Canopée

©Bertrand Els

Le bruit de tes pas au milieu de la forêt et les racines qui entre elles parlent de ta progression comme si tu étais toi aussi un végétal. Le fourmillement de la poussière, l’ombre et son odeur d’humus. Ton souffle, une source.

La canopée déchiffre mon souvenir car je lui demandais vaguement ce qui me faisait souffrir. Ce qui résonne en moi et qui fait en sorte que jamais tu ne t’éloignes? On ne sait pas. Aucune de mes promenades ne parvient jusqu’à la réponse.

Je ne vis pas avec des fantômes morts depuis longtemps, chaque écho, chaque présence s’attache à l’essence de la vie. La transparente résine qui aborde l’azur, La tranquillité de la feuille qui dort loin de sa branche. Le calme épanoui. Voilà ce qui circule dans mes veines, qui connecte mes neurones avec le présent. Tous ceux qui cherchent à me détourner de ce rêve, me mutilent.

La forêt, les arbres comme des aiguilles brodent, les écorces se fendillent et éclatent. Ton coeur écarlate est le navire qui aborde les rives. L’écume de chacune de tes vagues dessinent l’ampleur de ta démarche. Son rythme. Qui peut reconnaître en toi, la valeur du vide? Le corps du rien lové dans celui de l’échec ?

Tu perds, disent-ils, de ton étoffe mais ta robe ne deviendra jamais grise, l’éclat de ton oeil sera toujours celui du jeune fruit et ce que tu écris sans doute s’effacera longtemps, très longtemps après toi, sans que je t’oublie.

Va, vent, lumière de ma vie. Petit flocon de pluie, pollen évanoui au coeur de la ruche. Va, cheval de feu! Sois et reste mon ami.  

Un crin de cheval

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Leonardo da Vinci, Study of a Horse

Les ombres du pin se sont mises à trembler comme les flammes d’un incendie. Je me suis sentie vaciller, partir en titubant et frôler ce qui venait de s’allumer. J’ai songé à la prochaine étape qui enchaînerait à elle toutes les autres comme dans un dédale aux dimensions exactes. J’étais le cheval, une pièce d’un jeu d’échec où finalement on gagne un peu plus de temps et d’espace, de répit avant le prochain combat. 

Le tronc impassible de l’arbre ne répondait pas mais l’air coulait de ses bras comme les larmes à l’origine des sueurs froides et des peurs en cascades. 

Impassible le géant, pourtant il se jouait quelque chose à la pointe de chacune de ses aiguilles plantées dans la nue comme l’épée de Damocles. 

Sphinx

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Dans le pin un oiseau est en pleine conversation avec les aiguilles encore éclaboussées de lumière

je l’interromps

il me répond par cette question: Que sont ces cailloux qui se déplacent à quatre pattes?

L’oiseau serait-il un sphinx?

-Les tortues ne sont pas des cailloux 

-Des pierres précieuses? 

-sans aucun doute – je passe – l’astre fatigué vient de plonger dans la mer

la nuit ne va plus tarder – j’ai peur

L’oiseau ne montre pas son visage mais j’entends qu’il étire ses ailes

il lisse ses plumes et en laisse tomber une 

comme une larme sur une partition

comme un pétale dévoué

je m’éloigne 

soudain je n’ai plus d’ombre 

je rejoins le banc dont l’assise est fendue par quelques têtes de coquelicots endormis 

la nuit est devenue un nid où dorment les bruits

et d’où naissent les sphinx