Du sable

Anti-Atlas Mountains of Morocco. Limestones, sandstones, gypsum. Science photography art. Nasa.

Comme le cassia je me déploie parfois

comme si j’avais des ailes des plumes

et dans mes veines le fourmillement désespéré
du soleil du vent de l’ombre des bruissements

qui peut se douter de ce que sont mes racines
et où se trouve le coeur qui peut chercher
les sources froides et leurs lueurs bouillonnantes 

comme cassée sciemment je ne dépends parfois

que d’une seule branche un tronc que personne ne digère
des feuilles qui respectent tellement la lumière
qu’elles n’écrivent que leurs propres replis provisoires 

une suspicion laide qui n’est pas une épine et ne vaut guère plus

que le vide voilà ce que l’on porte comme s’il s’agissait 

de la cime

À peine si je pense qu’il faudrait que je me penche 

Lorsque soudain une vanité apeurée et gribouillante

veut grignoter ce qu’elle prend pour de la liberté. 

Oiseau de nuit

image via © Nick Brandt 2013 Courtesy of Hasted Kraeutler Gallery, NY

Toujours j’espère te reconnaitre

quand je m’approche de ta nuit

mais toi tu préfères pour l’instant que je pense

que tu n’existes pas et que tu ne niches pas

là 

où les sommets te plongent dans le silence et les ombres

Si j’entends le bruit d’une aile

ce ne sera pas la tienne mais celle de la sittelle qui niche tout en haut de l’échelle

si je vois quelques bûches trembler je sais que derrière elles se cache le tout petit animal qui semble aussi faire partie de ton menu quand tu te réveilles et voles et survoles

Toujours j’attends la peur au ventre

l’instant où je te surprendrai dans ton sommeil 

et que tes deux soleils s’ouvriront pour sonder s’il est temps

que je dorme un peu plus longtemps

Et puis

ഞാൻആരാണ്

La pluie et ses milliers de petits sabots qui galopent sur le toit

tous ces pas qui touchent la nervure centrale d’une feuille

la pluie amplifie et puis peu à peu assouplit sonde élucide 

les signes et les empreintes ne sont plus que des flaques

des lacs où ne naissent jamais qu’à demi-mot des reflets

des ombres, l’idée qu’on se ferait d’une onde la pluie ses 

graines que picorent les araignées quand elles défont leurs

toiles les abandonnent parce qu’elles n’emprisonnent plus 

que la poussière cellulaire des larmes un grain de fatigue un 

grain de désespoir la pluie sonde les puits où stagne mon 

esprit celui qui se dit fantôme habite la ruche des mots vides 

gavés et déviés la pluie efface multiplie hésite se tait burine dans 

la glace un portrait presque parfait de mon âme dragon dont 

les ailes sont des flocons dont le langage est un feu

feu mot feu paradoxe feu miracle feu silence la pluie fourmille 

l’insecte est plus vorace qu’une maladie la pluie de plus en plus

vieillie ne finit pourtant pas par mourir 

Écueil

Les mots sont devenus des arapèdes

désormais ils vont vers cet outre-monde

il sait qu’il

les a un jour confiés au rocher

là où les vagues effleurent le ciel en le polissant

jusqu’à ce qu’il atteigne les valeurs mélodieuses du jade blanc

Peut-on apposer à la porosité des vers 

l’éternité d’un rocher

même si l’on sait

que toutes les larmes sont salées

Depuis ce temps l’échassier regarde 

se dissoudre toutes les réponses

Prédétermination

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Predestination, Minjung Kim, 2012.   source image

 L’orage avance en titubant

Ξ

Me suivent sans savoir qui je suis

de jour comme de nuit

un ou deux fantômes

Ξ

l’un est de lueur bleue

et se loge dans le coin de l’oeil

Ξ

l’autre est une luciole

qui si je la regarde s’envole

Ξ

L’orage se fait manger

par la pluie 

cet ogre d’ocre

Ξ

l’aube

traverse le chemin

le chat noir

Ξ

Le lieu d’où viennent les âmes

est ce point incertain

perdu par une phrase

la frontière invisible de son silence où

l’illusion illuminée se délie et

la lueur s’envole

un fruit soudain s’est mis à mûrir

j’aperçois le point mort

Pour disparaître

Capture d_écran 2018-09-26 à 13.59.05

© Bertrand Els @hardcorepunkbf

hier la lune derrière la colline

donnait aux nuages une ombre ourlée de lumière morte

qui les portait jusque loin au dessus de la mer

hier la lune creusait le ciel

en cavait le regard

hier derrière la clôture j’ai retrouvé ton corps

tes yeux de jais ces deux perles merveilleuses

avaient été remplacées par le mot mort

hier j’ai vu qu’il manquait quelque chose

la vie ne portait plus de carapace

inutilement la vie s’était ralentie

et puis

t’avait laissée

une souffrance une faim

une soif non éteinte rodaient encore pas très loin

j’avais envie de protester mais quelques vagues

et l’odeur des algues broyaient mes larmes

Demain j’aurais la force de te trouver un cimetière

une tombe près de l’automne 

mais la force je ne l’ai pas je ne l’ai jamais eue

j’ai refusé de te laisser mourir 

j’ai ramassé toutes les herbes sauvages

avec l’espoir qu’elles te serviraient de ciel

pour disparaître