
J’aimerais —dit-elle —
à la tête des vagues
rejoindre mes soeurs
mais le vent sait bien
que la rose
iceberg aux reflets de neige éternelle
divague
et disproportionne les souhaits

De l’île de l’épaule qu’elle dépose sur l’horizon de ce mouvement
qui m’indique qu’elle nage encore l’île qu’elle n’est pas un mirage
il ne reste qu’un lambeau de ciel plus clair
Partie en fumée la montagne transformées en nuages les rives
Alors que j’ouvre la porte pour le chat afin qu’il sorte
et
parce qu’il ne sait pas que tout a disparu
du jardin de dessous l’olivier s’envole
le grand oiseau noir- la frange de ses ailes est dorée-
qu’a donc cet animal picoré en l’absence des divinités
qui dormaient encore sur tous les sofas
quand tout cela est arrivé
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Petit chat, un souffle se dérobe pour frôler les herbes et faire miroiter une ombre dans leurs touffes floues, petit chat, et toi tu rêves et fais semblant de n’avoir rien perçu.
Petit chat, l’orage menace de sa voix rocailleuse et toi tu lèches ta patte, chaque coussinet noir se fait plus doux, petit chat. Tu marches souplement car c’est toi petit chat, qui crois déplacer les planètes et jouir de leurs territoires.
Petit chat, les oiseaux se taisent, les fleurs n’en finissent plus de frémir et toi, petit chat, tu regardes et apaises un temps qui pèse de tout son poids.
Petit chat, je rêve et je crois regarder ce que tu vois inscrit dans les feuillages, rampant sur la terre à l’abris du bruit et du silence Mais quand je lève les yeux, petit chat, petit chat, tu as disparu alors que mon rêve lui s’est incrusté et ne me quitte pas. Un rêve petit chat de petit chat.

En écoutant le train passer au loin, la pluie grignoter la fenêtre, une voiture passer sur la route sans s’arrêter.
En regardant la ville et puis cette autre ville par la fenêtre.
En voyant le jour s’éteindre, la nuit peu à peu s’évanouir et les semaines toutes finir par dimanche.
-je n’avais le sentiment de vivre.
Tout se produisait au-delà d’une frontière que je ne pouvais franchir. La vie se passait de moi. De mes actions, de mes gestes et de mes convictions. La vie se passait loin de mes prédictions. Mes questions n’avaient plus vraiment besoin d’une réponse. Elles ne les recevraient pas.
-je n’étais rien parmi les autres. Particule peu particulière.
Hier, soudain, le paysage de la baie, ses vagues, le jour, ses lueurs la nuit. La mer évanouie. Le ciel sans nuage. Le ciel lourd et les collines ancrées pour toujours. Le paysage fit appel à moi par l’intermédiaire de mon souvenir.
-Étais-je semblable à aujourd’hui hier? Me susurra-t-il
Je n’en avais pas la moindre idée. Les lueurs des voitures sur les routes, les lumières prisonnières dans les salons des villas, celles apprivoisées par le phare du port et les reflets multiples répertoriés par la mer et son immense tranquillité apparente. Cela. Tout cela n’avait guère changé.
Pour la première fois, je me sentais la force de répondre à la question. Comme si ma position d’écouter le train, la pluie, une voiture, de regarder les villes, de voir le jour finir et la nuit se dissiper étaient la raison évidente de ma participation à la vie telle qu’elle s’écoule. Une participation qui n’exclue pas la position que j’avais de regarder, de contempler, d’être à l’affût et refoulée dans cette espèce de tanière qu’est mon corps. Pour la première fois, je ne me tenais plus à l’écart. J’avais une réponse.
Bien sûr que j’avais remarqué l’espèce de cancer qui rognait les rochers de la côte et toutes les villas comme des métastases. Les vagues et leurs souffles continuellement coupés par des hors-bords.
Ma réponse se devait de dépasser les apparences. Elle ne pouvait avoir l’arrogance de transformer les choses, de modifier la réalité, de faire renaître l’espoir.
-Non, paysage, tu es semblable à hier, aujourd’hui.
Tu es comme toujours.

