Baie

Ma main sur le garrot pout tenter de toucher le noir commencement des crins. La crinière glisse le long de l’encolure, coule entre les deux oreilles et puis s’abreuve de la toute petite larme de lait que tu as sur le front. Suspendue comme une étoile au centre d’une galaxie rougeoyante.

Comment me faire comprendre que tu n’acceptes pas vraiment ma présence? Que tu es lasse, qu’un rien t’agace. 

Les mouches, tu les chasses. Un faible mouvement ondulatoire de la robe suffit à chaque fois qu’elles tentent un atterrissage. Mais moi, je reste contre toi même si tu te sers de ce panache de crins comme la fumé d’un volcan quand on croît qu’il va s’éteindre.

Ma main coulisse jusqu’à l’épaule pour atteindre les vallonnements du poitrail et mon oreille se pose sur ton flanc. J’entends ce qu’il se passe à l’intérieur de toi sans rien comprendre. 

Souffle chaud, et comme une petite machine, au loin, qui broie une éternelle fibre d’herbe verte, un orchestre de quelques improbables instruments. 

Tu soupires. Je découvre les chemins et les lits de torrents et de rivières que parcourent tes veines et des nerfs sous la peau. 

J’ouvre la porte de l’enclos. Tu vas au pas. Tu voles et disparais là où vont tous les chevaux bais.

Pas

source image: là

La forêt 

Brille par son silence 

Je n’entends plus que 

Ta respiration qui glisse 

Au rythme à quatre temps 

Du pas 

Souplement tu déposes 

Sur la terre rafraîchie d’un sous-bois 

Ton ombre géante la mienne si menue

Frôle les feuillages qui tiennent encore aux branches 

Grâce à toi

Jamais plus je ne poserai un pied sur terre 

Si ce n’est celui qui te proposera une nouvelle dérobade .

Un cheval

Sa robe 

Blanche comme le jade

Son œil que souligne l’encre de Chine 

Ses reflets profonds d’argent 

Lui donnent des allures de nuage 

Mais c’est un cheval 

On peut lui toucher le garrot l’épaule le ventre les jambes 

On peut effleurer les crins de la queue et ceux légers de la crinière 

Lui caresser le front le nez les lèvres 

Doucement 

On peut poser la tête sur son encolure écouter le cœur battre 

L’air quand il passe par les naseaux 

On peut le laisser libre ne rien lui dire 

Laisser la brume brouter l’herbe presque bleue dans l’espoir qu’elle devienne 

Un cheval