Le Flambé

Iphiclides podalirius-©cc

Le soleil sur un plateau de nuages

navigue au-delà de la

ligne imaginaire qui finit l’horizon

il frôle les cimes tel un fantôme

la foule des feuilles flamboie

poudre pourpre au coeur des fleurs

qui se soucie de celui qui est seul?

le soleil en mer noie sa propre lumière

l’iris rêve ses sépales comme des ailes

depuis les temps de la fin du Crétacé

Cet insecte craint moins que toi

crétin de se brûler les ailes

Irrémédiable différence

tu erres
tu es presque tu
partout
tu as un insecte en toi
tu le vois comme ce coeur étrange à clapets 

qui s’ouvrent ou se ferment

tu le sens comme un grouillement qui te dépasse

et te déboussole
tu es seul

solide

tu transmues chaque parole en buée

chaque départ en larme

le silence suinte sans suite

en ton univers

Il n’y a pas de Moi

majuscule 

Manière d’être

Dans le pin l’oiseau

se dépeint et puis parle

des aiguilles et des fruits

qui tissent lentement l’ombre

des frontières floues de la lumière

dans le ciel son envol cherche

le souffle de feu qui lui permet

l’absence 

de battements d’ailes 

l’haleine qui descend de la montagne

et va jusqu’au murmure vague de celle

qui brouille les pistes et célèbre infiniment

les mystères de l’univers

faire trembler le monde

Dans le parc je marche près de toi
je donne désormais la main à un fantôme

plus personne ne voit que tu m’accompagnes

que tu alignes ton ombre à la mienne

que ton pas est dans le mien

que ton regard est au-delà des chemins

dans les feuillages et leurs grands frissons

dans les forêts les sols questionnent ta respiration

ce souffle qu’imitent les sources souterraines

dans les prairies ce sont tes longues hésitations 

et tes soupirs face aux problèmes qui rejoignent

le bourdonnement comme si
ta démarche que la danse déploie

dans ce qu’elle a de plus extrême
était en mesure de faire trembler
le monde

Disparue

Marble head of a woman Greek, about 550-520 BC From the Temple of Artemis at Ephesos, modern Turkey

Le jour s’en va
la mer muette

se mue en éternité
discrète

le merle noir
mêle sa voix

aux zébrures obliques
que dessinent son arbre

quelqu’un par son désespoir

voudrait me faire croire que tu es morte
que tu es là quelque part sur ce lit aseptisé 

et glacé d’un hôpital

alors que jamais tu n’as cessé

d’ être toujours

ma soeur

Bombus terrestris

British Museum (Natural History); Smith, Frederick, Public domain, via Wikimedia Commons

Petit pan

De terre et son peuple d’herbes sauvages
parmi lesquelles il faut s’habituer à percevoir

chaque individualité

oublier d’être capable de renoncer à apprivoiser
l’innommable
ne plus multiplier les négations pour simplement
dire oui

petit pan tremble et vibre 

Se déleste de la gravité

apparait disparait  

et puis

prend appuis sur le vide palpable de la lumière
celle qui se cache sous le nom de poussières 

les ailes hèlent les fleurs 

ces halos d’aube ces astres

accessibles de l’infini 

Mis en échec

Au loin le mât d’un voilier

comme s’il s’agissait de son squelette
rogné
mais la pluie soudaine rappelle un bruit d’étoffe

la musique de corps qui se confrontent
la coque les flots le bois et l’eau le sel le ciel 

le vent

à ce moment-là

j’aperçois uniquement mon désarroi

le mât n’est pas 

c’est une grue de chantier

en train d’effacer ce qu’il restait de sauvage

à une poignée de rochers surplombant

la mer

Pensées, soucis et compagnie

La solitude elle lui a été imposée

mais il n’a pas chassé de son jardin intérieur
cette adventice
elle a fleuri parmi tant d’autres 

qu’on ne rencontre qu’en cet endroit
des racines ont dessiné des labyrinthes
conquis des obscurités

sur lesquelles il appuie

désormais chacun de ses regards

le doute accompagne la question

et la réponse

au milieu de la foule
il est seul

toujours seuls lui et son âme

quelqu’un lui dicte chacun des mots

qu’il retranscrit pas à pas

sous le prétexte qu’ils le font avancer
mais il ne sait
pas où cela le mène


il va sans le vouloir au bord des
falaises
voir s’il n’est pas là-bas
tout en bas

parmi les vers