La pluie

Capture d_écran 2018-06-29 à 12.25.18

Bertrand Els©

La pluie est venue peu à peu 

elle descendait des collines

après avoir longtemps séjourné

en silence en mer

elle en avait oublié ses pouvoirs

sa voix cristalline était devenue presque

aussi grave que l’orage

ses gouttes avaient la force toute petite

des griffes du chaton ou de l’oisillon

mais son regard était toujours celui

du grand vautour noir

Capture d_écran 2018-06-29 à 12.24.39

Bertrand Els©

la pluie la pluie la pluie petite chose

sincère droite régulièrement secouée et troublée

sorcière aux sorts sertis de larmes elle redonnerait

la parole à l’eau trop calme de l’étang

à la terre qui s’étend jusqu’au delà du désert

Pour la feuille tombée réduite à l’état 

si proche de la poudre

il est trop tard

la pluie ne fait qu’adoucir un peu la mort


Instagram de Bertrand Els

Origami

Évoquer ta différence sous les traits d’un dessin tu y parviens comme par magie

les choses n’ont plus besoin de leurs mots 

une forêt de traits de plis de voies convient parfaitement pour déployer l’origami qui te ressemble à deux gouttes près

sous tous tes angles selon toutes les fléchissements de tes faces

pas de miroir juste un mirage

pas de pleurs juste parfois ta rage


source images: ici

Eaux

Capture d_écran 2018-04-17 à 13.32.18

Bertrand Els @hardcorepunkbf

Mon coeur flotte 

il ne sait pas nager

il n’est qu’un nénuphar

La plupart du temps

il attend noué à la vase

 

caché de la lumière et des mouvements

l’épée de Damoclès

au dessus de sa tête

ce n’est que le ciel et cette toute puissante lumière

servant de nourriture et de sève à n’importe quel végétal

L’existence comme une menace

L’espace une espèce de couverture

froide ou brûlante presque toujours nuageuse

mon coeur apprécie le bleu

et sait que peu d’eaux

sont réellement transparentes

Correspondre

@hardcorepunkbf

Le jardin correspond avec quelqu’un que personne ne regarde. Ce fantôme a besoin de peu de chose pour poser la voix qui fait frissonner par ses silences les feuilles lourdes de la torpeur.

Que comprendre des mots qui se retiennent de tomber là où poussent les humains mais se récoltent à foison dans les flaques dont la surface sert de miroir à tous les visages de la mer?

La pluie, petite poule blanc neige picore des graines invisibles. Parmi elles, il doit bien y avoir quelque perle, quelque promesse oubliée et quelques unes de mes larmes anciennes.

Rétracté

©Bertrand Els

C’est un pays où la lumière ne vient que pour marquer les plis des feuilles recroquevillées et signer les chemins d’un filet si fin que l’on dirait les rides faites aux ondes. C’est le pays où tu apprivoises les questions sans réponses, les chevaux sauvages, l’évaporation de leur crinière dans l’espace, le temps qui ne fait que déborder du vase le contenant. C’est là, tu caresses du regard le vent avant qu’il ne devienne une tornade ou ne résorbe ce qu’il te reste de force. C’est l’endroit à fleur de peau, où tu t’efforces de traduire, de polir les paroles qui grésillent dans cette autre langue que personne ne comprends. Toi, seul, tu vas escalader les pays inviolés de la solitude, aucune crevasse ne connait pas la forme de tes doigts, aucune galerie n’ignore la lueur de ce regard qui t’accompagne comme une ombre fidèle. Tu reviens les bras et l’âme chargés de cartes précisant les voies, contournant les impasses. Ton coeur devenu astrolabe, tu espères vaguement qu’il dicte la mesure des lunes et des étoiles, murmure presqu’inaudible aux foules qui te regardent comme un animal étrange et de mauvaise augure.

