Essences

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Dans les feuillages le vent est
Un petit cheval vert se cabre
Disparait puis après avoir bu
Le ciel revient plein de fougue

Derrière la colline vient de naître
Dans un lit de brumes
La lune avant l’heure

Les ruisseaux dévalent les pentes
On entend les troupeaux de roches
Le bruit de la pluie
Essences d’immortelles
Se répandent autour de la tombe
Du jour


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Eaux

L’instant
où j’ai pris pied s’est immédiatement
scindé en plusieurs
pour se laisser dompter par les mots
aux suffixes classificateurs

je n’en connaissais qu’un seul
l’eau
de lumière
du regard
de lune
et de ruisseau
celle par qui parlent les perles
le ciel
l’eau de silence
l’eau de patience
l’eau
de la mer

Toucher terre se fit
comme les algues
toujours il me faut revenir

comme les larmes
parce que ça me fait mal
s’agripper à regret à ce qui ressemble
à une existence aux nuances étranges
inextricables

on se méfie de la confiance que j’accorde sans conditions préliminaires
on ne dénonce pas les mensonges
on rit du malheur de l’autre

L’autre
l’eau tranquille qui tressaille aux pieds des joncs et aimerait
tellement retrouver sa forêt

Univers

P9230568.JPGJe décide que je suis semblable à ces particules en suspension dans la lumière qui mange l’eau des vagues
je flotte et je préserve un équilibre improbable/   J’avance ou je stagne/
D’instinct je sais qu’il me vaut mieux rester dans l’angle mort
cette partie de l’espace que les prédateurs ignorent parce qu’il est si petit
derrière eux et qu’il exige l’audace et l’habileté d’un rapprochement/
je partage avec les algues la caresse d’une vague/
je bois le bouillonnement de l’eau et respire sa lueur froide/
un ruisseau rassemble son troupeau et fuit effleure un rocher
qui ronfle et lui fait peur /
se dresse comme un pelage un paysage de mousses et d’infime corail /
j’oublie de mesurer le temps cet immense diamant indomptable/
finalement échouer
rejeté comme un mot inacceptable
sur les lèvres d’une vague
fait presqu’aussi mal que naître de rien

Et puis

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Raoul Ubac – L’envers de la face, 1939. … via the Centre Pompidou (via issafly)

Il pleut. Chaque feuille désormais se fait l’écho d’une goutte. La goutte verte attendue depuis des mois.
Il pleut. La terre profondément sèche est devenue imperméable comme si elle avait perdu tout espoir.
Il pleut. Au loin, on dirait que les montagnes se sont mises en marche. Le ciel tremble. La lune qui se baignait en plein jour dans le ciel cobalt a disparu. Engloutie par la peur.
Il pleut. La nuit est là. Nue et muette. Les larmes lui ont effacé les yeux et la bouche. Elle stagne.
Il pleut et rien n’arrête plus les rumeurs des vagues. Les fleurs ont les bras chargés de vagues.
Il pleut. Je n’ai pas de piano à me mettre sous mes doigts, pas d’instrument, pas de voix. Il pleut et mon coeur habite une caverne comme un tombeau. A l’abri des mots, il bat. Il boit les images que lui envoie le cerveau.
il pleut. Il se noie.
il pleut et je ne pleure pas.

Aparté

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©Bertrand Els

Et si l’écriture faisait un détour et plusieurs par toi
territoire libre et sauvage
si la blessure qu’elle désigne d’une ligne partagée avec le silence n’était pas que la mienne
mais celle partagée par tellement d’autres
tenue sous l’écorce
si l’encre ne brisait pas seulement la surface d’un miroir et n’était pas que la seule impression désignée par une introspection malade
si l’écriture n’était rien qu’un songe qui sert à départager la réalité
si l’écriture n’était que cela
utile utilisée par tous
tendrais-je encore mes poignets serrés
tenterais-je encore d’échapper
Je ne le sais pas d’ailleurs qui veut savoir


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Décision

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By Reika Iwami. This one is called New moon and sea – C and is at the Art Gallery of NSW –

Bien au-delà de toi tu dis que se décide
une constellation de phrases qu’il faut que tu traduises
juste à coté de moi dans un amas galactique de tiges
de feuilles d’un vert charnu l’abeille infime
se rend avec une précision amoureuse en tous les points
presque invisibles ou fleurit un grain de pollen doré au cœur d’une naine rouge
le bruit indomptable de ses ailes qui ont la transparence des voyages
transcrit minutieusement et pas à pas une odyssée qui pourrait être la mienne
celle de mes idées forcées de passer par les mots.


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Terre

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Hiroshi Sugimoto. Seascape: Sea of Japan, 1997

Le vent et mes larmes aiment à se rencontrer
le vent les entraine à devenir les rivières de mes rêves
c’est du moins ce qu’il espère
qu’elles parlent qu’elles racontent et se libèrent

je crois que les larmes aiment se perdre éblouies
elles s’imaginent trouver des sœurs chez les gouttes
de pluie
le vent lui a toujours été libre et ne sait pas ce que veut dire
pleurer
il s’interroge
il se glace
il effraye les feuillages défait les liens franchit les frontières
le vent ne veut pas savoir
les larmes préfèrent se taire