Origami

Évoquer ta différence sous les traits d’un dessin tu y parviens comme par magie

les choses n’ont plus besoin de leurs mots 

une forêt de traits de plis de voies convient parfaitement pour déployer l’origami qui te ressemble à deux gouttes près

sous tous tes angles selon toutes les fléchissements de tes faces

pas de miroir juste un mirage

pas de pleurs juste parfois ta rage


source images: ici

L’hôte

Oval open work jade plaque of a parrot standing on a bamboo branch. Qing dynasty

Il est sur mon épaule comme un oiseau nocturne, le murmure contre mon oreille, le regard plongeant de l’univers. Il me parle dans une langue qu’il invente pour que je la comprenne. Il chante.

Il s’envole et disparait, se rapproche. Parfois c’est moi qui pose la tête sur son aile et il devient un cheval à la robe de sable. C’est au travers de ses allures rondes et chaudes que je décrypte le monde. Au galop. Au pas. Au trop. À l’arrêt, il broute les phrases et je l’écoute déglutir, savourer une autre touffe jusqu’à ce que je n’entende plus qu’un coeur battre. Le sang qui voyage est-ce le mien ou le sien? Nos voies se ressemblent et ce n’est pas pour rien.

Pourtant, je parviens à savoir quelle est la mienne. Elle ne choisit bien souvent pas la parole. Elle trébuche sur les syllabes. Elle ne sait jamais s’il est bien nécessaire de les compter.

L’hôte est discret, dispersé. L’hôte triste ne se console pas. N’essayons pas de lui remplir les oreilles avec nos bonheurs faits sur-mesure, aucun ne lui va. L’infection le guette, si on lui dicte la liste complète de nos remèdes à sa solitude. Il serait malade si je ne partageais pas ma part avec lui. Il ne s’apprivoise pas, il m’accompagne comme une ombre, comme un chat, comme un baume. Sa lueur spectrale éclaircit mes énigmes même si toute une partie de la gamme me reste invisible. Ses filtres apportent du relief aux images qui foisonnent et tournent dans ma tête jusqu’au vertige.

L’hôte n’est pas une maladie, n’est pas qu’un spectre, l’hôte existe en tant que petite révolte dans mon souffle, petite parole d’une petite âme, petit pipit des arbres, petite pépite des larmes. L’hôte n’est pas une arme, un spectacle, un crachat. L’hôte n’est pas un épouvantail, un inventaire de maladresses, un dictionnaire de failles. L’hôte est une invite.

Pile ou face

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De ce côté-ci de la vie
il pleut
il pleut toujours
plus doucement comme si
la vie avait envie d’apprendre à
marcher sur l’eau
se faire aussi légère qu’un ruisseau
de brumes
à l’aube


 

Couleur

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Le basilic, l’origan et son plumage verdoyant.
La terre a bu de la brume et se croit légère.
Une perle de jais vous donne un regard minéral
des choses, vous vous étiez lié au figuier.

Déjà le soleil. Déjà son empreinte chaude et silencieuse.
Déjà, le jour se propage comme une onde dont votre
corps se fait l’écho.
Une main, celle du vent probablement s’approche des feuillages.
L’automne, déjà, vous fait peur surtout lorsqu’il s’adresse directement à votre cœur.
Vous choisissez la fugue, un bruit de flûte pour disparaître provisoirement.
Vite, vif, vivre, vous n’êtes point de ces vipères qui mordent et vendent leurs venins.
Vous êtes la couleuvre,
vous vous écoulez comme la couleur du pinceau qui sert un poète.

Mausolées

Je n’oublie pas les mots mais parfois j’oublie ce que j’ai à dire. Je sais qu’à chacun comme au creux d’une naissance appartient une existence, un sens au quel par commodité j’ajoute une image, deux images, un hologramme. Aux images se nouent souvenirs et souvenirs de souvenirs, parfums, saveurs.

