Pour disparaître

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© Bertrand Els @hardcorepunkbf

hier la lune derrière la colline

donnait aux nuages une ombre ourlée de lumière morte

qui les portait jusque loin au dessus de la mer

hier la lune creusait le ciel

en cavait le regard

hier derrière la clôture j’ai retrouvé ton corps

tes yeux de jais ces deux perles merveilleuses

avaient été remplacées par le mot mort

hier j’ai vu qu’il manquait quelque chose

la vie ne portait plus de carapace

inutilement la vie s’était ralentie

et puis

t’avait laissée

une souffrance une faim

une soif non éteinte rodaient encore pas très loin

j’avais envie de protester mais quelques vagues

et l’odeur des algues broyaient mes larmes

Demain j’aurais la force de te trouver un cimetière

une tombe près de l’automne 

mais la force je ne l’ai pas je ne l’ai jamais eue

j’ai refusé de te laisser mourir 

j’ai ramassé toutes les herbes sauvages

avec l’espoir qu’elles te serviraient de ciel

pour disparaître

Cétacés

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Humpback Whale © Daniel Botelho 

 

Non ce ne sont pas des cétacés

ni des rochers à fleur de vague qui récoltent l’écume

ni les poissons volants ni un banc de fous de Bassan

ce n’est pas même un requin pèlerin

C’est mon esprit qui me joue des tours

c’est mon regard qui se sert d’un prisme déformant

ce sont mes larmes qui brouillent définitivement les cartes

D’où viennent-elles les cartes, les larmes?

De cet endroit que je regarde et regarde amusé

jusqu’à ne plus rien voir qui ne soit mirage?

Non, ce sont bien des cétacés

ils portent tous des couronnes d’écume

et chantent et parlent et remuent mon coeur cette algue

C’est bien une petite larme qui me regarde

du coin de l’oeil prête à traverser le silence

de la mer, des océans qui fondent jusqu’au

caillou que je tiens dans la main.