Arthropode 

Sa langue maternelle est une araignée

et ses textes sur la toile une constellation de silences

inapaisés 

un corps morcelé condamné malgré lui à tisser

sa langue et son venin 

son habileté à créer la sensation du vide

et de la torpeur


en fermant ou en ouvrant l’espace

l’exosquelette ne protège pas

des mots

il sait


qui marquent au fer rouge la chair

Crissement

Tu attends 

Avec une nervosité d’insecte

La pluie et quand arrive en gare 

Le train de midi tu crois 

Que c’est lui l’orage 

Tant de fantômes se sont jetés 

Sous ses roues 

À chacun de ses freinages grinçant

Ce sont leurs cris et le désespoir que 

Tu entends 

Évidence

©cc

Ils sont partout
ils veulent apprécier la réalité des choses.
Les plages, le soleil, les torrents des montagnes, le voile de la mariée, la mer, son eau transparente, les supermarchés, les sentiers balisés jusqu’au coeur de la montagne, les rues, les places, les églises, les villages perdus ou abandonnés, le ciel quand il n’y a pas de vent, quand il est sans nuages, exsangue et orange, bleu vide.

Heureusement, ils délaissent ce lieu délicieux où se réunissent quelques platanes pour parler entre eux. Les feuilles à double visage, l’un verdoyant, l’autre argenté applaudissent la poussière qui danse dans le vent. Il n’y a rien. Rien d’autre que quelques taches d’ombres et de lumières près de la gare. Elles connaissent l’heure de l’unique train.

Quand la nuit s’avance et entre dans les jardins, quelques fleurs évoquent entre elles le pays qu’elles connaissent si bien, traduisent en saveurs sucrées, citronnées ou iodées ce que la terre subit tout au long des heures chaudes de l’été. Le datura, la rose, la verveine citronnelle, les immortelles en essaims surgis du maquis, le jasmin de nuit.

Cela

Le discours final du Dictateur



Un écrivain à succès écrit que les non-vaccinés sont des boulets

Le sphinx en toi s’est assoupi pourtant on voit sous les babines qu’un rêve soulève

une rangée de dents et tes crocs de couleur ivoire 

Une fleur de chèvrefeuille pousse un soupir embaumé

Un frelon titube autour d’une flaque de lumière


Un jeune lézard se glisse sous une feuille


L’olivier perd quelques plumes

À l’Assemblé, on vote de nouvelles lois toujours plus contraignantes pour le plus pauvre ou le plus démuni

Et moi, je me demande comment en sommes-nous arrivés à cela?

D’avance

Bertrand Els via Tumblr

Tu entends les pas d’un ange mais il ne s’agit

que de la pluie

dehors
au large


tu songes aux spectres qui s’accumulent toujours plus nombreux dans l’obscurité
susurrant que tu es sans substance  que tu n’as aucune volonté 

tu entends comme le temps se délie peu à peu se dilue 

bientôt l’absence de silence sera saluée


dans le jardin

tu entends sporadiques 

des larmes

sur la vitre déferlent de petites notes métalliques

il faudra que tu te décides à les ausculter
pour comprendre

l’ogre l’insecte immense qui grignote le monde
la vie comme un fruit condamné
d’avance 

Ébauche

Bird sketches, from 1955, sketch book, by Leonard Maurer


Le bras fleuri et odorant du laurier rose blanc
se tend vers le néant

une pomme de pin au profil gracieux

ayant bec et ongles ainsi que deux ailes repliées le long du corps

s’agrippe à la branche et zèbre l’espace

de son chant strident 

la brume s’échappe au dessus de la colline
la pluie sera pour l’autre versant du monde

Hier

Killer Tails
Photograph by Paul Nicklen, National Geographic

Hier 

Ils

Se sont acharnés 

En bandes musclées 

Criardes et persuadées 

De leur bon sens 

De remettre à flots

Évent obstrué et nageoire dorsale broyée 

Par la mâchoire d’un moteur à hélices

La baleine tueuse 

Comme ils osent l’appeler 

Déterminant

©Bertrand Els

Il y a le petit mouvement ronronnant 

Du monde tel qu’il progresse 

Ailleurs 

Une horloge qui dicte à qui veut l’entendre 

Que tout va bien 

Que c’est dans l’ordre des choses 

Mais toi tu t’inquiètes 

Invariablement 

Car tu sens que la vie s’échappe 

Que tu échappes à tout ce qui la détermine 

Et tu as peur