Sisyphe

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©bertels via https://elsacker.tumblr.com/archive

Il s’est représenté comme dans un rêve sa propre chambre
assis face à la petite table un homme chapeau noir est en train d’écrire
penché vers l’avant on sait qu’il ne peut voir son écriture qui grignote la feuille comme des termites le bois
il ne lit pas que la chambre se délite au profit d’une forêt
traits et rainures
corbeaux d’ébène
il ne vit pas ailleurs que dans sa solitude
parfois il la déteste souvent elle l’inquiète pourtant il sait que salie par les regards désapprobateurs d’une partie du monde celle qui occupe vaguement les humains, il sait que sa solitude est solide comme les jades couleur gras de mouton et les agates dont le cœur est la représentation exacte du temps qui passe et puis se fige.
Il regarde l’homme son opiniâtreté à inscrire son ombre il voit en lui un ami une âme qui se consacre à gaver les lits des rivières de petits corps célestes qui peut-être ne se volatiliseront pas complètement après l’impact.

Résonance

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Bertrand Els

Une source
se déverse en flux
veloutés et sombres
comme si elle ne voulait
que se transmettre par
ombres

Une source
donne aux mondes
un parfum d’eau
pluie fine et galets brûlants
mélangent
les mêmes souvenirs
étranges

Une source
animale
serpente enlace
l’encre sert en secret
les sentiments

Une source
lente
s’enracine se délie
longue sentinelle
de signes étincelants
qu’enraye parfois
involontairement
mon esprit qui
tente l’écho
presque muet


Source image

Se perdre

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Bertrand els

Le visage de l’absence
dans les coups que je lance
un dédale de traits
les lacets d’une route de montagne
la décence que j’oppose à la descente en pays de silence
le portrait de profil des phrases
que je n’ai jamais pu apprendre
à prononcer
le silence transpire et parfois le regret
se met à me sourire

là boulonné sur un socle
de marbre le monolithe
de son corps acide
résume ses pensées en bloc
impossible de lui opposer
un simple songe sinueux
sans avoir à porter un masque
et un bouclier


Source image: Bertrand Els

Navigable

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©Bertrand Els

Le vent est dans l’étoffe
la voile s’étend et forme comme une nageoire
j’entends comment
mon rêve s’apprête
à quitter souplement sa planète
qui à chaque fois reste
naviguer entre nuages et ciel
entre vagues et pressentiments
je vois la quille sabrer les profondeurs
de la nuit tranquille
le vent est dans les feuillages
qui se brisent houleux
contre la nuit
son corps aux rondeurs
éblouies dans chacun de ses mouvements
imite le son que font
les vagues quand elles quittent la plage
restent le sable l’étonnement de l’air
devenu marin et soupir
mon désarroi enfin ne s’abrite plus
nulle part

Cartographe

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J’avais dressé la carte d’un pays qui n’était pas le mien afin de rechercher le chemin qui me conduirait ailleurs.

Le détail avait une place et le détail du détail avait la possibilité de demeurer comme on habite un miroir.

Forêts et bosquets se signifiaient par la présence de couleurs galopant du noir au brun très sombre.

Les nuages violets parlaient un langage minéral et les rivières paisiblement passaient en cessant d’avoir à être des frontières.

Les verts ne désignaient rien.

Sur ma carte, il y avait plein d’endroits en devenir.

De lieux où les songes se prolongent.

De lieux où le rêve s’incruste et déploie ses chevelures.

Même l’ombilic du coquillage s’apercevait sur la carte.
Comprenant que mon dessin serait utilisé pour exclure certains, je lui ai ajouté l’œil d’un cyclone et quelques dépressions bien froides.

Peu à peu, la carte a rassemblé assez de force pour paraître  représenter un pays improbable au quel personne ne croît.

C’est là pourtant sous la brume,

sous l’épaisse couche de laves que je me cache et continue à chercher un chemin

que parfois je croise ton regard.


Image ©Bertrand Els

Microclimat

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Bertrand Els

 

Au dessus de moi l’énorme masse nuageuse d’un mot
d’une phrase comme une montagne
si dense ……si noire si rugueuse qu’elle pourrait porter le nom

de l’absence
ignorance sombre et venimeuse oubli vertigineux
suspicion qui invente des vérités à gober
sans s’étonner
je suis sur le point de céder sachant même si je l’espère que rien

rien

ne peut me soulager de l’oppression
de la peine
de l’étouffement
de la noyade
qui s’enchâssent
rien
et pourtant alors que je ferme les yeux
je sens un puissant courant mener sa propre route
un halo nait dans un nœud
un reflet prend feu sans consumer sans rien rendre en cendre
Au dessus de moi énorme ma volonté

plus volatile que  plumes et  neiges
plus liquide que l’air plus fluide que la pluie

s’empourpre
au dessus de moi une colère encore prisonnière
sur le point de se laisser dompter

devient soudain le cri sourd d’un astre dans son

univers

Nuages

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Bertrand Els

Si tu me demandes où je vais je te demanderai qui tu es
Si tu me demandes qui je suis je te monterai la colline et les chemins de brumes la mer et ses ondulations entre ciel et écume et peu à peu je te dévoilerai les dessins de lignes sur mes mains, les méandres et les labyrinthes qui emprisonnent mes rêves et contiennent tant de divagations nocturnes
le vent le vent sera là pour disperser la réalité et propager les mirages
je ne pourrai plus dire lesquels ont l’avantage  me suffira-t-il alors encore de lire en eux comme dans un présage les chemins comme des cheveux, les vœux comme des nervures me feront-ils encore voyager aurais-je le courage d’avouer à la face du monde qu’au fond de moi un seul souffle ténu nage.


Bertrand Els

Antre

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Cave- Bertrand Els

©Bertand Els

Mémoire minérale assemble
heures et journées
en faisant d’elles coulées de laves
ruissellements d’étoffes chaudes et froides
objet improbable optant pour la fluidité du feu
et la brûlure sèche de la faille
écriture folle à lier déliant les langues ancestrales
celles qui ne parlent jamais de la nuit en la dénonçant
toujours ma solitude enrayée divague
au plus profond d’elle le rêve et
ce qu’il reste d’éclats aux miroirs noirs
la transcription brisée hallucinée de
l’écho diffus
un enchevêtrement cosmique
se propage à la manière des vagues et des naissances
chaotiques