Epines, aiguilles et craintes

Georgia O’Keeffe; ‘Blue Lines X’, 1916

Il pleut
épines aiguilles et
craintes
nouées aux crins des crinières 

il pleut épées et sabres
sanglots et sentiers de croassements
la boue grave ses empreintes sur les chemins

Les pins brassent nuages occultants
et le ciel en lambeaux 

pourtant ne s’envole pas encore l’oiseau noir et or

il pleut
est-ce la colline qui se délite
les prés qui se préparent au départ d’un troupeau
d’écume et de vagues

Il pleut
je m’attends à voyager de nuit et à ne pouvoir
aller nulle part 

Source image: The MET

Séquences

Georgia O’Keeffe, Red, Yellow and Black Streak, 1924. Oil on canvas, 39 3/8 × 31 3/4 in. (100 × 80.6 cm). Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris. © Georgia O’Keeffe Museum/Artist Rights Society(ARS), New York. Photography by CNAC/MNAM/Dist. Réunion des Musées Nationaux/ Art Resource, NY

 

 

C’est une harpe dont les cordes sont de fins cheveux de couleurs qui ne produisent aucun son. Pourtant, je sens que je plonge dans des champs chromatiques. Le jaune et l’orange disputent aux verts le droit d’être les fantômes d’un taureau, d’une licorne de neige, ou d’une couleuvre ondulant sur l’eau d’un ruisseau comme le trait de pinceau d’un Maître.

Le temps possède la faculté de réfugier les bruits d’une aile, d’un roucoulement, du pas souple d’un chat.

C’est une harpe que le vent effleure mais dont il n’altère pas la voie. Elle va se coucher dans les herbes, sur le dos des roseaux, sur le  noir instable de la mer. Elle s’approche de la larme que je garde au fond de moi éternellement affutée et prête à honorer les secondes si précieuses et si courtes du soleil paré de ses milliers d’années-lumière.

Florale

 Georgia O’Keeffe, Flower Abstraction, 1924. Oil on canvas, 48 × 30 in. (121.9 × 76.2 cm). Whitney Museum of American Art, New York; 50th Anniversary Gift of Sandra Payson  85.47  On view © 2009 Georgia O’Keeffe Museum / Artists Rights Society (ARS), New York


Georgia O’Keeffe, Flower Abstraction, 1924. Oil on canvas, 48 × 30 in. (121.9 × 76.2 cm). Whitney Museum of American Art, New York; 50th Anniversary Gift of Sandra Payson 85.47 On view
© 2009 Georgia O’Keeffe Museum / Artists Rights Society (ARS), New York

Quand la nuit s’habille de moire et de taffetas, qu’elle frôle les arbres, les feuilles de la même façon que les lacs, quand les ruisseaux et rivières roucoulent sous les lueurs de la lune pleine, je m’entrouvre.

Mon parfum aux senteurs d’ananas, aux saveurs sucrées rode parmi les roseaux pour te séduire et t’attirer vers moi. Je suis chaude, chatoyante, luxuriante. J’ai l’appétit d’une louve mais la patience d’un chat. J’attends.

Enfin, curieux et charmé, tu te déposes subtilement sur le bord de mes lèvres. Tu me découvres . Ton petit corps plein de rondeurs chatouille mes pétales. Tu t’enivres. En plongeant vers mon cœur, tu te laisses étourdir par ma chair. Tu te remplis de pollen et toujours plus fort me désires. Ma peau de nacre a le goût délicat de la vanille, la texture folle et légère d’un jupon de dentelle. Peu à peu, et sans que tu t’en rendes compte, je me referme autour de toi qui me fécondes. Nos corps fusionnent comme les aubades des symphonies baroques.

Tout autour de nous, le monde n’est plus que soupirs et mouvements onctueux de corps. Notre accouplement durera toute la nuit.

Aux premières lumières du jour, je te libère. Délicatement, encore légèrement étourdi, tu te défais de notre étreinte en m’offrant tes derniers baisers. Nous sommes métamorphosés. Tu t’envoles vers tes nouveaux soleils, je retourne gorgée de merveilles vers mes profondeurs aquatiques.

 Victoria cruziana flower

« L’intelligence des Fleurs » peut être téléchargée ici
On peut contempler les œuvres de Georgia O’Keeffe ici