Fléchir

©Bertrand Els

Tu tisses

Et puis te drapes de couleurs 

Qui en soies s’évaporent 

Il ne reste de toi que l’essentiel 

Sans nom 

©Bertrand Els

De la forêt dont est fait ton esprit

Galope d’essences en essences 

L’individuelle beauté

Invisible à l’œil fardé

L’oiseau de roche échappé de l’écume 

D’une vague

Frôle des ailes la canopée mentholée 

Tu files

Vois

©Bertrand Els

Quand il ferme les yeux il comprend

qu’il est habité par une mer intérieure

noire lourde veloutée

jamais les vagues ne dépassent la gorge

pour établir des mots sur une plage

jamais une formulation ne s’échoue

et le silence va d’un bout à l’autre de ses émotions

il pleure de longues heures jamais un sanglot

ne se perd en vol

dans le fond

cieux ensablés corrélations folles 

une voix interne parle en vagues

alterne ondes graves sinuosités glauques

une voix qui jamais de parle

n’aborde les mots 

comme des îlots

comme des armées à combattre

quand il ouvre les yeux il comprend

qu’un vitrail n’est pas une muraille

mais une porte ouverte à la

lumière 

Vitrail

Comme l’âpre écorce 

la parole sèche du reproche

comme la première page

d’une vie un vitrail transpercé

de lumière mon esprit

resiste

les larmes diluent les couleurs

jusqu’à presque devenir des fleurs

elles restent à l’état de pétales

peu importe 

ton regard acide ta pupille vide

inutile 

ne met pas fin 

à qui je suis

Images: Bertrand Els

D’avance

Bertrand Els via Tumblr

Tu entends les pas d’un ange mais il ne s’agit

que de la pluie

dehors
au large


tu songes aux spectres qui s’accumulent toujours plus nombreux dans l’obscurité
susurrant que tu es sans substance  que tu n’as aucune volonté 

tu entends comme le temps se délie peu à peu se dilue 

bientôt l’absence de silence sera saluée


dans le jardin

tu entends sporadiques 

des larmes

sur la vitre déferlent de petites notes métalliques

il faudra que tu te décides à les ausculter
pour comprendre

l’ogre l’insecte immense qui grignote le monde
la vie comme un fruit condamné
d’avance 

Le grand buvard

Sous son coeur Soudain s’échouent
les méduses
Le corps flasque que je retourne ne cache que du sable
dur froid humide.


Sous son coeur dans ce sous-bois sous un manteau de feuilles pourrissantes se dispersent les sources souterraines
La forêt fredonne


Sous son coeur un réseau de mots imprononçables
des noeuds de phrases se lient aux néants
Sous sa paume un mille-feuilles et tellement de pétales


Sous son coeur le grand buvard de son bureau
tous ses tiroirs et toutes les missives emmurées
Sa peur de la réponse la mise à mort des questions la logique la raison
Les sous-entendus qu’il faut faire semblant de comprendre 

Sous son coeur les couleuvres qu’il a fallu avaler.

Sortie

©Bertrand Els- 2019B

Posés là
les mots ne t’appartiennent pas
ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes
ils s’ancrent et s’arriment
alors tu t’attèles à ce qu’ils restent à jamais
seuls et libres là où personne
ne se penchera sur eux
pour les lire les lier
à la langue commune et universelle
pour en faire une liqueur dont les vapeurs
suffisent pour étourdir
tu leur réserves à tous une sorte de porte secrète

Quelqu’un au loin

Bertrand Els ©

Elles parlent toutes en même temps
les feuilles du peuplier
pas un mot pour la vie des passants

en bas au ras du sol il y a
le chien du voisin
la plume noire d’une corneille
qui guette depuis le toit de l’immeuble
quelques brins d’herbe

je me demande comment surgir
comme elle de presque rien

soudain les feuilles se taisent
l’appel du clocher de l’église
couvre tous les murmures
rires gloussements

elles tendent toutes en même temps
les feuilles du peuplier
leurs paumes et la fraicheur qu’elles supportent

la vie
reprend sa promenade d’escargot

quelqu’un au loin scie
quelqu’un au loin déplace des roches
la terre tremble
quelqu’un au loin sue

source image: ici

Écrire

©Bertrand Els https://elsacker.tumblr.com

Insensiblement la matière se dissout
en même temps que s’étend
l’univers
jusqu’à ce qu’il rencontre
la double frontière souple et soluble
de lui-même et de l’autre
univers
invisible va ce vaisseau de poussières
particulièrement peu docile
presque semblable au vide
égal à rien

mais chargé d’une manière infime
d’énergie positive

Fleurs intérieures

Bertrand Els

Sous la coquille dans sa capsule
une fleur longue à naître
ses langues de feuilles
son bulbe

Bertrand Els

elle sait qu’en fin de tige
elle explosera en maints pétales
et pistils
blancs

Bertrand Els

quelques grains pourront boire
un peu de vent
tellement de soleil
que la distinction entre lumière et brûlure sombre
sera
sans importance

Bertrand Els

Sous la coquille la fine membrane
qu’il t’est soit-disant interdit
de franchir
une bulle solaire et au-delà une absence
peut-être
du jour   des heures  du temps tel que tu le connais

Bertrand Els