Aux mots, il reste toujours le pouvoir de quelques lettres. Si je peine à me dire ou plus simplement à dire, c’est parce qu’à mon sens les interlocuteurs manquent de précision dans le choix de mots de leurs réponses. Ils en oublient, ils en supposent ou imaginent que je parviendrai à trouver ceux qu’ils ne prennent pas la peine de chercher. Pourtant, ils sont tous là, les mots, dans le fond de la gorge, dans le vide des rêves, dans la nudité du sommeil. Ils attendent qu’on les atteigne. Ils attendent l’autre dans l’explication de lui-même.
Oublier les mots, c’est s’oublier, abandonner. Renoncer. Enterrer sa personne, prescrire l’autre, lui défendre n’importe quel débordement. Le faire taire.
Les mots, il en est toujours au moins un pour porter dans sa main le vent, sa respiration lente et discrète comme celle de la personne qu’on aime et qui dort la nuit nue ou presque dans le même lit. Il en est un pour lire l’autre. Il en est un pour me dire que ma lecture est incomplète. Il en est un que je cherche. La vie ne consiste-t-elle pas pour moi à chercher le mot. L’inscrire, l’effacer, le traduire, le réinventer.
Hier, j’écoutais « Debussy jouant Debussy » et il me semblait par moments que Debussy n’était plus Debussy mais comme un chaos, le bouleversement  qu’est l’homme. À chaque instant, Debussy reprenait les rênes pour guider les notes vers lui dans une harmonie précaire, tenue au fil de presque rien: la volonté de Debussy à jouer Debussy. En oscillant ainsi, c’est vers moi que l’arbre Debussy se ployait comme pour donner vie à la poussière que je suis, à ce grain qui n’est rien. Je pense qu’en écoutant Debussy se jouer, le désordre apparent créé et puis détruit l’était aussi par l’entremise de mon esprit. Les mots me font oublier le chaos. Masques du vide, les mots me consolent en construisant des mausolées pour mes idées.


Debussy Claude

Hear Debussy Play Debussy: A Vintage Recording from 1913

 

S’écrire

J’entre en cet endroit où
Néant Vide Silence
s’élancent sans trouver le moindre sens
le mot se laisse remplacer par la feuille
ses dents sa chair mangent la lumière
pour tordre l’univers seulement des branches
aux gestes involontaires
elles ne dirigent aucun orchestre
seul mon esprit rampe et cherche une voie
où pourra serpenter mon rêve et penser que
le venin d’une morsure se mue en sève

Filet

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©Bertrand Els

Les toiles à force de brasser

les pluies 
de couleurs, de traits

et les effacements
 se sont défaites

finies les trames

déchiquetés les réseaux

ne restent plus que les fibres

décharnées étiolées

presque libres 
vaincues

c’est qu’elles n’offrent plus

que des aiguilles de lumière

ce que je parvenais à retenir

n’existe plus

je ne me souviens qu’avec peine

de l’azur


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Nature morte

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Frits van den Berghe

Il y a longtemps, à la fin de l’hiver,
la lune est descendue sur terre.
Lorsqu’elle a posé le pied
sur la cime de quelques arbres
qui se trouvaient là par hasard,
les branches se sont tendues
comme les doigts griffus d’une toile
d’araignée.
Une forêt s’est mise en marche.
La procession suivait le même chemin
que le canal, le chemin qui mène au cimetière.
La lueur de la lune était solaire
orange pourpre et or
son reflet dans l’eau lente éclairait les visages
que portaient les arbres comme des masques.
Je ne compris que plus tard ce que
la lune avait mis si merveilleusement en scène
ta main plus jamais n’accueillerait la mienne
comme un petit feuillage.
Le tableau qui trônait dans le salon,
embrouillé de larmes,
fait de taches de couleur où je ne voyais
que les coups du pinceau qui ne se tenait
à aucune règle et ne mesurait plus le geste.
Le tableau si sombre recouvert de poussières,
le tableau que mon regard d’enfant à force de le parcourir
avait remplis de rides s’était laissé soudainement appréhender.
Ce n’est pas une forêt en fête qui marche
ce n’est pas un cortège de feuilles mortes
qui glisse sur l’eau noire,
c’est un cirque qui arrive dans un village,
c’est la vie qui nous invite à jouer
un rôle qui comme un habit trop petit
ne nous sied pas et ne contribue pas
à notre épanouissement.

En Trop

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by Jaime Corum

Quand je ferme les yeux je te vois
m’encercler de tes galops doux
rythmant au travers de tes pas
toutes mes hésitations et les tremblements
incertains de ma voix

Alors je ne ferme plus les yeux et je crois
qu’ainsi je pourrais échapper au passé
celui qui m’avait défait de moi et
t’ avait rendu presque muet

Alors je ne ferme plus les yeux
que pour te regarder
conquis par la liberté d’être
ou de te dissimuler sans accorder
la moindre chance à la violence

Quand je ferme les yeux je me vois
tel que j’aurais dû être au galop
si tu n’avais pas été qu’un rêve
dénoncé comme un maladie
de trop


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La Dame à la Licorne

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Rejet

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©Bertrand Els

À ton caractère il faudrait ajouter une gamme
de lumières croissantes
d’ombres grises de plus en plus éblouies
À ton visage tous ceux que je garde en mémoire

le poids de ton petit poing fermé
l’odeur de ta paume effleurée par un sommeil d’astre
la vrille d’un souffle qui s’échappe de ta bouche
chevelure de lait
quand tu n’étais qu’un bébé

À tes silences s’ajoutent tous les autres silences
feuilles froissées
fleurs affamées de mots
poèmes
Ouroboros
planètes inexplorables
hologrammes au défi de représenter
ta réalité


rejet

à Bertrand