Correspondre

@hardcorepunkbf

Le jardin correspond avec quelqu’un que personne ne regarde. Ce fantôme a besoin de peu de chose pour poser la voix qui fait frissonner par ses silences les feuilles lourdes de la torpeur.

Que comprendre des mots qui se retiennent de tomber là où poussent les humains mais se récoltent à foison dans les flaques dont la surface sert de miroir à tous les visages de la mer?

La pluie, petite poule blanc neige picore des graines invisibles. Parmi elles, il doit bien y avoir quelque perle, quelque promesse oubliée et quelques unes de mes larmes anciennes.

Rétracté

©Bertrand Els

C’est un pays où la lumière ne vient que pour marquer les plis des feuilles recroquevillées et signer les chemins d’un filet si fin que l’on dirait les rides faites aux ondes. C’est le pays où tu apprivoises les questions sans réponses, les chevaux sauvages, l’évaporation de leur crinière dans l’espace, le temps qui ne fait que déborder du vase le contenant. C’est là, tu caresses du regard le vent avant qu’il ne devienne une tornade ou ne résorbe ce qu’il te reste de force. C’est l’endroit à fleur de peau, où tu t’efforces de traduire, de polir les paroles qui grésillent dans cette autre langue que personne ne comprends. Toi, seul, tu vas escalader les pays inviolés de la solitude, aucune crevasse ne connait pas la forme de tes doigts, aucune galerie n’ignore la lueur de ce regard qui t’accompagne comme une ombre fidèle. Tu reviens les bras et l’âme chargés de cartes précisant les voies, contournant les impasses. Ton coeur devenu astrolabe, tu espères vaguement qu’il dicte la mesure des lunes et des étoiles, murmure presqu’inaudible aux foules qui te regardent comme un animal étrange et de mauvaise augure.

Viola

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Je me demande ce que je fais là

entre deux mots

Quelle place froide ils me réservent – neige absente neige éternellement-

ma tête dans les brumes je ne fais rien

je n’ai rien à faire là pourtant j’y tiens

les pensées renaissent et quand je me détourne

elles laissent leurs pétales s’envoler tels des flocons

attaché à la tige un petit ventre rond

rempli de graines je suis là à même

la terre – dans le jardin qui ne répond pas

à la peine- c’est là que traîne mon coeur

quand mon corps se penche et sent

le parfum délicat de la pluie d’hier

Lentisque

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Bryan Nash Gill (American, 1961-2013), Acorn, 2013, wood print, 37 7/8” x 26”

Par dessus mon épaule pousse

la main caressante d’un arbre ancien

la douceur de son ombre -phalanges fines des doigts-

se pose sur le poème que la page d’un livre

me donne en toute pudeur

la main de l’arbre tremble

comme le reflet d’une eau

il lit entre les mots nourri d’un savoir

que les hommes ne possèdent pas

je sens que le soleil frémit en même temps

que son âme il éprouve je suppose une extase

à la pensée qu’il est un arbre

enjeu

Foliage and Clouds, Brussels, September 2015-Bertrand Vanden Elsacker-BVDE

 

De la mer

on dirait qu’il ne reste

que quelques traces de sel

elles se répandent sur cette

partie de la toile

entre deux collines

appelée ciel

Des fantômes

pour se souvenir

un cortège pour célébrer

silencieusement

un voyage

immobile

le temps

murmure longuement

chaque seconde

d’une main à l’autre

valsent des osselets

attendons qu’ils se lancent

L’épine du pied

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Doubt it, Cynthia Grow Source: instagram.com

je me suis placée à l’extrême bout d’un papier déchiré

et j’ai regardé droit devant moi l’île en faire autant

chaque partie d’elle même voulait intensément la mer

non pas dans les petits morceaux de ses vagues

dans une perdition d’écumes caressantes et d’aubes naissantes

de là, je suis partie vers l’écriture menacée sans sentir sur mon désir la moindre menace d’un réel prédigéré

au rythme du mot naissant sous mes pas de crayon promeneur envahi de silence et du bruit que fait un grain de poussière caressant un autre grain de poussière à la recherche d’un autre lui-même,

à ce rythme-là et non pas à celui qui mesure malgré lui, j’ai parcouru l’île.

Morceau arraché à un tout de la blancheur par un geste qui défait insatisfait ce qu’il vient d’unir presque malgré lui.

il me reste à présent à le relire à moins que définitivement je décide de l’oublier entre les pages d’un livre.

Amulette

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Silver amulet of Horse is one of a pair found in a grave 9th Century CE, Birka, sweden

—————  sans être triste

je pleure  — il pleure en moi———————

et se dessine avec toujours plus d’abstraction

ton profil

ton encolure /où pleuvent les crins du soleil

qui auréolait /tous tes galops

—— je comprends qu’il arrivera — un moment

je ne distinguerai plus rien

et que perdu

——— je t’attribuerai toutes mes colères

— les plus absurdes regrets

car j’ai beau faire et refaire ce que je n’ai pas fait

alors

à cet instant

en ce moment précis

où seul   /tu as trouvé la mort

/ malgré  toutes  les ruades

———— je ne reçois jamais de seconde chance

je ne résous rien

je ne calme plus ni ton âme ni la mienne / ni ton pas et le mien

Petits éclats

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa nuit je crois que les arbres s’enflamment mais ce n’est que le vent

tout autour du sommeil il construit avec des brindilles prélevées aux hautes chevelures vertes et dorées le rêve que je navigue les mots

Le jour entre deux chants les arbres portent le ciel le vent et sa meute de loups contemplent comme je le fais les vagues

l’une d’entre elles s’élance et déploie des ailes d’écume ou de neige

toutes tentent la même prouesse

sur la plage il semble que le sable retourne aux étoiles emportant comme de petits éclats de miroirs les villages cramponnés aux montagnes

cet incendie me fascine et avec lui toutes ses traductions symphoniques

même s’il n’existe aucun instrument qui me dise ce que sont réellement les tempêtes

questions

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source image : ici

Je me demandais livre en main si j’aimerais être comme tous ces précieux galets

polis

mille fois mis en place

mille fois déracinés

jaugés sautillants d’une main avide à une autre

brillants quand je les regarde

pour finalement rejoindre avec une joie de plus en plus affirmée le lit de la rivière qui ne fait que passer au dessus de leur tête

ils dorment et rêvent

je suis presque toujours troublé et les questions sans réponse se succèdent

Peut-être

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Suis-je un oiseau

non une feuille sèche posée aux pieds de l’arbre entre les racines qui débordent de la terre

quelques notes me font respirer me soulèvent  et  puis me laissent fabriquer un tapis de poussières

je rêve  là parmi mes soeurs de l’été mes amies de l’hiver à de longues phrases ouvertes

l’arbre dans son sommeil murmure

qu’il a découvert le lit souterrain d’une rivière

 

crépitent les pas des petits mammifères

rien n’est plus doux que la mélodie de leur minois

parfois roule un fruit  parfois une écorce devient phalène

parfois plus rien ne m’empêche de laisser aller mes larmes

le soleil  le vent  l’hiver le temps la nuit

feront ployer les épaisseurs grises agglutinées au delà des branches de l’arbre que je portais dans mes veines

l’été

une chanson une dentelle qu’on jouera du bout des doigts

jusqu’à ton âme

devrait subsister