Bertrand Els

Navigable

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©Bertrand Els

Le vent est dans l’étoffe
la voile s’étend et forme comme une nageoire
j’entends comment
mon rêve s’apprête
à quitter souplement sa planète
qui à chaque fois reste
naviguer entre nuages et ciel
entre vagues et pressentiments
je vois la quille sabrer les profondeurs
de la nuit tranquille
le vent est dans les feuillages
qui se brisent houleux
contre la nuit
son corps aux rondeurs
éblouies dans chacun de ses mouvements
imite le son que font
les vagues quand elles quittent la plage
restent le sable l’étonnement de l’air
devenu marin et soupir
mon désarroi enfin ne s’abrite plus
nulle part

Cartographe

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J’avais dressé la carte d’un pays qui n’était pas le mien afin de rechercher le chemin qui me conduirait ailleurs.

Le détail avait une place et le détail du détail avait la possibilité de demeurer comme on habite un miroir.

Forêts et bosquets se signifiaient par la présence de couleurs galopant du noir au brun très sombre.

Les nuages violets parlaient un langage minéral et les rivières paisiblement passaient en cessant d’avoir à être des frontières.

Les verts ne désignaient rien.

Sur ma carte, il y avait plein d’endroits en devenir.

De lieux où les songes se prolongent.

De lieux où le rêve s’incruste et déploie ses chevelures.

Même l’ombilic du coquillage s’apercevait sur la carte.
Comprenant que mon dessin serait utilisé pour exclure certains, je lui ai ajouté l’œil d’un cyclone et quelques dépressions bien froides.

Peu à peu, la carte a rassemblé assez de force pour paraître  représenter un pays improbable au quel personne ne croît.

C’est là pourtant sous la brume,

sous l’épaisse couche de laves que je me cache et continue à chercher un chemin

que parfois je croise ton regard.


Image ©Bertrand Els