Questionnement

tumblr_p04wto5I5e1v6jft8o1_1280 Anon
ce n’est pas la toile de l’épeire
tendue entre deux rayons de lumière
ce ne sont pas les pas des feuilles mortes
ni de celles qu’on a immortalisées dans un herbier

tumblr_p04wto5I5e1v6jft8o2_1280 B
ce n’est pas la peau délavée par les marées d’un vieux rocher abandonné
ce n’est pas l’empreinte dans la terre desséchée d’une maladie sournoise
qui a toujours existé autour de la pauvreté

tumblr_p04wto5I5e1v6jft8o3_1280 C.jpg
ce n’est pas la coquille de la noix ni celle de l’amande
ce n’est pas de ces cailloux que l’on plante en soi à la place de l’âme et du cœur
ce ne sont pas vos peurs et les miennes bien réelles
pas plus que celles qu’on s’invente

tumblr_p04wto5I5e1v6jft8o4_1280 D.jpg
ce n’est pas l’éléphant sans défenses, le rhinocéros blanc auquel comme s’il s’agissait d’une vielle racine on a arraché la corne pour en faire un trophée.

tumblr_p04wto5I5e1v6jft8o5_1280 E
ce ne sont pas tous les corps échoués sur nos plages, calcinés dans nos forêts parce qu’ils croyaient pouvoir s’y réfugier.
ce n’est pas sa main, il ne la tend jamais
ce ne sont même pas ses rides il ne voudrait pas les reconnaître
ce n’est pas sa salive, sa bave quand il invective les foules pleines de rage
je n’ai pas de temps à consacrer à ce genre d’erreur

tumblr_p04wto5I5e1v6jft8o6_1280 G.jpg
non
ce serait plus exactement ce que tu vois au travers de longs cils noirs
quand ton regard n’est pas encore un regard
quand tu entrouvres les yeux et que se soulèvent à peine tes paupières
comme des pétales de lune

tumblr_p04wto5I5e1v6jft8o7_1280 H
tu vois les minuscules choses que contient la lumière et qu’autrement on ne remarque même pas
tu vois flotter des filaments des vers presque transparents et les fantômes et les ombres
tu te vois comme une infime particule et pourtant tu nais d’une longue nuit de sommeil

tumblr_p04wto5I5e1v6jft8o8_1280 I


Images: Bertrand Els 2017 via son blog

égratignure

égratignure

©Bertrand Els @hardcorepunkbf

J’ai cru que
sur mon bras
il s’agissait d’une petite égratignure
faite par mon chat en jouant
mais en y regardant de plus près
au travers d’un rêve
j’ai constaté que
cette minuscule blessure n’était rien d’autre que mon écriture
Souvent illisible
incompréhensible dans l’immédiat
mais qui en se guérissant acquérait un sens
une signification

L’écriture est une blessure qui se cicatrise, ce qui l’a produite tente tout simplement de s’enfuir sans être lâche ou oublié

Constellations cousines

tumblr_oy57zmKNZO1v6jft8o3_1280

Bertrand Els © via https://elsacker.tumblr.com/

Cette âme sombre qui est ma soeur
trébuche constamment et tombe souvent
sur ces merveilles qu’aucun mot ne console
rien pour les propager dans le langage
rien pour les arrimer
comme si être-soi pour elles était
sans importance
le visage ensoleillé de la lune
est le seul miroir que j’ose regarder
en particulier lorsqu’il se trouble dans les lacs
lorsqu’il gonfle les brumes de la colline
ou titille les constellations cousines
il arrive pourtant que j’y reconnaisse
les yeux cavés, le souffle inondé de larmes
traits pour traits
cette âme sombre qui est ma soeur

Semblance

Screenshot-2017-10-22 Bertrand Els ( hardcorepunkbf) • Photos et vidéos Instagram

Bertand Els©

La nuit s’écoule dans mes veines avec un goût de fleurs. Voilà que le vent hisse ses voiles dans les feuilles. Les arbres de l’avenue deviennent de géantes nacelles. Elles tiennent, elles sombrent, elles remontent de leurs racines la dernière sève avant l’hiver. Vagues les parterres alourdis de feuilles mortes, vagues les trottoirs humides, vagues les bancs, seule comme un courant, la route va vers le large.