Pour maintenir un squelette défait,
plusieurs visses dans le tibia
Mais parfois, je n’empêche pas
maladroite l’évaporation de la colonne vertébrale
Il reste à peine de quoi me donner un nom
îlot alimenté par sa propre dérive
Espace semblable au goulot d’un labyrinthe trop étroit pour un pas
Est-ce toi qui soudain de tes ailes m’enlace?
ton corps autour du mien me dit que
tout va bien

La ville possède encore la carcasse d’un château-fort, deux tours et une muraille comme la mâchoire d’un saurien géant et mort. Il pleut souvent sur cette ville, des gouttes et des mots totalement inutiles. La pluie se disperse comme une foule, elle fuit de canaux en canaux. La rue qui longe le fort et le borde est à sens unique, un tram l’empreinte toutes les 20 minutes, deux rails la balafrent en permanence. Elle donne sur une place qui écarte les bras comme une étoile. La porte lourde en bois s’ouvre parfois. Les salles sont sombres et froides, les escaliers en pierre sont étroits. Lorsque l’on grimpe en haut des tours, on voit la ville, on voit parfois plus loin, on voit surtout la bruine. Milles endroits sinistres dans tout le pays, impasses, avenues, citées où toutes les maisons se ressemblent. Milles tunnels et voies prisonnières de la boue. Tant de prairies nues livrées à l’hiver et toutes ces écoles où l’on impose la même langue, les mêmes habitudes, les mêmes raideurs d’esprit. Tant de larmes avalées, de pensées avortées, de coups subis en silence. Il a choisi la tour qui se dresse vers le nord, vers la rue pavée où passe le tram. Assez des cris de la cour, des cris partout et des paroles blessantes qui le hantent jusque dans le coeur. Un coeur qu’il n’a pas assez dur mais qui encaisse tout ce que la boîte crânienne reçoit d’insultes incompréhensibles, de non-dit rampant, de haine masquée. Sans un regret, sans un regard vers le passé, il s’élance tel Icare dans le ciel en train de boire les derniers reflets du soleil.

Au loin
les nuages
comme des couvertures
de glace
quel est ce vent
qui dépose autour des fleurs
que je regarde
une buée étrange qui ne se dilue pas
taches jaune acide et pétales regroupés
des rosiers iceberg flottent et dansent
les feuilles telles les langues des lances
cachent quelques hampes portant
comme le coeur un secret
un bouton tout frais

Soudain
une voix rampe et grince
le mot serpent le mot plein de cendres
comme défait de lui-même
rien
en passant je le bouscule
d’un coup d’épaule
mais rien rauque
ne bouge pas
au loin le ciel accumule nuées et nuages bleus
et autour du récif comme autour d’un aileron
se précipitent l’eau l’écume
nait dans mon esprit l’espoir de croiser un cétacé
magique mais ne vogue en cet endroit de mon âme
que le vent ventre vide et le squelette de glace d’un fantôme
navire sans voile qui dérive à la place du mot qui cogite
en mon choeur comme si c’était une cathédrale
rien
grince la porte qu’un souffle ouvre et referme
rien rapporte la source qui croupit sans rêve au fond d’un puit
rien
murmure dehors le soleil qui apprend encore et encore à murir
chaque matin sur la pointe de l’aiguille sur la face polie des petites feuilles vertes
de l’olivier
Quand la nuit s’installe et qu’il ne fait pas encore tout à fait sombre, il vient s’assoir dans le fauteuil, pose les mains sur les accoudoirs. Quand il reste à la lune assez de lueur pour ne pas me faire peur, il s’assied près du lit, attend et finit par commencer à raconter l’histoire du petit chien qui n’a peur de rien. Jim, un Jack Russel rieur poursuit les enfants dans le jardin. Au goûter, ils mesurent au millimètre près l’épaisseur des tartines qui leur sont servies.
Sa voix est un murmure continuellement gai, dégoulinant de soleil, interrompu quelques fois par des silences qui retiennent larmes et rires aux seuils des paroles. Il raconte afin de couvrir les hululements du vent, il fredonne afin de ne pas entendre la tempête et l’orage qui a déjà franchi l’horizon et arrive par la mer. Il vient presque toutes les nuits tranquilliser mes…
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Tu gardes en toi sa rumeur
il rode il rampe
il enflamme et puis regagne
son statut de méduse
flasque
presque liquide
mais il ne peut se mélanger à rien d’autre
tu pensais pouvoir t’en défaire
autrefois
aujourd’hui il se terre en toi
même si tu sens que tu dissipes
que tu te mues en nues
il ne change pas
il continue de choisir ses mots parmi les tiens