Revirement

L’abeille 

Étourdie et ivre du mouvement des feuillages et de l’ombre 

S’est posée sur mon bras a glissé 

Vers l’endroit où les veines se voient 

Avant qu’elle ne plante le dard 

Je l’ai délicatement poussée du doigt 

Afin qu’elle retrouve ses esprits et ne meure pas 

Une fraction infime du temps lui a suffit pour comprendre 

La vie et mesurer un choix 

Aléa

©cc

Propulsée 

Par la nuit vers un rayon de lumière orange 

La mante verte 

Aborde la pente douce du mur 

Et entreprend une danse 

Qu’elle interrompt si je la regarde 

J’aimerais lui souffler 

Ce pan du monde est l’univers d’un fécond 

Gecko 

Elle le sait 

Dit-elle 

Puisque c’est moi qui ai jeté les dés 

Irrémédiable différence

tu erres
tu es presque tu
partout
tu as un insecte en toi
tu le vois comme ce coeur étrange à clapets 

qui s’ouvrent ou se ferment

tu le sens comme un grouillement qui te dépasse

et te déboussole
tu es seul

solide

tu transmues chaque parole en buée

chaque départ en larme

le silence suinte sans suite

en ton univers

Il n’y a pas de Moi

majuscule 

Vois

©Bertrand Els

Quand il ferme les yeux il comprend

qu’il est habité par une mer intérieure

noire lourde veloutée

jamais les vagues ne dépassent la gorge

pour établir des mots sur une plage

jamais une formulation ne s’échoue

et le silence va d’un bout à l’autre de ses émotions

il pleure de longues heures jamais un sanglot

ne se perd en vol

dans le fond

cieux ensablés corrélations folles 

une voix interne parle en vagues

alterne ondes graves sinuosités glauques

une voix qui jamais de parle

n’aborde les mots 

comme des îlots

comme des armées à combattre

quand il ouvre les yeux il comprend

qu’un vitrail n’est pas une muraille

mais une porte ouverte à la

lumière 

Insondé

Deux ailes et deux nageoires dorsales
pour l’étamine

pour fendre la lumière et partager le souffle d’un remous

Enrubanné le parfum de la fleur et son mystère

le jaune l’or le vert comme un nouveau-né dissipent le temps

le blanc évapore la lumière

la nuit on ne voit plus que lui le pétale

reproduit autant de fois que l’écho de la voix 

qui crie aux abords du puit insondé 

Es-tu encore là

Quelques mots

Bertrand Elshttps://elsacker.tumblr.com/post/165255080876

 Ce ne sont pas quelques mots 

Acides secs urticants

Qui la feront disparaître

Elle s’apaisera la passagère en moi

Elle se fera silence jusqu’à nouer ses bras

Tordre ses sens pour qu’on ne l’aperçoive pas divaguer 

Et puis gavée tellement brûlante 

Elle naviguera médusée
à nouveau parmi les cendres les braises mourantes

Semblant être libre 

Alors que vibrent des verbes qui la malmènent

C’est sans doute trois fois rien 

Elle comme une anguille 

Comme un batracien 

Impossible à dire quel monde lui convient

Seul

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©Bertrand Els, 2015

Sa solitude et

tout autour

les arbres et leurs fruits

qui chantent et piaillent

les nuages qui avancent

frôlant le ciel effleurant

les collines bleues

sa solitude 

comme gravée sur un rocher

parfois s’efface

monte tel le sifflement du milan

qui cherche à atténuer

la ride que creuse inlassablement

l’appel incompréhensible

de cette voix au fond

de son corps

au teint de cendre 

Origami

Évoquer ta différence sous les traits d’un dessin tu y parviens comme par magie

les choses n’ont plus besoin de leurs mots 

une forêt de traits de plis de voies convient parfaitement pour déployer l’origami qui te ressemble à deux gouttes près

sous tous tes angles selon toutes les fléchissements de tes faces

pas de miroir juste un mirage

pas de pleurs juste parfois ta rage


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