·
Mon corps désormais s’arme de bras et de jambes impossibles à soulever. Lourds comme une ancre. Pourtant, mon point d’attache ne se situe pas au centre de mon corps, j’auréole avec le vent, je cherche entre les branches presque noires l’espace suffisant pour un dédale. Les cheminements impossibles des mots dans mon cerveau. C’est là parait-il que se logent l’âme, la conscience. Je sens que leur place s’étend dans ce qui tétanise ma chair, la masse méconnaissable qui gravit autour des os, qui s’agglutine autour des réseaux libres de l’idée que j’ai de moi-même.

·
La nuit ronronne comme un félin solitaire qui rode obscur. Déjà, il est loin. Invisible. Je cherche ce qui correspondrait à une empreinte, le signe de ce qui furtivement n’existe que par la trace olfactive que laisse un souvenir. Je sais au fond qu’il n’est rien en moi et de ce qui naît à ma portée qui vaille que je les traduise.

·
La nuit finit en queue de poisson. Je ne suis pas certain que ce qui se présente autour du soleil et entre chez moi soit bien ce qu’on appelle: « Jour ».

Bractées

22580839_365743127172978_580089552991944704_nComme une feuille immaculée que l’on froisse sans avoir rien pu transcrire, la lumière chiffonne l’obscurité et la transforme.

22580942_1996214707289318_6273160912492822528_n_002
Les alternances obtuses me font vaciller. Mes pensées se troublent, se mélangent et se murmurent l’une à l’autre que ce qui se situe au cœur de la cendre, à côté des mots éteints se prépare à un nouvel embrasement. J’ai peur.

22581921_355774171531319_5413429208544182272_n
Je sens que dansent des silhouettes et des masques à la place des vrais visages.
Je suppose que je devrais m’effondrer. Je suppose que la peur devrait me ruiner mais je suis habitué aux spectacles de spectres plus réels que la réalité elle-même.

22581924_2063902043838498_4352436024299749376_n

Je suis entrainé à me faufiler parmi les fantômes, à me rafraichir sous les feuilles, à n’être rien.

22582056_1645950535468267_7749730403539222528_n
Je ne parle à personne et cette unique personne ressemble à la feuille blanche qu’illumine une sève pure prélevée directement et sans lourdes questions à l’aube. Un phénomène que je n’essaye même pas de comprendre et de m’approprier en inventant que c’est moi qui l’ai créé. Je ne crée rien, je ne décrie rien.

22582193_1913582775546838_4298338321341349888_n
En regardant les éclats comme des pétales de verre, comme des lames de souvenirs brisés, on pourrait presque parler de bractée en papier, de lanterne qui n’éclaire qu’une seule et infime fleur réduite à la plus simple expression de pistil. Écrire suspendu à un fil, celui de la lecture contemplative.
On pourrait se demander ce que signifie cette brindille qui se penche vers le ciel alternant sans cesse sa tendre trajectoire. On pourrait se demander ce qu’agrippent ces épines mais personne ne le fait.

22637103_932366226915677_570396636438593536_n
Se glissent entre mes lignes de lectures, une anguille qui transforme les mots de ma langue.. En fait des écailles. Parfois elle rajoute une lettre, l’inverse et me bouleverse.

Elle coupe le souffle des phrases.

L’anguille est presque aveugle, elle ne sait pas ce que sont les syllabes, elle le sent. On dit et redit que cela ne suffit pas. Pour elle et pour moi, les mots ne sont pas des paroles. Les mots ne sont pas les bruits qu’on arrache au silence mais les bris que l’on vole à la lumière.


Source images: hardcorepunkbf