Immersion

un oiseau glisse sur le ciel du jardin
d’autres se posent sur la mer pour le conciliabule quotidien
le chat égal à lui-même traverse son territoire se penche pour boire
à la mémoire de ses ancêtres

Pour accompagner les collines bleues à la baignade
un poisson-pilote et un nuage muet

un iris violet décide que c’est désormais le printemps
peu importe les voix qui lui chantent qu’il se fourvoie

Que peut-on dire face à la langue élancée de ses feuilles

Souffle

Petite Kena en cuivre (9,9 cm), culture Mochica (? vers 200 ap. J.C.).

Le soleil la lumière mille abeilles
sur les fleurs les feuilles

lorsqu’il remonte du puit
mon regard trouble tourmente

les miettes d’un autre repas
les restes du rêve les notes
que pleure la voix d’une quéna

tout un peuple disparait 

mille abeilles la lumière le soleil

apprivoisés attendent dans l’alvéole

un rayon 

Flaque

conversation with stars
shane drinkwater

Quelques poèmes dédiés à un mort
—quatre années—
me font songer aux mots devenus carapaces brillantes
de scarabées
un souvenir épluche toutes les lettres
elles tombent comme des miettes
par la fenêtre je vois quelques notes de pluie
effleurer la surface d’une flaque
elles tombent comme les étoiles
si éloignées que je n’en perçois quand elles s’effondrent
qu’une onde auréolant l’infini noir d’un minuscule éclat.


Source image

Disparaître

Quelle différence entre
« disparaître » et disparaître


mourir entre deux papillons épinglé
ou mourir au milieu de nulle part
sans écorcher personne


mourir malgré la phrase ses soupirs ses virgules le rythme
mourir avec elle déjà embaumé dans un sarcophage
se refusant aux plaisirs des délires
pour se trouver en lieu et place du mot véritable
qui ne satisfait jamais ne répond pas
aux exigences
par principe parce que
d’avance on a fait le choix de pourrir la situation
afin de pouvoir occuper la place entre papillons

« S’évanouir » ou s’évanouir
comme si l’on pouvait encore
se mentir ou choisir
à cette étape-là de la vie
aucun mot ne devrait plus avoir un goût de cendres

Quand tout cela est arrivé

Georges BRAQUE (Argenteuil, 1882 – Paris, 1963) DELOS Filigrane de bronze gainé d’or Numéroté 4/8 H. 220 cm, L. 190 cm (sans le socle) 

De l’île de l’épaule qu’elle dépose sur l’horizon de ce mouvement
qui m’indique qu’elle nage encore l’île qu’elle n’est pas un mirage
il ne reste qu’un lambeau de ciel plus clair
Partie en fumée la montagne transformées en nuages les rives
Alors que j’ouvre la porte pour le chat afin qu’il sorte
et
parce qu’il ne sait pas que tout a disparu
du jardin de dessous l’olivier s’envole
le grand oiseau noir- la frange de ses ailes est dorée-
qu’a donc cet animal picoré en l’absence des divinités
qui dormaient encore sur tous les sofas
quand tout cela est arrivé

Plus d’info sur la sculpture: ici