Horizon

Earth’s Glow, the Moon and a Starry Night


This was the view as the International Space Station orbited 256 miles above the Pacific Ocean, southeast of the Hawaiian island chain.
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On observe les soleils et les nuances violettes se refléter dans les cieux et les eaux fraîches

mais toi

tu ne vois que la brûlure orange et le cri de la corneille noire

tu ne vois que la crevasse créée par l’animal et sa voix croassante 

tu voudrais qu’on te laisse là

seul sur la route qui va

tu es là où l’on ne voudrait pas que tu soies

On observe le ciel les étoiles et quelques coeurs qui tremblent à des centaines d’années lumière

on ne voit pas que tu regardes l’horizon devenir pour toi seul une statue de bronze 

qui pèse de tout son poids

sur ton coeur

Attente

Neolithic rock art in southern India, ca. 1200-800 BC.

En écoutant le train passer au loin, la pluie grignoter la fenêtre, une voiture passer sur la route sans s’arrêter. 

En regardant la ville et puis cette autre ville par la fenêtre.

En voyant le jour s’éteindre, la nuit peu à peu s’évanouir et les semaines toutes finir par dimanche.

-je n’avais le sentiment de vivre.


Tout se produisait au-delà d’une frontière que je ne pouvais franchir. La vie se passait de moi. De mes actions, de mes gestes et de mes convictions. La vie se passait loin de mes prédictions. Mes questions n’avaient plus vraiment besoin d’une réponse. Elles ne les recevraient pas.

-je n’étais rien parmi les autres. Particule peu particulière.

Hier, soudain, le paysage de la baie, ses vagues, le jour, ses lueurs la nuit. La mer évanouie. Le ciel sans nuage. Le ciel lourd et les collines ancrées pour toujours. Le paysage fit appel à moi par l’intermédiaire de mon souvenir. 

-Étais-je semblable à aujourd’hui hier? Me susurra-t-il

Je n’en avais pas la moindre idée. Les lueurs des voitures sur les routes, les lumières prisonnières dans les salons des villas, celles apprivoisées par le phare du port et les reflets multiples répertoriés par la mer et son immense tranquillité apparente. Cela. Tout cela n’avait guère changé. 

Pour la première fois, je me sentais la force de répondre à la question. Comme si ma position d’écouter le train, la pluie, une voiture, de regarder les villes, de voir le jour finir et la nuit se dissiper étaient la raison évidente de ma participation à la vie telle qu’elle s’écoule. Une participation qui n’exclue pas la position que j’avais de regarder, de contempler, d’être à l’affût et refoulée dans cette espèce de tanière qu’est mon corps. Pour la première fois, je ne me tenais plus à l’écart. J’avais une réponse. 

Bien sûr que j’avais remarqué l’espèce de cancer qui rognait les rochers de la côte et toutes les villas comme des métastases. Les vagues et leurs souffles continuellement coupés par des hors-bords. 

Ma réponse se devait de dépasser les apparences. Elle ne pouvait avoir l’arrogance de transformer les choses, de modifier la réalité, de faire renaître l’espoir.

-Non, paysage, tu es semblable à hier, aujourd’hui.
Tu es comme toujours.   

Morse


© Marisa Ramírez / Rieko koga

La nuit, les limaces tracent des cartes. Routes en pointillés et frontières de double épaisseur à peine visibles à l’oeil nu. Mais les lignes sont bien là, gluantes. Elles semblent désigner les trajets précis de la brûlure qui hante l’espace entre mes articulations. Les limaces vont là lentement où l’os est assoiffé. Il n’est pas rare qu’elles empruntent la voie des nerfs. 

J’ai vu des feuilles dont la transparence laissait voir avec une précision hypnotisante la pureté du dessin d’une fleur improbable. Les pétales réunis par un coeur d’où déborde un faisceau de pistils. 

J’ai apprivoisé une colonie de fourmis noires. Mots en morse pour décider d’un passage. Entre les lignes, au-delà des points, des fourmis blanches pour un silence qui suffoque. Il est maigre, le filet, ténu son courant de petite source. Effleurer la feuille pourtant suffit amplement à libérer un parfum. 

De toi à moi

https://elsacker.tumblr.com/post/159922837331

De toi à moi    de dessous le galet poli et froid    depuis la fourmilière   depuis le nid    depuis le temps   de l’endroit où naissent les rides   de là  et d’ici   d’un astre à un autre   de poussière à pollens    de sève à fruits    depuis le puit   le point    l’appui  de l’invisible phrase qui te porte   depuis ce temps où tes lèvres ne connaissaient le mot   de la cime   du creux   de la porte  du sommet   du secret    de la tourbière  de la ruche   du lac de glace  de la mer  du cratère  depuis un cimetière  un champ vide  un enclos  depuis la nuit    de dessous le tapis   par dessus les frontières   en suivant les nervures   en croisant les hampes   depuis toujours  à partir de rien   mon silence

nu su déçu 

Frontière

source image: Bertrand Els https://www.instagram.com/p/Bv5RSSOnCJ7/

Les posidonies filtrant les vagues

comme leurs larmes

le sable blond sous son épais manteau de vagues fines

comme leurs mots

le bruit enchâssé de joies diverses 

comme les pépiements bleutés d’oiseaux

l’invisible nacre des fleurs 

comme leurs parfums

l’ombre qui ne sait comment se partage la réalité

comme les songes

le rivage infranchissable par la peur

comme par la connaissance

la vie éclate comme une bulle d’air 

son extension semble sans frontières

Ancre

Du haut d’une colline je laisse tomber mon coeur

comme une fleur dont la racine s’est noyée dans les froideurs de la terre

incroyablement indociles ses tentacules l’agrippent au vide

ainsi mon coeur rebondit et heurte le néant sans s’épuiser

je songe qu’il est tout aussi nu et incohérent que le monde

vers lequel je l’élance mon coeur cette ancre outremer

Dans le jardin

Dans le jardin la nuit ne tombe pas 

D’une nuée

Elle avance pendant que le jour 

s’évapore ainsi qu’un parfum

Icare vient voir s’il se trouve quelques plumes pour l’oiseau qu’enferme 

son coeur

la licorne librement feuillette du bout des lèvres

l’herbe verte et la corolle blanche de la lune

dans un reflet

je suis pas à pas
un chemin de dalles fraiches

le labyrinthe dessiné par le vol silencieux

et bleu 

d’une vague égarée et perdue

loin du berceau où dorment celles

qui sont ses soeurs jumelles